La vie n’est pas un long fleuve tranquille et l’installation hors cadre familial non plus ! Mais une grosse motivation, un esprit de curiosité et un peu de chance peuvent fournir la recette du succès comme le démontre la reprise de cette ferme caprine à Belmontet.

Etienne Regnard, Isabelle Estève et Eloïse Bindault viennent de s’installer en GAEC sur la Ferme de Laspeyrières après un parcours complexe qui mérite d’être connu. Originaire du Cantal, Etienne Regnard obtient un diplôme d’ingénieur en agriculture puis commence à travailler dans une petite coopérative viande des Pyrénées. En 2014, il souhaite s’installer sur une ferme proche du Cantal et se voit proposer une opportunité chez un jeune agriculteur, collègue de promotion, à Lacapelle-Marival « j’y suis allé un an en CEFI mais je ne m’y retrouvais pas, alors je suis parti salarié chez plusieurs agriculteurs avant de trouver un nouveau projet d’installation sur une ferme fromagère dans le Cantal. Le lieu et le travail me plaisaient mais malheureusement, au moment de définir la transmission du capital, nous ne nous sommes pas entendu. Un deuxième échec un peu déprimant, c’est alors que j’ai reçu un coup de fil d’Isabelle Estève, collègue de l’école de Purpan… »
HASARD ET OPPORTUNITÉ
Isabelle Estève n’est pas non plus fille d’agriculteurs, mais aime le métier et, diplôme d’ingénieur en poche, entre à la Chambre d’Agriculture du Tarn puis à la SAFER pendant six ans. Elle se marie ensuite et suit son époux sur le bas Quercy pour habiter à Montcuq « le coin m’a immédiatement séduite et j’ai décidé de m’y installer comme agricultrice. J’ai connu le propriétaire de la ferme de Laspeyrières, Bernard Souques, par bouche à oreille et il m’a pris en CEFI avec mon beau frère car il cherchait des repreneurs. Mais mon beau frère ne s’y est pas retrouvé et notre acheteur du lait ne souhaitait pas s’engager sur la collecte à long terme, alors nous sommes repartis… »
M. Souques embauche alors comme salariée Eloïse Bindault, une jeune diplômée fille d’éleveurs de chèvres de l’Aveyron. Celle-ci se plaît sur la ferme et en parle à Isabelle Estève, les deux femmes décident finalement de proposer une reprise au propriétaire. Compte tenu de la charge de travail, elles appellent Etienne Regnard pour monter un projet à trois « On a finalisé le GAEC durant l’été 2018. Nous avons racheté le Cheptel de 160 chèvres, le matériel, les stocks, et loué le foncier et les bâtiments. Notre collecteur, l’étoile du Quercy, s’est finalement engagé à nous acheter la production pour quatre ans. Mais notre projet consiste à développer la fabrication du fromage (Rocamadour AOP et autres produits de gamme) pour vendre en direct à terme. On a donc aménagé une fromagerie… »
LES LIENS DE LA VIE
Les trois jeunes ont la même vision de l’avenir de l’exploitation, une diversification sur différents produits laitiers vendus en direct. Ils ont déjà aménagé un point de vente à la ferme et commencent à prospecter les débouchés locaux (collège de Montcuq, marchés…) « nous voulons renforcer l’autonomie de l’exploitation et produire des aliments de qualité. Au quotidien, nous sommes assez polyvalents et partageons les responsabilités. Mais notre installation n’aurait pas pu aboutir sans le choix courageux de Bernard Souques qui a eu le soucis de transmettre sa ferme à des jeunes. Nous lui en sommes très reconnaissants car ce n’est pas le choix de la facilité. S’installer hors cadre familial passe nécessairement par cette prise de conscience de la part des propriétaires cédants… »