Le Haut conseil pour le climat (HCC) a rendu public, fin juin, son rapport annuel et dresse un bilan en demi-teinte pour les émissions de gaz à effet de serre en France. Pour cette instance consultative indépendante française, l’agriculture possède encore de belles marges de progrès.

La France a globalement continué à baisser ses émissions de gaz à effet de serre (GES) entre 2019 et 2020 d’1,9 % pour atteindre 436 millions de tonnes équivalent CO2 (MtéqCO2). Et la baisse constatée en 2020 est consécutive aux mesures prises pour lutter contre la Covid-19. Cependant, tous les secteurs d’activités n’ont pas contribué de la même façon à réduire ces GES. Certes le HCC salue les progrès réalisés par les bâtiments, l’industrie et l’agriculture. Sa directrice générale Corinne Le Querré nuance toutefois cette approche en indiquant que « l’ambition de décarbonation portée par le secteur agricole reste faible ». L’ancienne présidente de l’INRA, Marion Guillou, membre du HCC*, précise cependant que lors de la mise en place de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), « le ministère de la Transition écologique ne connaissait pas le monde agricole » et que « les objectifs qu’il avait fixés étaient en décalage avec les autres secteurs », notamment parce que les critères d’évaluation étaient plus affinés dans ces autres secteurs que dans le milieu agricole. Il n’en reste pas moins, selon le HCC que l’agriculture (19 %) reste le 3e secteur d’émission de GES après les transports (31 %) et l’industrie (19 %). Elle a ainsi dégagé 83 MtéqCO2 dont 48 % en provenance de l’élevage, 40 % des cultures et 12 % des engins agricoles et chauffages des serres, selon les relevés du cette instance indépendante.
Combler le retard accumulé
En 2019, le secteur agricole a toutefois réussi à ne pas émettre un million de tonnes éqCO2. Les « économies » proviennent majoritairement de l’élevage (-0,7 MtéqCO2), le solde (-0,3 Mt éqCO2) résultant des cultures. Le HCC constate aussi une baisse du méthane (CH4) dont la cause principale est liée à la baisse du cheptel bovin. En effet, en 2019, les effectifs s’élevaient à environ 18,5 millions de têtes, soit 267 000 bovins de moins qu’en 2018 et presque un million de bovins de moins qu’en 2017. « Mais cette baisse est en partie contrebalancée par une hausse de l’azote apporté par les résidus de culture en lien avec la hausse de production en céréales entre 2018 et 2019 (+16 % en blé, + 22 % en orge). La baisse du CO2 est principalement liée à la diminution des amendements de calcaire et de dolomie », explique Marion Guillou. « Les grandes cultures déstockent du CO2 depuis une dizaine de d’années, comme l’a souligné le chercheur Sylvain Pellerin à plusieurs reprises », ajoute-t-elle.

Si l’agriculture française peut contribuer au stockage carbone grâce notamment au Plan protéines qui permettra d’importer moins de produits issus de la déforestation, elle devra aussi trouver, « à travers le Plan stratégique national déclinant la PAC, la manière de combler le retard accumulé », souligne l’ancienne présidente de l’INRA. Car la France, au rythme actuel de réduction annuelle de ces GES devra pratiquement doubler ses efforts, « pour atteindre au moins 3,0 % dès 2021 (-13 MtéqCO2) et 3,3 % en moyenne sur la période du troisième budget carbone (2024-2028 », martèle Corinne Le Querré. Elle milite d’ailleurs pour que la SNBC soit plus déclinée à l’échelle territoriale, notamment au sein des régions.

Le rapport annuel 2021 du HCC est disponible à l’adresse suivante : www.hautconseilclimat.fr rubrique “Publications”.