• mars 29, 2023
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Journée des droits des femmes : Les femmes, motrices de la transition agricole

Journée des droits des femmes : Les femmes, motrices de la transition agricole

La table ronde avait lieu à la Préfecture à Cahors

La Préfète du lot a organisé une grande table ronde sur la place des femmes dans le monde agricole le mercredi 8 mars, journée des droits des femmes. De nombreuses agricultrices y ont participé pour témoigner d’un engagement croissant au sein de cette profession qui se féminise de plus en plus.

 

Mireille Larrède, Préfète du Lot, avait invité plusieurs agricultrices à venir témoigner en présence d’élus, des directions des établissements de formation agricole, et des représentants de la DDT. Elle ouvrait la table ronde en soulignant «J’ai souhaité débattre aujourd’hui du rôle majeur des femmes dans le monde agricole et au cœur des territoires. L’agriculture est encore trop souvent identifiée comme une activité réservée aux hommes ! Vos témoignages mesdames doivent permettre de montrer qu’il n’en est rien et que ce métier vous est totalement ouvert avec ses atouts et ses contraintes. A l’heure où le monde agricole se retrouve à la croisée des transitions, écologique, énergétique ou sociétale, vous êtes plus que jamais aux avant postes de ces changements. Vos engagements sont indispensables à l’évolution de notre société… »

 

Les chiffres du RGA

Dans le Lot, un tiers des exploitations ont une femme parmi les chefs d’exploitation. 23 % d’entre elles sont des cheffes d’exploitation seules, et 11 % en co-exploitation avec des hommes. Leur âge moyen est de 56 ans, aussi élevé que celui des hommes, engendrant la même problématique de renouvellement des générations. De manière générale, les filières privilégiées par les femmes installées sont l’arboriculture, les grandes cultures, le maraîchage-horticulture et l’élevage ovin ou caprin. Sur la période 2015 à 2023, 285 dossiers d’installation avec demande d’aide ont été agréés sur le Lot, dont 88 par des femmes. On est donc encore loin de la parité. Par ailleurs, les chiffres montrent que le produit brut standard est nettement inférieur sur les exploitations gérées par les femmes mais qu’elles génèrent davantage d’emploi car elles s’installent plus en société et sur des activités en circuits courts.

 

Susciter l’envie

Trois tables rondes étaient organisées pour donner la parole aux participantes. La première était axée sur l’envie de devenir agricultrice, donnant lieu à plusieurs témoignages. Sandrine Belvèze, directrice du CFA-CFPPA du Lot précisait la place des femmes dans les différentes filières de formation dont elles représentent 44 %. On est donc proche de la parité mais ensuite, une fois diplômées, elles ne sont que 20 % à s’installer dans l’agriculture, ce qui montre le plafond de verre à franchir. Par ailleurs, la grande majorité n’est pas issue de familles d’agriculteurs, ce qui complique sérieusement l’accès au foncier et aux capitaux d’exploitation. Dominique Culerier, directrice du lycée des Territoires au Montat, confirmait que l’image des métiers agricoles n’est pas bonne auprès des jeunes et qu’il faut redoubler d’efforts et d’initiatives pour rétablir la vérité sur ce sujet. Plusieurs agricultrices témoignaient effectivement de ce problème. Agnès Delpech, Alice Salomon ou Karen Serres soulignaient qu’elles avaient été dissuadées de s’installer sous prétexte que le métier ne serait pas fait pour les femmes !

 

De nombreuses agricultrices avaient répondu présent pour témoigner de leurs vécus

Conditions d’installation

Pourtant, le renouvellement des générations passe obligatoirement par l’installation de jeunes femmes non issues du milieu, les filles et fils d’agriculteurs étant bien trop peu nombreux pour assurer la relève. Alors le débat s’est orienté sur les conditions d’accès au métier. Mélanie De Lavedan, Nathalie Masbou et Céline Flesh ont témoigné de leurs parcours pour devenir agricultrice. Elles ont montré que plusieurs voies d’accès sont possibles, trouver des fermes vacantes par le biais de la Safer ou reprendre des exploitations sans successeur, ou encore intégrer une ferme en remplaçant un associé de Gaec qui part à la retraite. Certaines arrivent aussi dans le métier par leur conjoint qui est déjà installé. Pour les candidates hors cadre familial, l’accès au foncier reste le point clé parfois difficile à surmonter comme en témoignaient plusieurs agricultrices. Le salariat peut représenter une voie d’accès que certaines fermes proposent, notamment dans la transformation des produits de l’exploitation (fromages, fruits…). On constate d’ailleurs que les agricultrices sont davantage impliquées dans les circuits courts, la vente directe. La pénibilité des taches peut également être surmontée en adaptant les équipements de l’exploitation, ce point ne doit donc pas être un obstacle.

 

Réalité sociale

Le troisième thème abordé était celui de la condition sociale des agricultrices, notamment leur intégration dans le milieu rural. Plusieurs d’entre elles témoignaient de la nécessité de ne pas rester isolé sur leurs fermes. Au contraire, elles vantaient les mérites de s’impliquer dans les organisations collectives, syndicats professionnels, structures coopératives ou communes. Sylvie Rauffet est Maire de sa commune, Montbrun. Sandrine Rivière préside la coopérative GEOC. Une façon déterminante de faire entendre leurs voix, leurs avis et souvent leurs différences. Plusieurs agricultrices s’inquiétaient néanmoins de la disparition des services publics en milieu rural, notamment pour la petite enfance, ce qui pénalise l’insertion dans ce métier. Après des débats soutenus, Mireille Larrède concluait cette matinée en félicitant toutes ces agricultrices pour leur engagement. Elle soulignait le rôle indispensable des femmes pour engager la transition de l’agriculture Française vers un modèle plus soutenable et ouvert aux femmes.