Manque de rentabilité et défaut d’attractivité sont les maux de l’élevage laitier français. Or plus de la moitié des éleveurs a plus de 50 ans.

Selon l’Institut de l’élevage (Idele), la filière laitière française serait la plus compétitive au monde, devant la Nouvelle-Zélande et les Pays-Bas. Pourtant, l’excellence ne profite pas à ses éleveurs. Dans le Grand-Ouest, 35 % d’entre eux affichent un bilan avec une trésorerie nette globale négative et 32 % sont encore fortement endettés à long et moyen terme. Autrement dit, ces producteurs n’en finissent pas de panser les plaies de la crise laitière de 2015-2016 alors que la conjoncture s’est nettement améliorée à partir de 2017.

La restructuration marque le pas

L’analyse des résultats économiques des exploitations laitières du réseau Inosys de l’Idele permet de comprendre la persistance de leurs difficultés financières. Seules les exploitations converties au bio, en zone AOP ou sous signes de qualité (20 % à 25 % de la collecte française de lait) dégageraient des revenus supérieurs à deux smic par unité de main d’œuvre (UMO) depuis 2017. L’amélioration de la conjoncture laitière a, à peine, profité aux éleveurs de plaine (1,6 Smic par UMO) et pas du tout à ceux situés en zone de Piémont. Les périodes de sécheresse estivales ont généré des coûts importants.

A l’échelle nationale, le prix moyen du litre de lait payé aux éleveurs français est pourtant l’un des plus élevés parmi les pays producteurs majeurs de l’Union européenne et par rapport à Allemagne en particulier. Mais l’agrandissement continu de la taille de leur exploitation et l’intensification des techniques d’élevage n’est plus la solution pour dégager un revenu supplémentaire. En zone de piémont, les éleveurs font face à des coûts d’élevage supplémentaires, aggravés par des épisodes de sécheresse récurrents, qu’ils ne parviennent pas à couvrir en produisant plus de lait. A l’échelle de la ferme France, la restructuration des élevages français marque le pas, selon Christophe Perrot de l’Idele. Le nombre de fermes de plus de 100 vaches laitières et de 75 à 100 vaches stagne. Les éleveurs ne sont pas prêts à s’endetter pour agrandir leur troupeau ou pour se regrouper. Ils ne parviennent pas non plus à trouver des salariés pour être secondés ou pour remplacer des associés sur le départ.

Une baisse n’est pas exclue

Par ailleurs, la contractualisation limite les ambitions des éleveurs à produire plus. « Les entreprises collectrices ont un faible appétit pour le lait français. Leurs investissements stagnent compromettant à terme leur compétitivité », déplore Christophe Perrot de l’Idele. En fait, la France n’a pas profité de la fin des quotas. Depuis 2014, l’Irlande a augmenté sa production de lait d’un tiers et l’Allemagne de 5 % environ alors que notre pays en livre à peine plus qu’il y a cinq ans. La production de lait croît encore d’année en année en Normandie depuis 2017. Mais dans les autres bassins, elle stagne et surtout décline. Dans le grand sud-ouest, la production est en voit de disparaître. Elle a reculé de 25 % depuis 2015 et de 40 % depuis 2010. Même si les jeunes éleveurs laitiers constituent chaque année le plus important peloton de nouveaux installés (2 000 par an) par rapport aux autres filières, ils ne sont pas pour autant suffisants pour remplacer les producteurs sur le départ (taux de remplacement d’un sur deux). Or 48 % des éleveurs ont plus de 50 ans et 28 % plus de 55 ans. De plus, les fermes ne sont plus systématiquement reprises en l’état. Certaines structures sont trop lourdes à reprendre faute de rentabilité. De nombreux porteurs de projets s’inscrivent aussi en rupture avec leurs ainés en optant pour l’élevage biologique et les circuits courts. En 2030, 10 % de la production de lait bio serait bio. Par ailleurs, de nombreux polyculteurs-éleveurs abandonnent l’activité laitière pour se spécialiser en céréales. A terme une baisse structurelle de la production laitière française n’est pas exclue.