• septembre 22, 2026
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Tabac : le déclin d’un empire

Tabac : le déclin d’un empire

En 2025, les ventes de tabac en France ont chuté de 8,2 %. Ce repli historique, impulsé par la loi Évin de 1991 et les politiques sanitaires successives, marque un tournant majeur pour la santé publique. Pour le monde agricole, c’est le crépuscule d’une filière passée de 100 000 à moins de 550 producteurs, transformant l’ancienne puissance en pays importateur.

 

Les derniers chiffres de l’année 2025 confirment une tendance lourde : le tabagisme s’effondre en France. Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), les volumes vendus chez les buralistes ont reculé de 8,2 % en un an. Si le chiffre d’affaires reste stable à 18,4 milliards d’euros grâce aux taxes, les cigarettes (-8,7 %) et le tabac à rouler (-9,6 %) sont en nette perte de vitesse. Faut-il y voir le fruit de décennies de lutte contre le tabagisme, dont la loi Évin de 1991 a posé les fondations en restreignant la publicité et en encadrant l’usage dans les lieux publics ? Dans une grande partie, oui. En effet, depuis plus de trente ans, la hausse des prix, le paquet neutre et les aides au sevrage ont accéléré le mouvement. En 2024, moins d’un adulte sur cinq fumait quotidiennement (18,2 %), contre près de 30 % il y a dix ans. Chez les jeunes, le constat est encore plus frappant : seulement 5,6 % des lycéens fument tous les jours aujourd’hui, contre plus de 30 % en 2010. La France rejoint ainsi le cercle restreint des pays nordiques affichant des niveaux de tabagisme inférieurs à 5 % dans certaines catégories.

La fin des quotas et des prix garantis 

Pour l’agriculture française, ce succès sanitaire s’est traduit par un effondrement productif. Dans les années 1950, la France comptait environ 100 000 planteurs de tabac sous l’égide de la Société d’exploitation industrielle des tabacs et allumettes (SEITA). Entre 1926, date de sa création et 2008, date de son rachat par Imperial Tobacco (devenu Imperial Brands), cette société publique industrielle contrôlait la fabrication des cigarettes en France, achetait le tabac aux producteurs français, gérait les manufactures et fixait les prix. En 2026, il ne restait qu’environ 500 producteurs de tabac en France, et le volume national stagne désormais autour de 5 000 tonnes sur à peine 2 000 hectares.

Ce déclin n’est pas seulement dû à la baisse de la demande. La filière a subi la fin des quotas et des prix garantis, ainsi qu’une concurrence internationale accrue. Conséquence majeure de ce désengagement : la France a perdu sa souveraineté industrielle. Depuis la fermeture des dernières manufactures de cigarettes en 2017 et des usines de transformation en 2019, le pays ne dispose plus d’aucune capacité de fabrication. Aujourd’hui, le marché français repose presque entièrement sur l’importation. Les quelques coopératives subsistant dans le Sud-Ouest, l’Alsace ou l’Isère ne fournissent plus qu’une production de niche. Les agriculteurs restants se spécialisent dans le tabac Virginie (70 % des surfaces) ou le Burley, destinés à des marchés spécifiques comme le cigare, le narguilé ou l’extraction de nicotine pour le vapotage.

Sur une consommation d’environ 45 000 tonnes par an, près du cinquième (8 100 tonnes) provient d’achats hors du réseau français (achats transfrontaliers, duty free, contrebande). La France, jadis productrice et manufacturière, est devenue un simple marché de consommation résiduel, alimenté par l’étranger et surveillé de près par les autorités sanitaires.

Christophe Soulard Actuagri

Le tabac mondial en chiffres

Presque 6 millions de tonnes de tabac sont produites chaque année dans le monde sur une surface d’environ 3,3 millions d’hectares. La Chine domine largement le secteur avec près de 2,3 millions de tonnes (1 Mha), soit environ 40 % de la production mondiale. Elle est suivie par l’Inde (770 000 t – 430 000 ha) et le Brésil (680 000 t – 325 000 ha)*, tandis que l’Indonésie, le Zimbabwe, les États-Unis, le Pakistan, la Tanzanie et l’Argentine figurent également parmi les principaux producteurs. À eux trois, Chine, Inde et Brésil assurent plus de la moitié des volumes mondiaux. Si les surfaces consacrées au tabac ont reculé d’environ 20 % en vingt ans, la production est restée globalement stable grâce à l’amélioration des rendements. La culture est aujourd’hui présente dans plus de 120 pays, mais se concentre de plus en plus dans quelques grands bassins de production.

(*) Données consolidées de la FAO (récoltes 2023, publiées fin 2025)

 

Tabac : 1,2 milliards de consommateurs dans le monde

À l’échelle mondiale, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’environ 1,2 milliard de personnes consomment du tabac, d’une manière ou d’une autre (cigarettes, cigares, snus*, tabac à chiquer, narguilé….) soit un adulte sur cinq. La prévalence est en baisse continue : elle est passée d’environ 33 % des adultes en 2000 à 20 % en 2024, même si le nombre absolu de fumeurs reste très élevé en raison de la croissance démographique. Environ 80 % des fumeurs vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. En France, le tabagisme est plus répandu que la moyenne mondiale. Environ 25 % des adultes de 18 à 75 ans fument (quotidiennement ou occasionnellement), dont près de 23 % sont des fumeurs quotidiens, ce qui représente environ 12 à 13 millions de fumeurs. Le tabac est responsable d’environ 75 000 décès par an dans le pays.

(*) Tabac oral traditionnel originaire de Suède