• septembre 11, 2023
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Viticulture : Une vendange 2023 très sinistrée par les maladies

Viticulture : Une vendange 2023 très sinistrée par les maladies

A la veille des vendanges, les vignerons Lotois font grise mine ! La récolte s’annonce particulièrement faible, sinistrée par l’explosion des maladies, notamment mildiou et black rot, dès le printemps. La faute à une météo très défavorable. Les estimations des pertes sont en moyenne de 50 % sur le vignoble, variant de 30 à 100%!

 

De mémoire de vigneron, on n’avait jamais vu cela. Aux mois de mai et juin, le climat est devenu tropical sur notre région avec des orages et des perturbations à répétition, une humidité excessive et des températures élevées. On a noté par exemple quarante à cinquante jours consécutifs avec plus de 80 % d’humidité continue dans l’air. Ces conditions météorologiques tropicales ont provoqué le fort développement des champignons et l’explosion des maladies, particulièrement le mildiou et le black rot sur la vigne. Les techniciens ont comptabilisé plus d’une douzaine de générations successives de mildiou, c’est à dire plus du double d’une année moyenne. Pour les viticulteurs, le printemps s’est alors transformé en véritable bataille rangée avec des traitements à répétition afin de tenter de stopper l’implantation des maladies. Malheureusement, la pression était trop forte et beaucoup de parcelles de vigne ont été sévèrement contaminées. Le mildiou n’a pas pu être enrayé, et s’est propagé sur les grappes comme sur les feuilles. Les dégâts sont considérables et touchent la totalité du vignoble à des degrés divers.

 

Les grappes de raisins sont réduites, comportant plus ou moins de grains séchés par le mildiou

Estimation des pertes

Les techniciens notent que les dégâts ne sont pas liés au mode de production mais à la localisation de la parcelle et au cépage concerné. L’exposition de la parcelle à l’humidité présente a plus ou moins favorisé le développement des maladies. De même, on constate que le cépage Merlot a été plus sensible que le cépage malbec qui résiste mieux au développement des champignons. Globalement, les pertes varient de 30 % à 100 %. Les communes de l’ouest de l’appellation Cahors sont les moins touchées, de l’ordre de 30 à 40 %. Les vignes des plateaux sont également impactées et subissent des pertes de 40 à 60 %. En fait, l’Est de l’appellation est la plus attaquée avec des pertes de 60 à 80 %, et dépassant même les 80 % sur certaines communes comme Douelle, Mercuès ou Pradines ! Au niveau des autres vignobles, ils n’ont pas été épargnés puisque les pertes sont estimées à hauteur de 40 à60 % pour les vins des côteaux du Quercy sur le Quercy blanc, et environ 30 % sur les vignobles de Glanes et Rocamadour. Tout le département, tous terroirs confondus, est donc concerné par ce sinistre. L’état des lieux révèle une grande hétérogénéité, la localisation des parcelles montrant de grandes disparités quelque soit la zone.

 

Les différents cépages ont été touchés à des degrés divers mais aucun n’a été épargné

 

Demandes de soutiens

Face à ce sinistre, la profession a immédiatement réagi en réunissant une première cellule de crise dès le mois de juillet. Les syndicats viticoles et la Chambre d’agriculture ont commencé parfaire le tour du vignoble pour évaluer les pertes. A la veille des vendanges, les techniciens ont affiné cet état des lieux, secteur par secteur, et proposent une carte plus précise aux différentes administrations. La profession vient d’engager des discussions avec la DDT et la DDFIP pour mettre en place une première série de mesures urgentes, le dégrèvement sur la TFNB (taxe sur le foncier non bâti), ainsi que la prise en charge des cotisations sociales au vu du constat des pertes. Cela permettra de faire remonter les demandes de prise en charge auprès de la MSA.

 

David GIRARD

Président du syndicat des vins des côtes du Lot

« D’urgence un vrai plan Marshall ! »

« La situation est dramatique pour notre viticulture car nous empilons les sinistres. Après les trois gels printaniers des années précédentes, puis la canicule de l’an dernier, c’est le mildiou et les maladies qui viennent nous percuter cette année ! A la veille des vendanges, on peut dire que les rendements seront très faibles, voire quasi nuls pour certains vignobles les plus touchés ! La situation économique de nombreuses exploitations viticoles va devenir intenable, pas de vin à vendre, un marché du vin rouge qui s’effondre… Nous sommes entrés dans une période de crise aiguë qui exigera une réponse à la mesure du désarroi des vignerons. Il faut que le Ministère de l’agriculture en prenne conscience et mette en place un vrai « plan Marshall » de soutien massif au secteur. Il faudra de vraies mesures financières comme l’année blanche sur les emprunts et sur les cotisations sociales car les vignerons ne pourront pas payer leurs charges, les trésoreries étant à sec ! Aujourd’hui, c’est la survie même du secteur qui est en jeu, c’est à dire l’ensemble de notre profession, les exploitations viticoles, les organisations professionnelles, et tous les acteurs qui travaillent dans notre secteur… »

 

Nicolas FOURNIÉ

Président du syndicat de défense du vin de Cahors

« Des trésoreries à sec ! »

« A la veille des vendanges 2023, la crise que nous avions entrevue se confirme. Le mildiou a fait des ravages considérables et la météo ne s’arrange pas, aggravant l’état des pieds de vigne avec ces coups de canicule qui flétrissent le végétal et sèchent tout. La maturité des raisins est bloquée et nous espérons un peu de pluie pour regonfler les grains avant la vendange. Côté syndical, nous avons rencontré fin août la nouvelle Préfète pour lui présenter la situation de crise. Nous lui avons dit que les trésoreries des exploitations viticoles se tendent dangereusement. Non seulement les volumes récoltés seront très faibles, voire nuls chez certains, mais il faut considérer en plus la flambée de nos charges avec les produits phyto dont le prix a augmenté de 30 à40 %, les prix du carburant, des fournitures… Bref, beaucoup de vignerons ne s’en sortiront pas sans un plan d’aide conséquent. Il faudra trouver des solutions pour leur permettre de ne pas jeter l’éponge et de remettre en culture pour la saison prochaine. Nous en appelons à la solidarité nationale, pour préserver l’avenir de notre vignoble… »