Dans le cadre du programme Brebis-Link, une journée s’est tenue sur le Lot le 22 juin. Deux thématiques ont été abordées, le pâturage des ovins dans les noyeraies et le pâturage en conduite pastorale sur une Association Foncière Pastorale. Deux initiatives qui démontrent leur intérêt mais qui doivent être pratiquées dans des cadres précis.

Cette journée organisée par les partenaires du programme, notamment les Chambres du Lot, de la Dordogne et l’Institut de l’Elevage, a réuni les agriculteurs et les techniciens sur deux exploitations ovines du nord du Lot. Leurs éleveurs ont témoigné sur leurs pratiques et fait visiter leurs pâtures.
Pâturage sous noyers
C’est d’abord Jean-Philippe Lacroix qui a accueilli les participants sur son élevage de 400 brebis à Carennac. Sur son exploitation de 50 ha de causse et coteaux argileux, il a planté plusieurs hectares de noyers et y pratique un pâturage tournant où il passe 200 brebis pour profiter de cette ressource fourragère non négligeable. Il ne fait pâturer les animaux que la journée mais quasiment toute l’année, à l’exception des mois d’hiver les plus pluvieux. L’agnelage de printemps, en mai et juin, se passe également sous les noyers. Sa stratégie est d’être au maximum autonome sur le plan alimentaire, tant au niveau des céréales que des fourrages valorisés uniquement en vert ou en foin séché. Il possède cependant un atout majeur, l’irrigation de sa noyeraie puisque qu’il est adhérent au réseau local d’irrigation. Il arrose au canon bas, un équipement qui présente l’avantage de ne pas être endommagé par les animaux car les brebis dégradent les sprinklers. Jean-Philippe Lacroix précise « Lorsque je plante des noyers, j’attends qu’ils poussent, 3 ou 4 ans, avant d’y mettre les premiers animaux pour ne pas qu’ils rongent leurs troncs. Quand je traite les arbres, principalement à la bouillie bordelaise, j’attends également au moins trois semaines avant d’y remettre les brebis. Une partie du cuivre tombe inévitablement au sol et l’idéal est d’attendre une pluie pour le dissoudre. Par ailleurs, j’ai la chance de ne pas avoir la mouche du brou, ce qui m’évite tout traitement contre ce ravageur… »
Didier Méry, technicien à la Chambre d’agriculture de Dordogne, conseille un chargement instantané de 80 brebis /ha et l’utilisation de clôtures mobiles qui peuvent être facilement déplacées. François Hirissou, spécialiste des sols, témoignait que les brebis ne provoquent pas de tassement du sol, mais améliorent la qualité de l’enherbement en favorisant la pousse des graminées et des légumineuses. Il pratiquait un test bêche qui confirmait l’excellente qualité du sol de cette noyeraie. A noter que ce type de pâturage peut également être pratiqué sous des châtaigniers.
Entretien pastoral
La journée se poursuivait chez Jean-Claude Goudoubert, éleveur ovin à Floirac, qui accueillait les participants sur l’Association Foncière Pastorale de Floirac-Vayrac. Sur cette zone de causse dominant la vallée de la Dordogne, une forte déprise agricole avait conduit au retour des friches et à la fermeture du milieu naturel. En période sèche, ces surfaces étaient extrêmement exposées aux risques d’incendies avec des conséquences potentiellement graves puisque ces landes et parcours étaient devenus impénétrables. Une dizaine d’éleveurs ont alors décidé de réagir avec le soutien logistique du Conseil Départemental, l’appui de l’ADASEA et le soutien des Municipalités de Floirac et Vayrac. Ils se sont constitués en association « Des pierres aux galets » pour initier une Association Foncière Pastorale regroupant les propriétaires de ces surfaces. Zone très morcelée, il a fallu contacter et expliquer le projet à tous ces propriétaires. Ce sont finalement 160 propriétaires qui ont accepté d’intégrer cette AFP pour mettre leurs terrains à disposition, soit 300 hectares clôturés en 24 parcs différents. Les éleveurs y font pâturer 2500 brebis, 200 vaches, 20 chevaux et quelques ânes. Ils ont choisi de les équiper avec des clôtures fixes, jugées plus adaptées à ces parcelles en dévers parfois très accidentées. Ils bénéficient là de ressource fourragère gratuite tout en entretenant ces terrains. Cette démarche vise à la fois à maintenir le milieu ouvert, ce qui profite à la biodiversité animale comme végétale, tout en luttant contre les conséquences d’éventuels incendies. Une initiative citoyenne qui s’avère être un pacte gagnant/gagnant pour les éleveurs comme pour les propriétaires des terrains et toute la collectivité.