• avril 29, 2026
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Entretien. Quatre questions au sénateur du Lot Raphaël Daubet

Entretien. Quatre questions au sénateur du Lot Raphaël Daubet

Le 24 avril, les quatre parlementaires lotois se sont rendus à la chambre d’agriculture pour une réunion concernant la loi d’urgence agricole. Un texte qui sera prochainement débattu à l’Assemblée nationale, puis au Sénat dans les semaines et moi qui viennent. La Défense paysanne leur a posé quatre questions en lien avec la loi, et les sujets dont ils s’empareront lors des discussions parlementaires.

 

Défense paysanne du Lot : Le Lot est un territoire d’élevage, avec des filières sous pression. Quelle mesure du projet de loi vous semble réellement capable d’améliorer la situation à court terme ?  Et au contraire, laquelle vous paraît insuffisante ou déconnectée du terrain ?

Raphaël Daubet, sénateur PRV du Lot : “Il y a des mesures utiles dans le texte, notamment sur la question de l’eau. On pourrait aller plus loin et on peut amender le texte, néanmoins, il y a une volonté de progresser sur cette question qui apparaît aujourd’hui comme une question de bon sens. Être capable de collecter de l’eau au moment des pluies très importantes et de la réutiliser après, cela paraît assez évident. Sur la question de la prédation par le loup, le texte prévoit un assouplissement qui permettrait de protéger des élevages dans le Lot. Ces troupeaux sont particulièrement vulnérables, car nous n’avons pas de grands parcs qui permettent les rassembler, comme nous pouvons le voir dans les Pyrénées. Donc il y a un enjeu particulier avec le loup, avec une difficulté pour se défendre contre les attaques. Certaines mesures en matière d’urbanisme sont aussi positives, avec les zones tampon entre les espaces agricoles et urbanisés. Il y a aussi une mesure pertinente au niveau de la création des projets d’avenir agricole, qui va permettre d’avoir une vision territorialisée des enjeux agricoles et d’orienter les choix, au travers d’une concertation des collectivités territoriales, de l’Etat et du monde agricole, à une échelle locale. Je plaide depuis longtemps pour la mise en place de contrats entre l’Etat, les régions et les territoires en faveur de l’agriculture. Nous avons besoin d’une approche territorialisée des enjeux agricoles et de prendre la mesure des spécificités de chaque territoire, de ses filières et de leurs difficultés.”

DPL : Ce texte est présenté comme une loi d’urgence. Mais dans un département comme le Lot, les difficultés agricoles sont aussi structurelles (revenus, transmission, adaptation au changement climatique..). Est-ce que ce projet répond, selon vous, aux vraies causes, ou seulement aux symptômes ?

R.D. : “Le gouvernement a voulu être pragmatique et je salue sa recherche d’efficacité. Néanmoins, on prévoit des mesures qui s’additionnent les unes aux autres pour répondre à des problèmes précis, c’est le signe d’une absence de stratégie. Les échanges avec la chambre d’agriculture m’ont donné le sentiment qu’on légifère contre nous-mêmes. Nous cherchons des mesures pour répondre à des obstacles que l’Europe et la France ont contribué à fabriquer. La stratégie que j’attends doit répondre aux grands enjeux de l’agriculture et du Lot, notamment la baisse des rendements et de la productivité. Celle-ci a un impact sur les revenus agricoles et sur les structures qui fonctionnent autour de l’agriculture. Elle signifie aussi la perte de savoir-faire. Le texte n’apporte pas vraiment de réponse là-dessus. L’autre gros enjeu, c’est la multiplication des crises sanitaires et climatiques qui ont frappé à répétition le pays et le Lot, mais le texte ne prévoit rien réellement pour cela. Les crises affectent le positionnement économique des secteurs agricole et agro-alimentaire de la France qui sont en train de reculer d’une manière extrêmement inquiétante en Europe. L’enjeu derrière, c’est la compétitivité de nos exploitations et des structures de transformation. Nous ne sommes pas capables d’affronter une concurrence très forte. Au-delà des charges qui augmentent, il y a une réalité structurelle, une faiblesse, qui tient à l’organisation des filières, à la structuration des outils industriels et des stations expérimentales.”

 

DPL : Au-delà de ce texte, quelle mesure concrète défendrez-vous personnellement dans les mois à venir pour les agriculteurs du Lot, quitte à vous opposer à votre propre camp sur certains sujets si nécessaire ?

R.D. : “Je vais poser dans les prochains jours une question au gouvernement sur la tuberculose, car j’ai besoin de comprendre la réalité des cas en France et la façon dont elle est prise en charge. J’ai interpellé le gouvernement récemment sur la PAC et le LEADER. Et je vais évidemment m’impliquer sur la loi d’urgence agricole, en travaillant sur les amendements, en lien avec les organisations agricoles locales et nationales. Et puis, j’ai déjà commencé à réfléchir au projet de la loi de finance. Sur le prochain budget qui sera extrêmement difficile à faire, il faut qu’on puisse défendre toutes les lignes de crédit qui concernent l’agriculture et l’ambition qui va avec. Je n’ai aucun camp idéologique. J’essaye, dans la difficulté qui est la nôtre, d’appréhender les questions agricoles qui sont extrêmement complexes et qui regroupent beaucoup de paramètres, j’essaye de voir où sont les solutions et de les défendre.”

 

DPL : La gestion de l’eau apparaît comme un enjeu vital dans le Lot. Etes-vous prêt à faire sauter les verrous administratifs et politiques qui persistent pour faire avancer ce sujet avant les présidentielles ? Notamment au niveau des délais de traitement de dossiers qui sont très longs ?

R.D. : “Cela me paraît fondamental, je suis prêt à me battre. Cela fait des années que nous en entendons parler, que nous recevons beaucoup de velléités, qui ne vont pas au bout malheureusement. Il y a des raisons administratives, mais surtout idéologiques. Il ne faut pas se tromper de combat. C’est vrai pour l’eau et pour toute l’agriculture. Il y a un débat idéologique de fond dans ce pays qui oppose malheureusement la volonté d’aider l’agriculture, à un certain nombre de préjugés parfois, qui relèvent d’une mauvaise compréhension des enjeux et des questions. Trouver une solution sur l’eau est essentiel pour pérenniser notre agriculture. Je l’ai déjà défendu comme élu local. Aussi, je pense qu’il est très important que nous augmentions la représentation des élus agricoles dans les instances, mais je crois que ce n’est pas suffisant. Il faut réfléchir à une gestion collégiale entre les pouvoirs publics locaux et le monde agricole sur cette question de l’eau, qui est d’intérêt général. Nous devons trouver des instances capables de piloter, et de voir l’intérêt du monde agricole et de l’intégrer à tout ça. Je défendrai la possibilité d’utiliser la ressource en eau dans une gestion durable, à des fins agricoles.

Propos recueillis par Anaïs Auzanneau