• septembre 12, 2022
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Sécheresse estivale : De gros dégâts sur les cultures

Sécheresse estivale : De gros dégâts sur les cultures

L’été 2022 restera l’un des plus secs et des plus chauds jamais connu sur notre territoire. Les températures caniculaires ont régné la majeure partie de l’été et le déficit pluviométrique a atteint des records ! Les cultures agricoles ont été fortement impactées, maïs, tournesols, soja, prairies et autres, annonçant des rendements catastrophiques.

 

Le point météo

« météo extrême ou météo normale des prochaines années ? »L’hiver et le printemps ont été plus secs que la Normale trentenaire et nous avons connu une première vague de chaleur très précoce mi-mai, où la température a exceptionnellement dépassé30°C pendant plusieurs jours. Le mois de juin a connu également un nombre de jours très chauds supérieur à la Normale, particulièrement dans le sud du Lot, suivi d’un épisode pluvieux orageux hétérogène, voire extrême par endroits, mais qui a localement permis une bonne réhydratation des sols fin juin. Sur certains secteurs, les pluies sont toutefois restées plus faibles que la Normale de juin. Mais les températures très élevées qui se sont installées dès le début du mois de juillet et les fortes Évapotranspirations potentielles (ETP) qu’elles ont entraînées ont très rapidement asséché nos sols, majoritairement superficiels. Dans le sud du Lot, nous en sommes, depuis le début de l’année, à 66 jours à plus de 30°C sous abris au Montat, ainsi que 44 jours à Gourdon et 33 jours à Comiac. Le bilan hydrique Pluie-Evapotransipiration potentielle (P-ETP) atteint un niveau record avec -217 mm en juillet au Montat, -194 mm à Gourdon et -186 mm à Comiac, ce sont des valeurs plus élevées qu’en 2003, particulièrement dans le sud. C’est plus du double des valeurs d’un mois de juillet « du siècle dernier » dans le Lot… Mais avec le changement du climat qui s’accélère, les comparaisons aux normales historiques perdent de plus en plus leur sens. Ces périodes de chaleurs extrêmes et longues et ces sécheresses difficiles pour l’agriculture et les forêts ressemblent bien aux prévisions des climatologues pour le sud de l’Europe. Elles devraient malheureusement s’intensifier encore à l’avenir.

Fabien Bouchet-Lannat – Chambre d’agriculture du Lot

CLEMENT ROUQUIE – Durbans

« La météo à venir sera déterminante »

Sur le causse, la famille Rouquié travaille une exploitation d’élevage ovin, avec 1300 brebis pour la production d’agneaux. Clément Rouquié, installé en 2018 avec ses parents, fait face à la première grande sécheresse de sa carrière «c’est une année particulière, les céréales se sont échaudées à cause de la canicule de mai. Nos blés l’ont subie de plein fouet et les rendements sont vraiment mauvais. Les orges ont mieux résisté. Quant à l’avoine de printemps, elle a aussi été compromise par l’échaudage. Nous y avions semé des prairies sous couvert mais j’ai bien peur que la sécheresse les ait tuées ! Au niveau de l’herbe, nous avons réalisé une première coupe correcte avec un rendement limité mais une qualité exceptionnelle. Malheureusement, la canicule précoce nous a cramé les prairies et nous n’avons pas fait d’autres coupes. Nous avons la chance d’avoir beaucoup de surfaces boisées et nous y avons mis les brebis pour pâturer ces sous bois. Globalement, il nous manque un bon tiers de fourrage en stock pour tenir jusqu’au printemps 2023. Nous allons essayer de maintenir les brebis en pâture le plus tard possible et tout va donc dépendre de la météo de cet automne. Il faudrait qu’il pleuve bien pour que l’herbe repousse et qu’on puisse resemer les prairies mortes… »

Des cultures en souffrance

PASCAL BORIES – Sousceyrac

« un gros déficit de fourrages »

Éleveur bovin avec 75 vaches Salers et une douzaine de génisses de renouvellement, Pascal Bories regarde inquiet son déficit de foin pour cet hiver « j’ai réalisé une première coupe normale et de bonne qualité mais un peu tardive car il avait gelé en avril. Ducoup, la canicule précoce du mois de mai a bloqué la repousse des prairies, un phénomène accentué par le manque de pluie. Alors que d’habitude je bénéficie d’une belle deuxième coupe, elle est cet été minable puisque j’ai récolté une vingtaine de boules contre cent cinquante en année normale. El la canicule estivale a grillé toutes mes prairies. Il faudrait qu’il pleuve rapidement pour relancer l’herbe et éventuellement resemer les prairies mortes. Mais le déficit de stock fourrager est là, je l’estime à 50 tonnes et je m’interroge sur l’alimentation des animaux pour cet hiver. Aujourd’hui, tout coûte excessivement cher, la paille, l’aliment pour les veaux, les semences, le carburant, les engrais… Si la situation météo ne redevient pas rapidement favorable, je serai contraint de vendre des vaches pour pouvoir passer l’hiver. Je cherche donc des solutions pour faire face à cette grave sécheresse en espérant des aides pour passer ce mauvais cap… »

STEPHANE PONS Mechmont

« on va vers une pénurie de lait »

Pour Stéphane Pons, président de la section lait de la FDSEA, « l’inquiétude porte sur la pénurie de lait dans les mois à venir à cause du manque de fourrage, d’ensilage de maïs essentiel à la production. En effet, pour faire du lait, nous le savons tous, il faut des fourrages avec de la luzerne, du maïs et cette année tout a peu poussé. De plus cette sécheresse historique impacte dès aujourd’hui les stocks des fourrages de ce printemps qui sont utilisés chez certains depuis juillet. Avec l’augmentation des charges, un prix du lait payé trop bas, vous avez la combinaison parfaite pour une baisse de production ainsi qu’une décapitalisation des élevages avec tous les risques que cela implique pour les éleveurs laitiers du Lot… »