Six ASA Lotoises ont mis leurs réseaux d’eau brute à disposition des communes pour la lutte contre les incendies. Une démarche contractualisée qui permet d’apporter ce service à la collectivité mais nécessite des aménagements techniques et adaptations juridiques. Plusieurs autres ASA y réfléchisent.

La lutte contre les incendies de bâtiments ou de végétation n’est pas toujours facile pour les pompiers au fin fond des petites communes rurales. Pour remplir les cuves d’intervention, les bornes des réseaux d’eau potable ne sont pas forcément présentes et manquent souvent de pression et de débit. Cela complique singulièrement le travail des pompiers. Sur certains secteurs, les ASA d’irrigation disposent quant à elles de réseaux puissants à fort débit qui conviennent parfaitement à cette mission. Dès 2011, plusieurs responsables d’ASA y ont réfléchi en lien avec les Maires de leurs communes et la Communauté des communes Cauvaldor.
Défense incendie
Il faut savoir que la défense incendie est une compétence des Maires et que les permis de construire ne peuvent désormais être accordés qu’avec la garantie de défense incendie. L’accès à l’eau est donc primordial. L’union d’ASA s’est alors rapprochée du SDIS (Service Départemental Incendie Secours) pour réaliser des essais sur les prises d’eau dans les réseaux et étudier la protection supplémentaire amenée. Ils se sont avérés concluants sur le plan technique et ont surtout montré que la répartition des bornes d’irrigation permettait de couvrir 80 % d’une commune comme Carennac contre 30 % auparavant. Les élus locaux ont évidemment été très intéressés par cette nouvelle opportunité. Dès 2011, cette initiative a été présentée aux Municipalités qui l’ont avalisée.
Mises aux normes
Mais la mise en œuvre de cette nouvelle fonctionnalité a exigé plusieurs types d’aménagement comme l’explique Patrick Bouny, le président de l’ASA de Prénabot à Carennac « nous avions l’habitude de mettre notre réseau en activité d’avril à octobre, le laissant en sommeil durant la saison morte, mais le SDIS en a besoin toute l’année. Cela a nécessité des investissements de modernisation, l’isolation des stations de pompage, la protection antigel, la mise en place de nouvelles pompes moins énergivores pour l’hiver, l’extension de certaines antennes, le changement de contrats d’électricité avec EDF. Ces charges ne devaient pas incomber aux agriculteurs irrigants. Nous avons donc réalisé ces travaux mais les avons refacturé aux communes au prorata des bornes incendies présentes sur leurs territoires. Nous leur refacturons aussi la consommation électrique hivernale qui représente une nouvelle charge…»
Fonctionnement
En pratique, les communes concernées sont devenues adhérentes de ces ASA. A ce titre, elles peuvent bénéficier de l’eau comme les agriculteurs, les présidents d’ASA conservant la responsabilité de l’entretien et de la surveillance du réseau. Un point juridique délicat qui a nécessité la modification du règlement intérieur et des statuts de ces ASA qui sont, rappelons le, des établissements publics. Patrick Bouny précise « l’engagement d’accès à l’eau pour la DECI exige sa disponibilité permanente. Les pompiers ont géoréférencé nos bornes et peuvent ainsi y accéder rapidement. En 2020, nous avons également équipé nos stations de pompage d’un système électronique de télésurveillance pour détecter les pannes. Je suis désormais averti en temps réel, jour et nuit, si le réseau est défaillant. Cela me permet de déclencher immédiatement le service de maintenance et de prévenir aussitôt le SDIS qui avise en cas d’incendie…». Ces moyens viennent compléter la DECI d’une trentaine de communes à ce jour. Cette organisation fonctionne bien et a déjà fait ses preuves lors d’incendies locaux. De plus, l’eau de ces réseaux n’est pas traitée et revient nettement moins chère que celle du réseau d’eau potable.
Des communes satisfaites
Le maire de Lendou en Quercy, Bernard Vignals, souligne « c’est un service particulièrement intéressant pour la collectivité. Sur Saint Cyprien, nous n’avions qu’un seul poteau incendie branché sur le réseau d’eau potable et nous aurions dû investir sur des citernes souples très chères, un coût insupportable pour la commune. Grâce au réseau de l’ASA, nous pouvons bénéficier des nombreuses bouches d’irrigation et de la puissance du débit. Nous participons également désormais au fonctionnement de l’ASA. De plus, cela nous permet de mutualiser avec les communes voisines et partager les investissements au prorata des bouches utilisées. Nous avons financé la mise hors gel du réseau et le repérage des bouches. Je regrette juste que cet investissement n’ai pas pu bénéficier de l’aide de la dotation d’équipement du territoire rural octroyée par l’État. Côté Département, nous avons eu une aide mais faible… »