- septembre 11, 2026
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Les Chambres d’agriculture veulent éviter la déproduction
A l’occasion de leur conférence de presse de rentrée le 9 septembre, les responsables de Chambres d’agriculture France (CdAF) ont certes tiré le bilan d’un été catastrophique. Ils appellent aussi à un rebond pour sauver une souveraineté alimentaire qu’ils voient s’étioler au fil des ans.
« Éviter le suraccident ». En reprenant les termes d’Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, Sébastien Windsor, président de CdAF a confirmé l’état de l’agriculture française au sortir d’une séquence estivale qui a mis à terre de nombreuses productions. Si l’été a rappelé 1976, l’épisode actuel s’avère « sans précédent par rapport à tout ce qu’on a vécu », a alerté Sébastien Windsor. « On risque de s’enfoncer encore plus dans une perte de souveraineté alimentaire et dans une dépendance de plus en plus forte à l’importation », a-t-il averti. Les bilans traduisent la sévérité du choc : décrochage net en blé dur et en orge, récolte de maïs au plus bas depuis les années 1980 et déficits d’alimentation en élevage. S’y ajoute le retour de l’inflation (+ 5,8 % sur l’alimentaire frais en juillet), qui « préfigure pour le reste de l’année une augmentation des prix qui risque de peser sur le comportement du consommateur », a prévenu Thierry Pouch, chef du service Études et prospective de CdAF. Ce contexte lui fait craindre un « effet de déconsommation » et une descente en gamme.
En le disant à mots autant feutrés que diplomatiques, les dirigeants de CdAF restent sur leur faim quant au montant du plan d’urgence (Canicule, sécheresse, incendies-CASI) annoncé le 4 septembre par le Gouvernement. Il est jugé « en décalage avec l’ampleur des pertes », a indiqué Guillaume Lefort, vice-président du réseau. Les Chambres réclament un étalement de l’amortissement des pertes sur plusieurs années et des précisions sur le fonds de réarmement de 235 M€. La situation est critique en élevage : 32 départements sont touchés, dont quatre en risque de rupture d’approvisionnement des troupeaux à court terme (Cantal, Puy-de-Dôme, Hautes-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques). Pour épauler les éleveurs, les Chambres d’agriculture ont déployé des bilans fourragers gratuits ou à très bas coût, comme en Normandie où plus de 200 évaluations sont prévues. Par ailleurs, Sébastien Windsor écarte tout blocage des prix du fourrage : dans un marché européen asséché où seules la Suède, la Finlande, les pays baltes et la Pologne conservent des conditions favorables selon l’observatoire Mars, « bloquer les tarifs en France réorienterait les flux importés vers nos voisins », a-t-il analysé.
« Préparer l’avenir »
Au-delà des aides d’urgence, l’impératif central est d’« éviter le suraccident », a insisté le président de CdAF. Les Chambres d’agriculture cherchent à empêcher que l’asphyxie financière n’incite les exploitants à renoncer aux engrais, à laisser des terres en jachère ou à décapitaliser leurs cheptels. De telles décisions entraîneraient l’agriculture dans une spirale de décroissance de la production. Pour soutenir la trésorerie sans imposer de remboursement dès l’année suivante, Sébastien Windsor demande des aides directes et rejette l’idée d’un « impôt sécheresse », préconisant des économies budgétaires pour préserver le pouvoir d’achat et le soutien des consommateurs. Cependant, Guillaume Lefort a estimé qu’il serait difficile « de sauver tout le monde », ajoutant qu’il faudra « accompagner ceux qui le souhaitent à sortir du métier ». Pour inscrire la résilience dans la durée, la profession agricole fonde de grands espoirs sur le projet de loi de finances pour 2027. « Il faudra limiter certaines redevances dans le prochain PLF », a soutenu Guillaume Lefort. Les représentants de CdAF demandent des aides à l’investissement pour modifier en profondeur les systèmes d’exploitation, une prise en charge des intérêts d’emprunt et des garanties d’État. Il s’agit d’adapter les assolements et d’anticiper. « On veut préparer les agriculteurs à l’avenir : produire, protéger et s’adapter au changement climatique », a conclu Guillaume Lefort.
Christophe Soulard – ACTUAGRI
