L’ambroisie à feuilles d’armoise, très présente sur le Quercy blanc, est une plante invasive qui colonise les terrains non couverts et les terres agricoles travaillées. Son pollen est très allergène pour une partie de la population et peut entraîner de grosses pertes de production sur les cultures d’été si elle n’est pas correctement maîtrisée. La lutte contre son expansion ne peut être efficace sans une mobilisation de l’ensemble des gestionnaires du territoire.

La Chambre d’Agriculture du Lot mobilise les acteurs du territoire, collectivités et agriculteurs, à travers une série de réunion engagées depuis 2020 sur les secteurs les plus touchés et les fronts de colonisation de l’ambroisie. Objectif, trouver des solutions afin de gérer collectivement l’ambroisie. Au niveau des collectivités, il s’agit de former les agents territoriaux à la reconnaissance et à la biologie de cette plante afin qu’ils puissent agir efficacement, et informer les communes sur la nécessité de nommer un ou plusieurs référents ambroisie, dont le rôle sera de coordonner la lute à l’échelle de la commune. Enfin, il faut apporter des solutions économiquement acceptables pour les agriculteurs, pour qui la lutte contre l’ambroisie peut rapidement devenir un vrai problème dans certaines cultures d’été, surtout dans le tournesol ou le soja.
Toxicité
Pour rappel, le pollen des ambroisies, émis de fin juillet à début octobre est très allergisant et peut provoquer divers symptômes invalidants chez les personnes sensibilisées. Contrôler la présence d’ambroisie chaque année, avant la floraison, c’est agir pour la santé de tous. Compte-tenu des enjeux, un arrêté national du Ministère de la Santé, puis des arrêtés préfectoraux ont déjà été pris dans plusieurs départements de la région (le 12/07/2019 pour le Lot), obligeant les gestionnaires et exploitants agricoles à prévenir la pousse des plants d’ambroisie et à détruire les plants avant leur floraison et leur grenaison. Pour les agriculteurs, en cas d’obligation de destruction de parcelle due à une trop forte présence d’ambroisie, il est possible de conserver les aides PAC en déclarant un accident de culture. La destruction des ambroisies avant floraison et grenaison doit s’effectuer jusqu’en limite de propriété, en incluant les talus, fossés et chemins.Toute présence d’ambroisie doit être signalée sur : www.signalementambroisie.fr.
Le 3 juin une réunion technique sur la lutte contre l’ambroisie a été organisée par la Chambre d’agriculture du Lot et le CPIE, en collaboration avec la communauté de commune du Quercy Blanc, en formant ses agents de la voirie.
Contact : Fabien Bouchet-Lannat 06 30 60 16 22

Eric BILLARD – Bagat en Quercy
« Désherbage mécanique et rotation »
Installé sur une exploitation de productions végétales, grandes cultures et pruniers, Eric Billard est confronté à la présence de l’ambroisie depuis de nombreuses années sur ses terres « cette adventice est particulièrement nuisible sur les cultures d’été, tournesol et soja. Elle pousse vite, est extrêmement résistante, et peut envahir la culture.  Au début, je la désherbais chimiquement puis j’ai tenté une autre stratégie. Je me suis équipé d’une herse étrille que je passe plusieurs fois dès le semis. L’objectif est de détruire les jeunes levées d’ambroisie avant même qu’elles soient visibles, en soufflant les premiers centimètres du sol pour éviter toute pousse d’adventices. Je sème le tournesol assez profond, environ 4 cm, et assez dense (72 000 pieds/ha) afin de passer dans les deux ou trois jours la herse étrille à l’aveugle pour souffler les deux premiers centimètres du sol. Puis, dès que la culture est levée, je la repasse régulièrement plusieurs fois jusqu’au stade 8 feuilles du tournesol. Je suis passé 5 fois en 2020. Je maintiens ainsi la surface soufflée, ce qui a un effet sur la préservation de l’humidité, similaire au binage, tout en éliminant les adventices. Le premier hersage est rapide (6kmh) et les suivants plus lents (3à 3,5 km/h). Je passe la herse en fin d’après midi car le tournesol qui a transpiré dans la journée, est plus souple et même si la herse le couche, il se redresse. Cette pratique est très efficace à condition que la météo le permette. S’il pleut beaucoup, comme ce mois de mai, cela devient plus compliqué car on ne peut pas passer régulièrement. En cas d’infestation, je ne m’interdis pas de la désherber chimiquement. Enfin, je pratique une rotation avec des intercultures à la fois pour augmenter la matière organique de mes sols et limiter leur salissement, ce qui permet aussi de contrer son développement… »

 

Thierry CHANUT – Montlauzun
« Pâturage de l’ambroisie par les moutons »
Thierry Chanut exploite une ferme vouée à l’élevage avec 320 brebis conduites en pâturage bio depuis six ans « l’ambroisie est très répandue en Quercy blanc car elle est arrivée depuis longtemps et les pratiques lui ont permis de se développer. C’est l’une des rares plantes à pousser en été même en conditions sèches. Un jour, quelqu’un m’a dit qu’elle se pâturait. J’ai fait quelques recherches sur internet et j’ai tenté le coup en y mettant les brebis. Les animaux l’ont effectivement broutée avec intérêt. J’ai alors compris que cette plante pouvait être une ressource fourragère estivale d’appoint. Même si aucune étude ne donne sa valeur fourragère, son intérêt est évident car elle est très bien digérée par les animaux. Sur le coin, nous avons beaucoup de surfaces en bio et je propose donc aux agriculteurs de venir la pâturer avec mon troupeau. Je déplace ainsi mes brebis d’une parcelle à l’autre avec un pâturage contrôlé, ce qui satisfait tout le monde. Car les propriétaires ont l’obligation d’éradiquer l’ambroisie et ils préfèrent remplacer les passages de tracteur, de carburant, de désherbants, par la dent des brebis. D’ailleurs, la PAC ne l’interdit pas. C’est moins cher et mieux pour l’environnement. Je pense également qu’il y a tout à faire au niveau des communes. Celles-ci pourraient faire appel aux éleveurs locaux pour pâturer leurs terrains ou bordures infestées par l’ambroisie. C’est un service qui serait rendu à la collectivité moyennant quelques indemnisations limitées pour nos frais de déplacement et dans certains cas la facilitation de l’accès à l’eau pour l’abreuvement. Cela permettrait aussi de conforter quelques installations de jeunes sur nos communes qui en ont bien besoin…»