La crise sanitaire impacte différemment les filières. Pour les plus ouvertes à l’international, les effets se sont fait sentir depuis plusieurs semaines. Depuis quelques jours, c’est surtout la structure de la consommation qui perturbe profondément les filières dites « longues ».

La France est confinée depuis près de quinze jours mais certains éleveurs perçoivent les répercussions de l’épidémie du Covid-19 depuis des semaines ! Toutefois, la situation étant inédite, il est impossible de savoir si les premières tendances observées sur les marchés agricoles s’inscriront dans la durée ou pas.
Marchés internationaux
Depuis le mois de février, les marchés internationaux sont l’objet d’évolutions parfois brusques des échanges, concernant les marchés asiatiques. La filière porcine française est la première à avoir été impactée par la crise sanitaire. A Plérin, le prix du porc évolue au gré de l’évolution de l’épidémie du Covid-19 en Chine et de son expansion d’Asie vers l’Union européenne.
Dans la filière laitière, coup d’arrêt après sept mois de hausse de la collecte de lait. « La perspective d’une nouvelle crise économique mondiale pourrait dégrader la solvabilité des principaux pays importateurs et par voie de conséquence l’équilibre des marchés mondiaux des produits laitiers », analyse l’Institut de l’élevage dans une note de conjoncture parue au début du mois de mars. Tous les regards sont rivés sur l’évolution des cours du beurre, de la poudre de lait et des sous-produits. Déjà moins de produits sont importés en Asie. Le facteur aggravant est lié au fait que la crise intervient à la période de hausse saisonnière de la production.
Pour la viande d’agneau, les exportations de l’Océanie étaient aussi orientées préférentiellement vers le sud-est asiatique depuis des années. La crise sanitaire rebat les cartes, et la pression sur les marchés européens pourrait revenir d’actualité.
Plus proche de nous, on pense bien entendu au marché bovin des broutards vers l’Italie. A cette heure, il est rassurant de constater que le courant d’activité se maintient, bien que les opérateurs destinataires se situent dans les régions les plus touchées du nord du pays. Les animaux de qualité répondent aux attentes des consommateurs. Par contre, il y a des tensions sur les prix. La viande polonaise, notamment, pèse sur les prix car son débouché de restauration hors domicile s’est clos.
Consommation française
C’est la structure de la consommation française qui est grandement modifiée par les conséquences du confinement. En quelques sortes, la fermeture de la quasi-totalité des établissements de restauration hors domicile et la ruée des consommateurs sur les rayons des pâtes laissent des traces… avec des impacts assez préoccupants pour l’agriculture de nos territoires.
Les producteurs lotois connaissent des revers sur beaucoup de filières. En viticulture, le marché dit « traditionnel » qui comprend la restauration est à l’arrêt, et les sorties sont impactées. D’autant plus que la consommation du vin est aussi portée par les moments de convivialité et les invitations à la maison, suspendues par principe.
Les fruits et légumes de saison sont sévèrement touchés, indirectement, par la crise sanitaire. Les signaux du marché sont mauvais, la demande en asperges est en très net recul. Là aussi, c’est le mode de consommation qui a muté : pas de repas de famille,… En conséquence, beaucoup de producteurs ont décidé de débuter une large partie de leurs parcelles. La production va chuter en reflet de la demande.
Côté fraises – en quasi-totalité en circuits courts – c’est l’arrêt des marchés de plein vent et la problématique de l’embauche de main-d’oeuvre saisonnière qui annoncent également une saison très compliquée.
Le Président des Appellations d’Origine laitières (CNAOL), Michel Lacoste ainsi que Dominique Chambon tirent la sonnette d’alarme quant à la consommation des 45 fromages, 3 beurres et 2 crèmes AOP qui font la fierté de leurs producteurs. Là aussi, la consommation hors domicile manque et les choix des consommateurs en grande distribution ne sont que trop peu souvent favorables à ces beaux produits.
La filière ovine est également très préoccupée du contexte en amont des fêtes de Pâques, moment clé pour la consommation de viande d’agneau et, par conséquence, pour la tenue des cours. Les perspectives étant défavorables, la filière appelle la grande distribution à mettre en avant la viande d’agneau française. Interbev Ovins va lancer un grand plan de communication à partir de la semaine prochaine. Il s’agira également de faire évoluer l’offre en termes de découpe et de conditionnement, vu l’évolution imposée de la consommation des foyers.
Dans toutes les filières, on retrouve la même constante : il est urgent de faire passer un message de soutien aux produits de qualité, issus de nos terroirs. Les enseignes de la grande distribution sont appelées à les mettre en avant, considérant qu’elles doivent assumer une responsabilité renforcée. Elles représentent de fait une source largement prépondérante de l’alimentation des français.
Lancement de campagne très difficile pour les producteurs de fraises et d’asperges
C’est la saison des fraises et des asperges, les premiers fruits et légumes de printemps tant attendus. Et pourtant, s’il y a de la production en quantité et en qualité, « le contexte actuel fait que les produits frais et notamment les fraises, sont délaissés ! » constate l’AOPn (Association d’Organisations de Producteurs Nationale) Fraises de France. Problème de main d’œuvre pour la récolte, problème d’acheminement des produits, « cette situation peut devenir catastrophique et fait craindre le pire aux producteurs français pour la pérennité de leurs exploitations. Un démarrage de campagne difficile, économiquement en dessous des seuils de rentabilité, risque définitivement de plomber le bilan économique de la saison », poursuit l’AOPn. « La situation est complexe et nous en appelons à la solidarité de tous. Nous devons tous agir, ensemble et dès maintenant, si nous ne voulons pas condamner définitivement notre agriculture française et en particulier la fraisiculture. Si la situation n’évolue pas maintenant, il est fortement à craindre pour notre avenir et celui des 4 000 emplois directs et indirects que notre activité représente. Cette saison est cruciale pour nous ! », s’alarme Xavier Mas, président de l’AOPn Fraises de France. La situation est toute aussi tendue pour le marché de l’asperge. Lundi 23 mars, FranceAgriMer, via le Réseau des nouvelles des marchés (RNM), a déclaré l’asperge et la fraise en situation de crise conjoncturelle.

La profession multiplie les démarches

Le Président de la Chambre d’Agriculture est en contact régulier avec le Préfet du Lot pour lui porter à connaissance l’évolution de la situation des fermes lotoises dans ce contexte inédit. Christophe CANAL met en évidence les impacts de la réglementation d’urgence et des bouleversements des marchés.

Pour les responsables syndicaux, Alain LAFRAGETTE et Martial BROUQUI, les attentes sont urgentes. JA et FDSEA visent les freins au fonctionnement des exploitations, focalisés sur l’emploi. Pour la commercialisation, les marchés de plein vent sont à maintenir dans les dispositions dérogatoires car ils font vivre beaucoup de paysans. Quant aux débouchés des filières, les Syndicats appellent les distributeurs et magasins spécialisés à mettre en avant les produits lotois.