• avril 25, 2022
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Journée laitière départementale De forts besoins laitiers et des prix d’intrants à la hausse

Journée laitière départementale De forts besoins laitiers et des prix d’intrants à la hausse

L’interprofession laitière Lotoise a organisé une journée pour faire le point sur la conjoncture à Lacapelle-Marival. Les différents intervenants ont souligné l’orientation de la situation mondiale avec désormais un déficit de production et une augmentation des prix à venir. Les producteurs Lotois sont donc confortés dans leur activité mais attendent ces hausses de prix pour compenser la flambée des charges.

Le président de la section laitière, Stéphane Pons, et celui de la FNPL, Thierry Roquefeuil, ont animé les débats de cette journée en présence de nombreux éleveurs venus s’informer sur les perspectives de leur filière. Sur notre département, la filière recule depuis dix ans tant en nombre de producteurs qu’en litrage fourni. Les éleveurs présents ont donc dû se spécialiser et améliorer leur productivité.
Conjoncture mondiale
Nathalie Depuy, animatrice FRSEA, soulignait que les grands bassins laitiers du monde sont en recul structurel de production, une même tendance que l’on retrouve en France avec – 5 % de collecte en six ans. La tension est donc de plus en plus forte sur les marchés et les prix. La valorisation beurre/poudre atteint aujourd’hui des records. Évidemment, la guerre en Ukraine ne fait que renforcer cette tendance. En France, la hausse des prix de vente des produits laitiers est également présente mais encore contenue en grande distribution. Elle pourrait être plus importante dans les mois à venir, traduisant cette tension mondiale. Cette perspective, couplée aux effets de la nouvelle loi Egalim 2, annonce de fortes revalorisations des prix payés aux producteurs. Mais celles-ci seront largement absorbées par la flambée des coûts de production puisque l’indice IPAMPA a augmenté de 13 % en un an reflétant l’envolée des prix des engrais, carburants ou aliments du bétail. Et la tendance continue en ce début 2022. Les producteurs ont d’ailleurs souligné que les augmentations de prix du lait ne compensent pas encore ces hausses de charges. Ils attendent aujourd’hui des hausses plus substantielles de l’ordre de 40 à 50 € les 1000 litres.
Résultats technico-économiques
Grégory Cagnac, conseiller Chambre d’agriculture, présentait les résultats et les évolutions des élevages Lotois. Avec une production moyenne de 416 000 litres par atelier, soit 210 000 litre par unité de main d’œuvre, on assiste à une augmentation régulière de la production par élevage avec une amélioration de la productivité de la main d’œuvre. Le ratio aliments achetés/1000 l est stable et l’excédent brut d’exploitation progresse en suivant le prix du lait. A noter que les charges de structures restent importantes en constituant en moyenne 43 % des charges. Damien Ameline, analyste au CerFrance Lot, soulignait que les aides PAC avaient doublé par exploitation depuis 2005, suite aux réformes de 2010 et 2015 favorables à l’élevage laitier. Mais les capitaux mobilisés ont également doublé, investissements et emprunts. Les taux d’endettement restent identiques mais avec des annuités en hausse et l’allongement des durées de remboursement. On constate aussi que malgré la progression des EBE, les revenus disponibles stagnent pat UTH. Globalement, les chiffres montrent que 80 % des élevages laitiers sont en situation saine, fruit des choix judicieux des exploitants. Par contre, 20 % sont aujourd’hui en situation difficile avec un manque de rentabilité.

il n’existe pas
de système
de production idéal
mais chacun doit optimiser le sien

Comment s’adapter ?
Dans ce contexte actuel très mouvant, les conseillers Chambre et CerFrance ont croisé leurs données pour tenter de faire émerger quelques pistes de solutions. Un critère apparaît déterminant, la résilience des ateliers laitiers, c’est à dire leur capacité à s’adapter rapidement aux fluctuations. Cela passe par une bonne anticipation des choix de la part des éleveurs. Quelques constantes s’imposent comme produire suffisamment par unité de main d’œuvre, être si possible en groupe (GAEC…), travailler en cohérence avec son système, maîtriser ses charges, adapter ses investissements à son EBE. Il en ressort qu’il n’existe pas de système de production idéal mais que chacun doit optimiser le sien. Les éleveurs prenaient ensuite la parole pour exprimer leurs inquiétudes face aux nombreuses inconnues de l’avenir. Thierry Roquefeuil confirmait la nette hausse des prix à venir sur 2022, mouvement déjà amorcé dans les autres pays Européens, mais la France est en retard. Il expliquait que les négociations commerciales avec la distribution sont très difficiles et que la filière entend les poursuivre afin de passer des hausses plus importantes. La loi Egalim 2 doit aussi être appliquée et permettre de prendre en compte l’envolée des coûts de production. Tout va donc se jouer entre les hausses des charges et celles du prix du lait. Stéphane Pons concluait la journée en soulignant que les pistes d’adaptation existent pour les éleveurs laitiers et que le manque de production joue aujourd’hui en faveur de la filière.
NB : Cette journée a également vu l’intervention d’un météorologue pour expliquer les évolutions climatiques à venir d’ici 2050 et envisager les adaptations fourragères. Ce sujet très documenté fera l’objet d’un article dédié dans l’un de nos prochains numéros.

Stéphane Pons (président section laitière) et Thierry Roquefeuil (président FNPL)