• mars 11, 2024
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La féminisation de l’agriculture en marche

La féminisation de l’agriculture en marche

A l’occasion de la journée de la femme qui s‘est tenu le 8 mars, la Mutualité sociale agricole (MSA) a dévoilé une étude sur la place de la femme dans le monde agricole. Un sondage très instructif et révélateur d’un réel changement de mentalités au sein de la profession.

 

Qui sont les femmes actives du monde agricole ? Quel est leur parcours ? Comment ressentent-elles leur place dans le monde de l’agriculture ? Quelles sont leurs motivations, envies et attentes ? C’est à ces questions que la MSA répond en très grande partie dans un tout premier sondage* publié début mars. Un sondage qui sera renouvelé au fil des ans pour un baromètre annuel. Que faut-il retenir de ce premier panorama agricole au féminin ? Que « les femmes du monde agricole (chef d’exploitation et salariées, ndlr) sont particulièrement volontaires et mues par la passion mais aussi en quête de reconnaissance, non seulement par l’ensemble de la société, mais également par leurs pairs et les acteurs de leur secteur », résume la MSA. Dans le détail, le sondage indique que les femmes actives du monde agricole affichent une expérience solide du secteur. En effet, 62 % y travaillent depuis au moins 10 ans. Pour 38 % d’entre elles, elles y sont depuis plus de 20 ans. Pas moins des trois-quarts des employeuses de main d’œuvre sont implantées dans le secteur depuis plus de 10 ans, dont la moitié depuis plus de 20 ans. Les origines de ces exploitantes et salariées sont diverses. Presque la moitié vient d’une famille agricole (46 %), 24 % d’une famille citadine et les 30 % restant, d’une famille rurale (non-agricole). Par ailleurs plus du tiers (37 %) ont intégré le monde agricole dans le cadre d’une reconversion professionnelle. « Quand on voit que cette proportion monte à 44 % parmi les cheffes d’exploitation, cela semble traduire la volonté entrepreneuriale des femmes du monde agricole sans oublier une forme de dynamisme du secteur », analyse la MSA. 

 

« Épanouissant »  

Autre enseignement de ce sondage : Les agricultrices travaillent très majoritairement dans la production agricole, à parts quasi égales entre production végétale, culture (41 %) et production animale, élevage (37 %). Elles sont en revanche moins nombreuses dans la transformation de produits agro-alimentaires (8 %). De plus, « six dirigeantes agricoles sur dix travaillent aujourd’hui en agriculture conventionnelle, un quart en agriculture biologique ou en conversion bio », précise la MSA. Au-delà de cette approche sociologique, qu’est-ce qui motive ces femmes à exercer un métier qu’elles jugent difficile (95 %), très peu reconnu (87 %) peu attractif (61 %) et peu rémunérateur (82 %) ? « La passion », répondent-elles à une immense majorité (93 %) en jugeant que le métier est « épanouissant » (84 %). Beaucoup s’y sont engagées pour aider leur conjoint qui travaille dans le milieu agricole. Les plus jeunes femmes interrogées y voient en outre une mission sociétale : « travailler aussi au contact de la nature et des animaux » (66 % des 18-34 ans) et utile à la société (35 ans des 18-34 ans). Dans leur globalité, les femmes interrogées évaluent que le métier qu’elles exercent comme « essentiel ». « C’est un métier d’avenir », ajoutent-elles, bien qu’elles portent majoritairement (80 %) un regard pessimiste sur l’avenir du secteur et jugent (66 %) leur rémunération insuffisante. « Si les trois-quarts des agricultrices (77 %) estiment entretenir de bonnes relations avec les hommes du milieu agricole, elles sont néanmoins 83 % – tous statuts confondus – à y constater des inégalités entre les femmes et les hommes », rapporte l’étude de la MSA. Leur sentiment de légitimité reste fragile : Seulement 61 % des agricultrices se sentent aussi légitimes que les hommes. A leur égal, elles sont en quête de reconnaissance, conclut le sondage. 

Christophe Soulard  

(*) Le sondage a été réalisé par Vérian (ex-Kantar public) auprès d’un échantillon de 1 020 femmes actives du monde agricole adhérentes de la MSA entre le 2 et le 15 janvier, en face à face et/ou par une enquête en ligne. 

©Photo : MSA