La demande en céréales, oléagineux et autres « nouvelles » graines bio continue de croître pour répondre à l’augmentation des achats des consommateurs. De nombreux producteurs en mode traditionnel s’interrogent donc sur leur conversion en bio. Mais cette transition ne s’improvise pas et exige une bonne maîtrise des leviers techniques pour résoudre les problèmes de salissement, de fumure et de maladies des cultures.

La Chambre d’Agriculture a donc lancé une première formation sur trois jours pour approfondir ces points techniques. Les conseillers bio de la Chambre du Lot, Lucile Dréon, et du Gers, Jean Arino, l’ont animée pour une douzaine d’agriculteurs. Sessions en salle et visites sur le terrain ont permis d’apporter les éléments techniques de base et de répondre aux questions des participants. Cette formation réalisée à Castelnau-Montratier bénéficiait du soutien de Vivéa.
Contexte porteur
Le marché des produits bio est le seul qui progresse aussi rapidement ces dernières années et cette tendance ne faiblit pas. La production française a du mal à suivre et de plus en plus d’agriculteurs se convertissent. Sur notre département, les surface en bio ont doublé depuis dix ans. Les grandes cultures sont les premières concernées par cette transition. Sur 2020, ce sont encore 800 ha supplémentaires qui sont convertis. Ces producteurs bénéficient des aides publiques encourageantes : primes à l’ha, subventions des investissements en matériels, crédit d’impôt…
Principaux points techniques abordés lors de la formation
L’agriculture bio consiste à cultiver sans recours aux produits chimiques de synthèse et sans fertilisants de synthèse (engrais solubles).
Les trois principaux défis à relever en bio sont par ordre d’importance, le salissement (adventices), la fertilité et l’état sanitaire (gestion des maladies, ravageurs)
Les pratiques culturales permettant de contrôler ces problématiques sont la rotation, les couverts végétaux, la gestion des apports et le travail du sol. Ces pratiques doivent être mises en œuvre en fonction du contexte pédo-climatique, des contraintes et des objectifs de chacun. Elles jouent des rôles différents en fonction des problématiques auxquelles elles font face.
Rotation
La rotation dans la gestion du salissement
Pour gérer le salissement, la rotation doit être longue, de 3 à 7 ans et faire alterner les cycles biologiques (culture d’été / de printemps / d’hiver).
Pour contrôler le salissement, il est aussi important d’inclure dans la rotation des cultures bénéficiant des deux types de désherbage ; le binage et le désherbage en plein (herse étrille, houe…). L’utilisation de plantes nettoyantes au sein de la rotation comme les plantes couvrantes, les plantes étouffantes et les plantes allélopathiques ne sont pas à négliger dans la stratégie de gestion des adventices.
La rotation permet de gérer les adventices de saison : datura, folle avoine, …
La rotation dans la gestion de la fertilité
Dans le temps, la fertilité des sols sera en partie maintenue par l’inclusion de légumineuses dans la rotation. 50 % de l’assolement devrait être réservé aux légumineuses afin que leur rôle dans la fertilité soit significatif.
L’alternance des familles et la gestion des stades de cultures restituées au sol sont importants pour stimuler l’activité biologique du sol et faciliter la minéralisation. Le rapport C/N des apports est très important.

  • La rotation dans la gestion de l’état sanitaire
    Afin d’éviter l’implantation de maladies et de ravageurs sur le long terme, il est important d’alterner les familles dans la rotation, les monocotylédones et les dicotylédones, les légumineuses, les graminées (céréales), les crucifères…
    L’allongement des rotations est nécessaire lorsque les risques sanitaires deviennent important. Les précédents culturaux sont à prendre en compte car ils peuvent amener des maladies ou des blocages pour la culture en place. Une fréquence de retour à la parcelle pour une même culture doit être respectée en fonction de la sensibilité des cultures.

Le choix des rotations doit aussi être étudié en fonction des rentabilités économiques des cultures. Il est important de rester attentif aux attentes du marché pour la mise en place de son plan d’assolement, notamment via les opérateurs de la filière aval. Le secteur de l’alimentation humaine est plus porteur que celui de l’alimentation animale, les lentilles, le soja et le blé tendre restent par exemple plus demandés.
Selon l’enquête de la CA32 sur 50 producteurs en 2018, les marges brutes moyennes par hectare des lentilles, soja et blé tendre sont respectivement de 620 €, 1 191 € et 565 €.

Les couverts

  • Les couverts dans la gestion du salissement

Les couverts peuvent être étouffants, concurrentiels ou encore allélopathiques, permettant ainsi de diminuer le salissement des parcelles.
Ils doivent être choisis en fonction des problématiques de l’exploitation, des adventices présentes, des conditions pédo-climatiques et des cultures principales sélectionnées.
L’utilisation de plantes allélopathiques permet aussi d’éviter la germination de certaines adventices pour la culture suivante.

  • Les couverts végétaux dans la gestion de la fertilité

Les couverts végétaux jouent un rôle sur la structuration du sol, limitent son érosion, et apportent de la matière organique au sol.
Certains couverts vont permettre de fertiliser les sols en apportant de l’azote et en fixant les éléments pour éviter leur lessivage. Un couvert ayant pour but la fertilisation est un engrais vert. Les légumineuses vont permettre de prélever de l’azote de l’air pour le restituer au sol si le couvert n’est pas exporté. Pour être efficace, les engrais verts ne doivent pas être exportés de la parcelle. Ils doivent être détruits assez tôt (avant la lignification) afin de pouvoir être facilement assimilé par le sol. (rapport C/N ~ 10).

  • Les couverts végétaux dans la gestion sanitaire

Les couverts permettent d’augmenter la diversité d’espèces se succédant dans le sol. Dans la gestion du salissement, le rôle des couverts est lié à la rotation.

  • Le travail du sol

Le travail du sol et mécanique dans la gestion du salissement
La préparation du sol en amont de la culture comme le désherbage mécanique par la suite à proprement parler permettent de gérer le salissement qui n’a pas pu être contrôlé par les pratiques culturales précédentes.
Le travail du sol est le levier le plus coûteux dans la gestion du salissement.
– l’avant semis Destockage (déchaumage) estival, labour, faux semis…
– curatif après semis : houe, herse, bineuse, manuel
– rattrapage pour éviter la grenaison pour les cultures suivantes : écimeuse, faucheuse/andaineuse…

  • Le travail du sol dans la gestion de la fertilité

Il est important de préparer le sol au bon moment afin d’éviter les semelles de travaux et ainsi de bloquer l’activité biologique et la disponibilité des éléments. Obtenir une terre friable et travaillée au bon moment (ni trop sec, ni trop frais) permet d’optimiser la levée de la culture.
Le travail du sol dans la maîtrise sanitaire
L’enfouissement des résidus de végétaux permet d’éviter le développement de pathogènes pour les cultures suivantes.
Autres leviers
Fertilisation et intrants : La régulation de l’apport azoté permet de limiter le développement et la croissance d’adventice et limite aussi le développement de champignon sur les cultures. L’apport doit donc être raisonné en fonction des besoin de la culture, de la nature du sol et du stock d’azote déjà présent. Il existe des fongicide et des insecticides à base de produits naturels autorisés en bio (cuivre, soufre, bacillus…).

Conclusion Dans le Lot, en Quercy blanc en particulier, la problématique principale est la présence de ray-gras sur les plateaux peu profonds. Le labour est difficile dans ces zones caillouteuses. Sur ces plateaux, les cultures d’été permettraient de contrer la présence de ray-gras, mais les étés chauds et secs sur des plateaux séchants n’est pas favorable à ce type de culture. La culture de couverts à base de légumineuses sur ces plateaux permettrait de les valoriser au mieux. La présence d’Ambroisie est le second facteur limitant dans le Quercy blanc pour la culture biologique. L’allongement des rotations permettra de diminuer la pression induite par cette plante. En fonction de la présence d’élevages sur les fermes et alentours, les stratégies de fertilisation se baseront sur la présence de couverts et d’engrais verts. Dans tous les cas, l’introduction de légumineuses dans la rotation sera nécessaire. Les cultivateurs du Quercy Blanc doivent établir des stratégies appuyées sur les leviers disponibles en agricultures bio pour maîtriser au mieux leurs problématiques tout en prenant en compte les contraintes de leurs terres. La formation à laquelle ils ont assisté leur en a appris beaucoup, mais il sera nécessaire de poursuivre l’apprentissage de la culture en bio et de mutualiser les connaissances et les moyens. Cultiver en bio dans le Lot n’est pas impossible ! Cependant, les agriculteurs doivent rester objectifs et échanger entre eux pour mettre en œuvre toutes les solutions possibles. Les équipes grandes cultures et bio de la Chambre d’Agriculture du Lot seront à même de les accompagner.

Lucile DREON – Conseillère agriculture BIO
Chambre d’Agriculture du Lot
Mobile : 06 49 29 62 11
Mail : l.dreon@lot.chambagri.fr