L’épisode de fortes gelées qui a touché toute la France les 7 et 8 avril a causé de très graves dégâts sur notre département comme ailleurs. Les températures sont descendues très bas pour la saison, jusqu’à – 6 ou -7 degrés par endroits. Malheureusement, la végétation était en avance suite à la douceur du mois de mars. Pousses, bourgeons et fleurs ont été grillés par ce gel, compromettant en tout ou partie les récoltes 2021. Un nouveau coup dur dont les producteurs se seraient bien passés dans cette période de crise déjà très compliquée. A l’initiative du président de la Chambre d’agriculture, une première journée d’évaluation des dégâts a été organisée.

Après 2017 et 2019, c’est la troisième année que le gel frappe durement les cultures sur notre département. Un phénomène autrefois rare qui tend maintenant à se renouveler fréquemment sous l’effet du changement climatique à l’œuvre. Le scénario est malheureusement toujours le même. Une fin d’hiver particulièrement douce avec des températures élevées qui favorisent la pousse précoce de la végétation sur les mois de février et mars, puis l’arrivée de masses d’air polaires qui font brutalement chuter les températures. Les fortes gelées nocturnes prolongées grillent alors irréversiblement les bourgeons qui commencent à éclore, les jeunes pousses fragiles fraîchement sorties et les fleurs des cultures et des arbres. Un gel difficile à combattre par les moyens techniques connus parce que trop fort et trop durable. Cette année, les températures les plus basses sont descendues jusqu’à – 6, voire -7 degrés par endroits dans les nuits des 7 et 8 avril, n’épargnant aucune culture. D’autres épisodes de gel ont suivi la semaine suivante avec une amplitude poindre, – 2 à – 3 degrés. La vigne et les arbres fruitiers sont les productions les plus touchées. Les conséquences sont lourdes sur les cultures, compromettant les rendements de cette saison 2021 qui s’annonçaient pourtant bien sur le plan technique. Les producteurs sont en train d’évaluer l’impact de ce sinistre en fonction des terroirs et des expositions.
Première évaluation
A la demande de la profession agricole, une première mission d’enquête a eu lieu le vendredi 16 avril sur le vignoble et les arbres fruitiers de la vallée du Lot et du Quercy blanc. Les représentants de la Chambre d’Agriculture, de la FDSEA, des organisations viticoles et de la Direction Départementale des Territoires ont parcouru la vallée du Lot puis le plateau et le Quercy blanc pour aller à la rencontre des agriculteurs sinistrés. Dix jours après le gel, les premiers dégâts sont apparents sur les pousses et les bourgeons des ceps de vigne, comme sur les fleurs et les fruits des arbres fruitiers. La mission d’enquête s’est successivement rendue sur les parcelles de l’EARL Soulayrès à Parnac, chez Georges Delmas puis Dominique Delcros à Parnac, puis chez Catherine Bouyssou à Anglars-Juillac, chez Aurélie Aldhuy à Prayssac, puis au domaine du Colombier à Vire sur Lot, chez Laurent Lagarde à Carnac-Rouffiac et enfin chez Jean Luc Carrières à Montcuq. Un parcours qui a montré que toutes les communes ont été touchées par le sinistre à des degrés divers. L’ampleur de ce gel printanier est telle que la totalité du vignoble et des fruitiers en ont subi les conséquences. Les pertes seront lourdes pouvant aller jusqu’à l’anéantissement total de certaines récoltes. D’autres missions d’enquête vont être organisées sur l’ensemble du département, notamment sur le nord, avec l’observation des dégâts du gel sur les noyers et châtaigniers.
Vignerons démoralisés
Avec trois récoltes sinistrées en cinq ans, les vignerons sont particulièrement touchés par ce nouveau cataclysme. Beaucoup notent que c’est la viabilité même de leurs exploitations qui est désormais en jeu. Déjà mises à mal par la mévente des vins due à la crise sanitaire, les trésoreries sont aujourd’hui exsangues. Cette succession de mauvaises récoltes pèse sur les stocks et entame les chiffres d’affaire des vignerons. Ils vivent également une forme de fatalité avec l’impuissance des différents systèmes antigel. Des feux préventifs à l’irrigation et même aux fils électriques, aucune technique n’a réellement permis de stopper ce gel de puissance et de durée trop fortes. Alors que faire ? Beaucoup s’interrogent sur les méthodes culturales, faut il tout changer notamment au niveau du type de taille de la vigne ?
Noix et châtaignes
Ce gel a également affecté les noyers et châtaigniers sur l’ensemble du département et tout le bassin de production. Les variétés de noyers les plus précoces, Lara et Fernor ou Chandler, ont été les plus touchées. Mais les producteurs craignent que même les bourgeons encore fermés des autres variétés aient souffert tant les températures sont descendues très bas et pendant longtemps. Les premières observations montrent des bourgeons noirs, grillés à l’intérieur. Il faut cependant attendre le débourrement complet des arbres et leur fructification pour affiner le diagnostic et évaluer les pertes réelles sur cette récolte 2021.
La profession mobilisée
Les organisations professionnelles sont mobilisées pour venir en aide aux producteurs sinistrés. La Chambre d’Agriculture et la FDSEA ont immédiatement alerté les pouvoirs publics pour enclencher les différents leviers d’assistance financière, le fonds national de calamité, les dégrèvements de taxes foncières, les reports d’annuités et la prise en charge des cotisations sociales. Toutes ces mesures seront aussi accompagnées d’aides exceptionnelles débloquées par la région et le département. Le Président de la Chambre d’Agriculture a fait appel aux pouvoirs publics et aux collectivités territoriales pour aider les agriculteurs sinistrés à passer ce cap très difficile.