La Chambre d’Agriculture et la communauté de communes Cauvaldor viennent de signer un partenariat pour travailler ensemble à la pérennité des exploitations agricoles, à l’approvisionnement local de la restauration collective et à l’ouverture des fermes aux habitants du secteur. L’objectif est de mieux partager la connaissance des enjeux agricoles pour améliorer l’intégration du secteur dans ce territoire  touristique réputé.

C’est une première pour l’organisme consulaire représentant le monde agricole. La Chambre d’Agriculture vient de signer un partenariat avec une Communauté de Communes, en l’occurrence Cauvaldor (Causse et Vallée Dordogne). Elle concrétise ainsi une démarche engagée depuis quelques années qui traduit une volonté politique de s’ouvrir aux territoires avec l’ambition de leur faire bénéficier de son expertise reconnue. Depuis la loi NOTRE de 2015 réformant l’organisation territoriale, les ComCom jouissent en effet de nouvelles compétences importantes en matière d’aménagement du territoire, de développement économique et de gestion de l’environnement. Or, l’Agriculture est le secteur transversal qui contribue le plus à ces domaines. A la fois aménageurs de l’espace, gestionnaires des milieux naturels et vecteurs d’économie et d’emploi, les agriculteurs sont depuis longtemps impliqués dans ces enjeux. C’est donc fort logiquement que les deux organisations vont travailler ensemble pour répondre aux nouvelles attentes sociétales et préparer un développement durable et harmonieux de ce territoire.
Diagnostic et enjeux
L’éloignement croissant des populations citadine et paysanne, accentué par les reportages volontairement polémiques de certains médias, génère de plus en plus d’incompréhension et de conflits jusqu’au cœur des territoires. Parallèlement, le monde agricole doit faire face à la baisse du nombre d’actifs et au vieillissement de sa population. Le renouvellement des actifs est d’ailleurs devenu sa priorité numéro un. Élus locaux et responsables agricoles s’interrogent donc sur l’avenir des exploitations et sur les moyens à mettre en œuvre pour préserver cette activité indispensable à l’aménagement du territoire. Par ailleurs, la collectivité demande aujourd’hui aux agriculteurs d’approvisionner massivement ses établissements de restauration collective via des circuits courts avec des produits de qualité. Cauvaldor a ainsi placé cet objectif au centre de son Projet Alimentaire Territorial. La profession se retrouve donc devant un double enjeu, pouvoir fournir ces produits et garantir leur qualité de fabrication.
4 actions en 2021
Forts de ce constat partagé, la Chambre d’Agriculture et Cauvaldor ont décidé de lancer quatre actions répondant à ces attentes :
Rapprocher habitants et agriculteurs en organisant des opérations « fermes ouvertes » hors saison touristique pour accueillir les habitants et leur montrer les réalités du métier.
Organiser des sessions de sensibilisation/formation portant sur l’Agriculture et la ruralité à destination des élus locaux et des agents de Cauvaldor. Les thématiques précises seront définies conjointement.
Réaliser un diagnostic agricole par la Chambre d’Agriculture pour fournir un état des lieux précis du territoire et identifier les exploitations en phase de transmission. Ces données doivent permettre de mieux travailler de concert pour trouver et installer des candidats au métier.
Réaliser une étude sur l’approvisionnement de la restauration collective : évaluation des besoins, référencement des producteurs, échange sur les diverses stratégies possibles et propositions de scénarios opérationnels des flux d’approvisionnement.

Lionel Fouché Vice président de la Chambre d’Agriculture du Lot et éleveur à Cazillac

« Un partenariat logique… »

DP : Pourquoi la Chambre d’Agriculture souhaite-t-elle travailler avec les Communautés de Communes ? L. Fouché : « la Chambre d’Agriculture est un acteur majeur du territoire qu’elle connaît très bien par ses compétences et ses domaines d’intervention. Notre métier nous place naturellement au cœur des enjeux de ce territoire, l’aménagement rural, la production de biens alimentaires, la préservation des ressources naturelles comme le foncier, l’eau, la biodiversité… Autant de thèmes dont s’emparent aujourd’hui les ComCom, et il est donc logique que nous les travaillions ensemble ». DP : Quels sont les sujets ciblés avec Cauvaldor pour ce premier partenariat ? L. Fouché : « D’abord apprendre à se connaître car on s’aperçoit que les élus et les habitants connaissent mal notre métier actuel. Ils en ont une vision parfois trop simpliste et très éloignée de la réalité. Nous devons nouer un dialogue approfondi et leur montrer les réalités de notre quotidien. Ensuite, travailler le renouvellement des générations avec un diagnostic précis des exploitations, des filières, afin de promouvoir des installations viables au sein de fermes capables de faire vivre ces actifs. Enfin, répondre à la demande de la restauration collective locale en lui faisant bénéficier du savoir-faire de l a plateforme Drive mangez Lotois en matière d’approvisionnement et de logistique ». DP : Comment allez vous organiser le travail autour de ces sujets ? L. Fouché : « Nous allons préparer les programmes d’action en mobilisant nos équipes et en étroite concertation lors des réunions des groupes de travail communs. Au niveau agricole, nous sommes 5 ou 6 responsables qui suivons ce dossier avec les élus et personnels de Cauvaldor. C’est donc une démarche concertée qui représente un gros enjeu pour notre territoire. Pour ma part, je me félicite de la prise de conscience des élus qui ont compris l’importance de la dynamique agricole et reconnu l’expertise de la Chambre d’Agriculture ».

Raphaël DAUBET Président de Cauvaldor

« Je veux travailler avec les organisations agricoles… »

DP : Quelle place occupe l’Agriculture sur le territoire de Cauvaldor ? R. Daubet : « Une place déterminante, économique et culturelle à la fois. Nous vivons à la campagne, dans un territoire rural et agricole. Nos destins sont liés depuis toujours, mais le développement de ce territoire dépendra étroitement, j’en suis sûr, de l’avenir de notre agriculture. Or, elle traverse des crises profondes. Nous sommes à un tournant ! Les enjeux sont majeurs : le maintien d’une économie productive non délocalisable, l’autonomie alimentaire, la maîtrise de la ressource en eau, en énergie, la biodiversité… Je suis convaincu que les territoires qui ont du caractère et une identité s’en sortiront mieux que les autres, demain. On a la chance d’avoir une agriculture propre qui a façonné le territoire et les paysages. On lui doit des produits typiques, de qualité et diversifiés. On lui doit ce que nous sommes. C’est la pierre angulaire de notre économie. Issu du monde paysan grâce à mon père, j’en suis resté très proche et j’y suis profondément attaché ».  DP : Quelles sont vos priorités dans le domaine agricole ? R. Daubet : « Primo, le maintien de nos productions historiques de qualité. Les filières ont besoin d’être soutenues. La collectivité doit d’abord aider à sécuriser les outils qui sont présents mais fragiles sur le territoire : les abattoirs, la station expérimentale de la noix, notamment. Je suis à leurs côtés et ils peuvent compter sur mon engagement et celui de tous les élus de Cauvaldor. Toutes les filières méritent une attention particulière des pouvoirs publics : celles qui font des produits sous label de qualité mais aussi celles en développement comme la trufficulture ou la châtaigne. Nous devons préparer l’avenir. Je souhaite qu’on travaille par exemple sur l’irrigation. J’en ai parlé avec les représentants des ASA. Secundo, le développement des circuits-courts est une priorité pour les élus. Nous devons faciliter la vente directe du producteur au consommateur, en s’appuyant sur des plateformes numériques et en développant nos marchés locaux. Il nous faut aussi créer la logistique pour approvisionner la restauration collective. Mais ne jamais perdre de vue que notre agriculture doit rester exportatrice. On enrichit le territoire en vendant nos productions dans d’autres régions, et spécialement dans les métropoles. Les parisiens sont bien contents de trouver du Rocamadour chez le fromager du coin de la rue ! Tertio, je souhaite qu’on développe l’agrotourisme. On a une vraie carte à jouer dans ce domaine. Dans un territoire comme le nôtre, attractif, touristique, l’agriculture doit se montrer, se mettre en avant, communiquer, accueillir… Soyons fiers de nos fermes et de nos produits ! Il faut en faire un atout et un authentique facteur d’attractivité. À nous de créer des liens entre la production, l’industrie agroalimentaire, le tourisme, les circuits de commercialisation. Il y a beaucoup à faire ». DP : Qu’attendez-vous de la Chambre d’Agriculture ? R. Daubet : « Je pense qu’il était urgent de mettre la profession agricole autour de la table, compte-tenu des enjeux que je viens d’évoquer ! J’attends de la chambre d’agriculture une expertise, une aide à la décision, un partage de sa connaissance approfondie du tissu agricole. C’est un changement de méthode qui sera forcément productif. Je compte aussi travailler étroitement avec la SAFER par exemple. On a d’ailleurs engagé une première collaboration sur un dossier. Chacun dans son rôle, nous devons partager nos objectifs, nos stratégies et travailler ensemble ».