• mars 4, 2026
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Entretien. Hélène Ancessi, déléguée départementale aux droits des femmes et à l’égalité

Entretien. Hélène Ancessi, déléguée départementale aux droits des femmes et à l’égalité

Dans notre département rural comme ailleurs, les questions d’égalité ne sont ni abstraites ni lointaines. Elles traversent la vie quotidienne, les familles, les exploitations agricoles, les entreprises et les institutions. À la DDETSPP, Hélène Ancessi est chargée de la politique publique égalitaire. Son cap tient en une phrase simple : « S’assurer d’avoir une société qui gère les différences sans violence ni discrimination. »

Trois axes pour agir

Son action s’articule autour de trois grands axes. D’abord, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Cela peut être des violences physiques, psychologiques, financières, administratives, harcèlement, prostitution… Les formes sont multiples. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 90 % des violences sont commises envers des femmes. Une femme sur six de plus de 15 ans a été victime au moins une fois de violence. Ces situations touchent toutes les couches de la population, quels que soient l’âge, la catégorie socio-professionnelle, le niveau d’éducation, l’origine…
Pour Hélène Ancessi, ces réalités s’inscrivent dans une société encore marquée par des racines patriarcales. « C’est pourquoi il n’y a pas d’homologue dédié à une cause masculine sur ce poste », précise-t-elle. Il faut lutter contre ces racines pour espérer un début d’égalité, dans la vie comme au travail.

Ensuite, l’égalité professionnelle. Il concerne l’accès à tous les métiers – y compris ceux catalogués masculins –, accès aux responsabilités, égalité salariale, parité : le monde du travail reste un terrain majeur. Dans les territoires ruraux, où les femmes sont souvent très impliquées dans les exploitations sans toujours bénéficier d’une reconnaissance équivalente, ces enjeux prennent une dimension particulière.

Enfin,la culture de l’égalité.Dans le Sport, la politique, vie associative, engagement citoyen : « Une place pour tout le monde. » L’égalité ne se décrète pas seulement par la loi, elle se construit par l’éducation, les représentations et les pratiques quotidiennes.

Accompagner sans se substituer

Face aux violences conjugales, les évolutions sont réelles, même si le chemin reste long. « Aujourd’hui, une femme met en moyenne cinq ans à quitter un conjoint violent, contre quinze ans au début des années 2000. » Il faut encore souvent six à huit allers-retours avant un départ définitif. « Mais cela reste une belle progression », souligne-t-elle, invitant à un optimisme lucide.
Ce travail repose sur un réseau de partenaires – associations, institutions, forces de l’ordre, services sociaux, applications dédiées – créant un véritable filet connecté. « On travaille ensemble pour faire circuler les informations. Nous cherchons principalement trois choses : prévenir les violences, prendre en charge les victimes et éviter les récidives. »

Un centre de prise en charge pour accompagner les auteurs de violences a récemment été mis en place. « Cela reste encore à la marge, mais c’est une piste que nous essayons de développer. »
Accompagner demande cependant du recul. « Il ne faut pas tomber dans le piège du sauveur et du sachant. » La victime reste libre de ses choix. Elle peut hésiter, pardonner, revenir en arrière. « Il y aura forcément des retours en arrière et parfois une mise en échec des dispositifs. Il faut l’accepter : cela fait partie du processus. » Juger ou imposer serait contre-productif.

Les stéréotypes, dès le plus jeune âge

Pour la déléguée, les clichés s’installent tôt et concernent tout le monde : famille, école, monde professionnel. « Il y a un éveil des consciences, mais c’est un travail de chaque instant. Il n’est jamais trop tôt pour commencer la lutte contre les stéréotypes. »

Concrètement, elle anime le réseau de partenaires et finance des actions de sensibilisation : interventions au sein de l’Éducation nationale, formations auprès des personnels et des institutions, soutien à des associations… L’objectif est pédagogique, avec des effets attendus à court, moyen et long terme. En fil rouge, une même exigence : faire de l’égalité une réalité concrète, dans les actes comme dans les mentalités.

Une démarche qui profite aussi aux hommes

Hélène Ancessi insiste sur un point : son travail bénéficie également aux hommes. Lutter contre les stéréotypes, c’est aussi casser des représentations qui les enferment. Pression à la virilité, difficulté à exprimer les émotions, assignation à certains rôles… L’égalité libère tout le monde. Elle résume son engagement par une formule : « Bien vivre ensemble. »Face aux difficultés de positionnement que certains hommes peuvent ressentir, elle propose deux questions simples :
– Si c’était un homme en face, aurais-je réagi de la même manière ?
– Aurais-je accepté ce comportement envers une femme proche de moi : ma mère, ma femme, ma fille ?
Prendre en compte la sensibilité de l’autre, s’interroger sur l’existence d’un rapport hiérarchique ou d’un ascendant, se regarder soi-même avant de juger la réaction d’autrui : chacun a « une pierre à poser à l’édifice d’un avenir plus égalitaire ».

Ne pas rester seul

Dans les campagnes comme en ville, le silence isole. « Que vous soyez victime ou témoin, ne restez jamais seul. Il y a toujours un interlocuteur discret pour aider ou orienter. »

À l’heure où le monde agricole s’interroge sur la transmission, la place des femmes dans les exploitations et les responsabilités professionnelles, cet appel résonne avec force. L’égalité n’est pas un slogan : c’est un chantier collectif, patient, exigeant — mais porteur d’avancées réelles et nécessaires.

Propos recueillis par Rym Mekhalfa.