Les missions d’enquête continuent sur tout le département pour constater les graves dégâts causés par le gel. Du Quercy blanc au nord du Lot, aucune zone n’a été épargnée, les arbres fruitiers et les vignes ont particulièrement souffert. Les producteurs de noix et de châtaignes sont extrêmement inquiets pour la fructification à venir.

Quercy blanc
La mission d’enquête composée des agents de la Direction Départementale du Territoire et de la Chambre d’Agriculture, a réalisé une tournée du Quercy Blanc le 23 avril. Elle s’est successivement rendue sur six exploitations différentes en production fruitière et vigne pour évaluer les premiers impacts du gel. Les températures les plus négatives ont été enregistrées dans les nuits des 7 et 8 avril, pouvant descendre jusqu’à – 5 ou – 6 degrés. Mais elles sont restées négatives toute la semaine suivante avec une amplitude certes moindre mais tout de même impactante pour les végétaux.
A Belfort du Quercy, Guy Luc a tenté de protéger ses arbres fruitiers par aspersion. Mais les températures trop froides ont limité l’effet protecteur. Des températures qui sont descendues jusqu’à – 6 degré en fond de vallées et – 3 en haut des coteaux. Ses noyers sont les arbres les plus touchés, particulièrement les variétés précoces, avec des pertes restant à évaluer. Les pruniers et les pommiers ont aussi été sévèrement touchés ainsi que la vigne. A Saint Paul-Flaugnac, Thomas Mourgues cultive des raisins de table et à vin, et témoigne que toutes ses parcelles ont été touchées. Les pertes estimées vont de 20 % à 80 %, dépendant de l’exposition, de l’altitude. Chantal Bessède cultive quant à elle des pruniers reine claude sur des parcelles pourtant bien exposées au sud et protégées par les collines. Elle n’avait jamais subi un tel sinistre par le gel, estimant ses pertes à plus de 70 %. En outre, ces exploitants ne sont pas assurés contre le gel.
Au GAEC de Cauquelle, Emilien Siréjol cultive 25 ha de vignes en AOP Coteaux du Quercy. Il a allumé des bottes de paille pour tenter de limiter la descente du thermomètre mais avec un résultat très limité à cause des températures, jusqu’à – 6 degrés en fonds de vallée. Un sinistre d’une telle amplitude, il ne l’avait pas connu depuis 1991. Même ses vignes de plateaux ont été sévèrement impactées. A Saint Cyprien, au GAEC Larroque, le raisin de table a également beaucoup souffert. L’arrosage n’a pas suffi à éviter le gel des pousses et des bourgeons. Un froid trop intense et répété plusieurs nuits de suite a causé de gros dégâts. Enfin, à Bagat en Quercy, Eric Billard déplore 95 % de perte sur ses pruniers d’ente. Le pire gel depuis cinquante ans. Il a perdu toute sa récolte et s’inquiète également pour l’avenir de la station de séchage Capel de Montcuq qui produit le pruneau.

Nord du Lot
La mission d’enquête s’est déroulée le 27 avril sur les exploitations, constatant la même gravité des dégâts que sur le reste du département. A Rocamadour, le vignoble a gelé sur l’intégralité de sa surface, compromettant le récolte 2021. En vallée de la cère, à Biars, les noyers d’Aurélien Fregeac ont vu les températures baisser jusqu’à – 5 degrés, ce qui a cramé les pousses et les bourgeons. Le producteur est très inquiet pour sa variété Fernor qui semble avoir beaucoup souffert. Sur Tauriac, Joël Parrou fait le même constat sur ses noyers mais aussi sur ses châtaigniers. La variété Bouche de Bétizac a totalement gelé et Marigoule a aussi beaucoup souffert. Les agriculteurs ont également gelé leurs asperges en pleine production et ont été contraints de jeter dix jours de récolte. Sur le causse, à Baladou, Hervé Clédel et sa voisine, Monique Faurel, ont tout tenté pour rehausser les températures, brûlage de foin, chauffage itinérant, mais rien n’a fonctionné car le froid était trop intense et a duré trop longtemps !
En vallée de la Dordogne, sur Pinsac, Philippe Maillard cultive des kiwis et des noyers. Il est équipé d’un système d’aspersion antigel qui joue son rôle chaque année, mais n’a pas été efficace cette fois-ci. Consterné, il ne peut que constater la perte intégrale de sa récolte de kiwis ! Une situation inédite qu’il vit pour la première fois. Son voisin, Philippe Mouraud, pépiniériste et arboriculteur, constate les mêmes dégâts sur ses plantations. Les châtaigniers voisins sont également sévèrement impactés. La pépinière de châtaigniers a subi des pertes de fond avec des pousses mortes. Enfin, sur la Bouriane, le diagnostic est identique. A Masclat, Thierry Bardou et Philippe Marcou déplorent les gros dégâts sur les noyers Chandler et Fernor. Avec des températures jusqu’à -5 degrés pendant des nuits entières, les pousses et mêmes les bourgeons fermés sont cramés par le gel, en noyer comme en châtaignier. Ils ne peuvent que constater le sinistre. Les producteurs de fruits à coque attendent maintenant avec appréhension fin juin pour évaluer avec exactitude le niveau des pertes, mais ils craignent que l’intensité du froid ait également causé des dégâts aux troncs, occasionnant des pertes de fond.