L’unité de méthanisation BioQuercy, implantée à côté de la Quercynoise à Gramat, produit du biogaz et des digestats qui sont des fertilisants organo-minéraux hygiénisés que les agriculteurs utilisent sur leurs terres. Sur le plan agronomique, ils remplacent avantageusement les engrais minéraux pour les cultures tout en permettant des économies car le coût de l’unité d’azote revient 30 % moins cher, et de surcroît libère du temps, le travail pouvant être assuré par une entreprise prestataire.

Qu’est ce que le digestat ?
Le méthaniseur est une vaste chambre étanche où les matières organiques fermentent en atmosphère sans oxygène, produisant du gaz méthane qui peut être utilisé pour faire tourner un générateur électrique ou chauffer des installations. Une fois le gaz extrait, il reste le digestat, une matière liquide qui a une valeur agronomique intéressante par kilo de digestat : 35 gr de matière sèche, 7 à 8 unités d’azote dont 5,5 ammoniacal, 2 unités de potasse et 1,2 unités de phosphore. Il contient également différents oligoéléments. Il présente en outre l’avantage d’être totalement hygiénisé (une heure à 70 ° C) et très contrôlé sur les résidus indésirables comme les métaux lourds ou la microbiologie. C’est donc un produit stable qui peut servir d’engrais adapté aux prairies et aux céréales.
Analyse digestat BioQuercy 2020

Des matières méthanisées très contrôlées
Les matières organiques introduites dans le méthaniseur subissent un contrôle extrêmement strict afin d’éviter tout risque de pollution des sols. Elles sont constituées pour moitié de déchets agricoles (lisiers, déchets d’abattoir, de céréales, de fruits et légumes…) et pour l’autre moitié issues d’industries agroalimentaires (principalement des abattoirs de La Quercynoise et des Ets Destrel). Tous ces gisements sont hygiénisés par une montée en température à 70 ° C pendant une heure, et analysés régulièrement pour contrôler leur composition. Il faut souligner qu’il n’y a pas de boues urbaines, ni d’ordures ménagères, ni de sous produits animaux hormis les lisiers et des matières stercocaires. Les deux tiers proviennent du Lot et le reste des départements limitrophes dans un rayon moyen de 30 km, limitant donc les transports d’approvisionnement.
Analyse des éléments indésirables dans le digestat

Deux schémas de valorisation
Bioquercy produit 45000 m³ de digestat brut par an qui sont valorisés selon deux voies possibles :
l’épandage rendu racine pour 25000 m³ : 32 agriculteurs utilisent cette formule,
l’échange lisier contre digestat pratiqué par 22 éleveurs de la Quercynoise pour un volume total de 20 000 m³.
Ces épandages font l’objet d’études précises du parcellaire potentiel. Le bureau d’étude veille à écarter tous les sols à risque comme les zones de captage des eaux, les parcelles présentant des droits d’utilité publique… Une fois la cartographie du parcellaire potentiel définie, la Capel fait réaliser une étude complète de l’exploitation, parcelle par parcelle, pour aboutir au plan prévisionnel d’épandage avec le bilan de fumure adapté à chaque culture. Celui-ci est expertisé par la Chambre d’Agriculture.
Des épandages très raisonnés
Les épandages sont essentiellement réalisés au printemps sur les mois de février, mars et avril, et à l’automne en octobre, toujours en dehors des périodes de pluies, de gel ou de neige. Chacun fait l’objet d’un compte rendu détaillé mentionnant la surface, la culture, les conditions météo, la dose épandue. Ils sont donc très contrôlés et bénéficient d’une traçabilité totale. Le point le plus important est bien entendu la dose épandue à l’hectare. Le plan d’épandage fixe un plafond de 30 m³/ha à ne pas dépasser afin de prévenir les risques d’infiltration dans le sous-sol. En pratique, la Capel a souhaité rester bien en deçà avec des doses moyennes épandues de 17 m³/ha.
L’épandage rendu racine est réalisé par deux entreprises disposant de pendillards, ce qui libère l’agriculteur de cette tâche. Par contre, les éleveurs de canards qui pratiquent l’échange lisier contre digestat l’assurent eux-mêmes.
Gain économique
Compte tenu de la valeur agronomique du digestat, notamment en azote, on peut calculer l’impact économique de son utilisation. L’unité d’azote amenée par le digestat revient à 65 centimes quand l’unité d’azote chimique revient à 90 centimes. Ainsi, pour une fumure azotée de 120 unités/ha sur céréale, le remplacement de l’engrais chimique par le digestat génère une économie de 30 € par hectare. De plus, le digestat présente d’autres avantages non négligeables. Au niveau agronomique, l’apport conjoint de phosphore, de potasse, d’oligoéléments et de matière organique pour l’humus du sol. Au niveau environnemental, un bien meilleur bilan carbone que les engrais chimiques obtenus à grands renforts d’énergie carbonée pour parvenir à les synthétiser, et nécessitant des centaines de kilomètres par camion pour les acheminer depuis les usines. Le digestat étant hygiénisé, il dégage bien moins d’odeurs lors de son épandage, et limite surtout les risques de propagation du virus de la grippe aviaire. Enfin, les agriculteurs utilisateurs en rendu racine s’évitent des passages de tracteur pour l’épandage.

Collecte déchets DP nov 2020