- février 1, 2026
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Résultats prévisionnels agricoles 2025 : une bonne conjoncture pour les élevages lotois mais une situation tendue pour les viticulteurs et les producteurs de noix
CERFRANCE LOT a présenté les premières prévisions des résultats économiques 2025 des exploitations agricoles lotoises, le 22 janvier 2026. Le président de CERFRANCE Lot, Stéphane Lagarde, a accueilli les responsables des organisations agricoles et administrations lotoises en précisant que ces résultats, bien que provisoires, reflètent une tendance qui mérite d’être analysée.
Lucie Canon et Damien Ameline, chargés d’études à CERFRANCE Lot, ont d’abord rappelé la conjoncture de 2025 :
- Contexte climatique : automne et hiver doux et pluvieux, printemps humide compliquant les semis des cultures de printemps mais favorable à la pousse de l’herbe, deux longs épisodes de canicule en juillet et en août impactant les récoltes viticoles, arboricoles, et des cultures de printemps
- Contexte économique global : croissance mondiale qui se tient, léger recul de l’inflation en France ainsi que des taux d’intérêts, évolution de la dynamique d’échanges commerciaux au niveau mondial (augmentation des flux commerciaux entre pays « amis » ayant un objectif convergent, protectionnisme en hausse)
- Contexte sanitaire : foyers FCO 3, FCO 8 et MHE surtout localisés dans l’ouest de la France. Peu de cas dans le Lot cette année, mais des impacts résiduels de la campagne passée. Ils ont évoqué également la Dermatose Nodulaire Contagieuse, qui a touché la région Occitanie depuis novembre dernier.
Les principaux intrants voient leur coût baisser par rapport à la dernière campagne. Cela concerne notamment les engrais, l’électricité, le GNR, les aliments… En revanche les indices de charges de structures ne cessent d’augmenter depuis 2022 : + 7 % pour le SMIC horaire, + 15 % pour l’indice de fermage, + 19 % pour l’indice IPAMPA d’entretien-réparation du matériel (en moyenne sur 3 ans). Du côté des produits, la conjoncture prix est favorable aux productions animales. Pour les cultures, le constat est plus morose : les cours des céréales sont revenus à leur bas niveau d’avant 2020, les noix ont perdu 5 cts/kg en moyenne, et le cours des vins du sud-ouest reste bas, même si l’on en trouve peu sur le marché.
Bovins lait
Malgré un début d’année mitigé, la collecte mondiale de lait est en forte hausse sur les 10 premiers mois de l’année. Il s’agit d’une collecte record en Europe et en France, notamment pour les mois d’août, septembre et octobre. Cette hausse serait encouragée par des prix rémunérateurs (en moyenne 502 €/1000 L en prix réel en Occitanie, source : FranceAgriMer), avec un coût des aliments en baisse et des fourrages récoltés de qualité. Dans ce contexte, les exploitations laitières lotoises voient leur EBE augmenter par rapport à 2024, et atteindre les 100 000 € d’EBE (soit 213 € d’EBE par vache). Après le remboursement des annuités d’exploitation, le revenu disponible par UTH familiale s’élèverait à près de 35 000 €.
Bovins viande
La baisse du cheptel bovin (allaitant et laitier) qui touche l’Europe, avec près d’un million de vaches en moins en deux ans, induit une baisse des réformes et des veaux disponibles. Face à une demande qui se maintient, les cours s’affolent : la cotation a progressé de 30 à 42 % en un an pour les vaches de réforme, de 32 % pour les jeunes bovins finis. Pour les broutards, la cotation des mâles de 6 à 12 mois a atteint au plus haut 6,40 /kg vif à l’automne, soit près de 2,0 €/kg vif de plus que l’année passée !
Au niveau lotois, pour le système Spécialisés Broutards, la hausse des produits d’exploitation est contenue par une productivité moindre. Finalement, l’EBE augmente tout de même de 22 % et atteint 78 000 € par exploitation, soit 1 036 € / vache, c’est-à-dire presque le double par rapport à 2021. Le revenu disponible avoisinerait les 40 000 € / UTH familial.
Ovins viande
Au niveau français, on observe une baisse du nombre d’abattages et d’importations d’agneaux, ce qui implique une baisse du disponible français. La cotation de l’agneau français a continué à progresser de septembre 2024 jusqu’au niveau record de 11,04 €/ kg carcasse à Pâques, avant de connaître une baisse estivale. Celle-ci serait liée à un engorgement du marché lui-même dû au décalage de sortie des agneaux lié à la FCO, dans une période estivale traditionnellement peu propice à la consommation de viande ovine, d’autant plus avec les prix élevés observés.
Pour les exploitations lotoises, cette hausse des prix permet une hausse de l’EBE de 17 %, atteignant 67 500 € en moyenne, soit 127 €/brebis. Le revenu disponible atteindrait 25 000 € par UTH familial, un niveau record pour cette filière.
Canards gras
Au niveau français, malgré une saison automnale marquée par une forte présence de la grippe aviaire dans l’environnement (en témoigne la mortalité massive observée d’oiseaux migrateurs en France et en Europe), la stratégie vaccinale mise en place par l’état a permis à la production nationale de se stabiliser à un peu plus de 17 000 tonnes de foie gras. Il a été rappelé que la vaccination empêche des débouchés notamment à l’export, par exemple au Japon. Dans le Lot, les producteurs de canard gras spécialisés ont profité d’un ciseau des prix favorables ; les prévisions indiquent un EBE de 100 000 €, soit 45 850 € de revenu disponible.
Viticulture
La récolte 2025 s’annonçait favorable, mais deux vagues de chaleur ont provoqué le flétrissement des baies. Le syndicat de défense de l’AOP Cahors estime donc un rendement de 35 hL/ha pour les vignes AOP, avec néanmoins une qualité jugée bonne. Malgré la baisse continue des volumes de vin commercialisés en vrac (divisés par quatre en 5 ans), le prix moyen de sortie ne décolle pas.
La situation reste donc très tendue financièrement pour les viticulteurs lotois, que ce soit pour les groupes d’étude coopérateurs, indépendants mixtes et embouteilleurs. Les revenus disponibles restent négatifs cette année pour cette filière.
Producteurs noix
Après une année 2024 marquée par le gel, la récolte 2025 s’avère correcte en poids (estimation retenue de 1425 kg/ha, soit 30% de moins qu’une année « normale »), mais les calibres sont petits, à cause des épisodes de sécheresse. La récolte est hétérogène selon les secteurs, les modes de production, et l’âge des vergers. Les prix du marché ont baissé de 5 cts/kg par rapport à la campagne précédente, dans un contexte de production mondiale importante, alors que les droits de douane des noix provenant des Etats-Unis ont été supprimés.
L’EBE devrait tout de même remonter par rapport à 2024, année exceptionnelle compte tenu de la perte de rendement ; le revenu disponible serait de l’ordre de 8000 € / UTH familial.
Grandes cultures et maïs semence
Dans un contexte de prix bas, les céréaliers de la région devraient connaître l’EBE le plus faible depuis 10 ans (céréaliers en sec comme en irrigué), atteignant environ 12 000 €/exploitation, soit 110 €/ha. La même tendance se dessine au niveau du Lot.
Il a également été souligné une baisse de l’EBE chez les producteurs de maïs semence (pour le groupe lotois ; en moyenne 26 ha de maïs semence), en lien avec une baisse des surfaces contractualisées, et du contexte baissier des prix en grandes cultures. L’EBE avoisinerait les 370 €/ha, soit deux fois moins que les années 2021 à 2023.
Vers une stratégie de robustesse ?
L’ouverture de la présentation du CERFRANCE Lot était dédiée au terme robustesse, au sens biologique défini par Olivier HAMANT (chercheur à l’INRAE) : « La recherche systématique de performance fonctionne dans un monde stable et abondant. Dans un monde fluctuant, la meilleure stratégie est la robustesse, qui consiste à maintenir le système stable et viable malgré les fluctuations ».
Avec des charges de structure en hausse de 12 % en trois ans (Agriscopie, Cerfrance Occitanie), des prix volatils et des rendements en recul — notamment en blé tendre —, miser sur la robustesse apparaît comme une stratégie d’entreprise pertinente.
