Sur notre département, plusieurs filières de production subissent le contre coup négatif de la crise sanitaire. Deux grands types de problèmes se cumulent. C’est d’abord le changement de consommation des ménages avec le recentrage des achats sur les produits de première nécessité, au détriment des produits de qualité et de saison lotois. C’est aussi la difficulté à embaucher des saisonniers pour les récoltes des produits frais, notamment asperges et fraises.

Asperges et fraises en plein doute
C’est le légume du printemps par excellence dont la période de récolte et de consommation est centrée sur avril et mai. Une cueillette manuelle qui est réalisée par des salariés saisonniers principalement étrangers. Mais la fermeture des frontières a plongé les producteurs dans l’impossibilité de recours à cette main d’œuvre! Un casse tête doublé d’une autre impasse avec l’arrêt de nombreux débouchés, marchés, restaurants… Certains ont fait le choix douloureux de ne pas récolter, d’autres de n’en récolter qu’une partie. Le tonnage total de la récolte 2020 va donc être en sévère chute par rapport à l’an dernier. Ainsi la coopérative Valcausse a décidé de ne pas faire fonctionner sa station de conditionnement du Pescher et de se cantonner à la commercialisation des asperges déjà conditionnées par ses producteurs à partir du site du Pigeon. Elle a suspendu certains marchés importants comme la marque distributeur de Carrefour « Reflets de France » trop exigeante en qualité et volume, et se recentre sur les magasins locaux tout en autorisant la vente directe de ses producteurs dans les limites imposées. Elle espère que les grandes surfaces lotoises vont jouer le jeu et s’approvisionner localement. D’un potentiel de 150 tonnes, elle envisage de tomber à 50 tonnes pour cette saison noire 2020 et réfléchit à une aide pour les producteurs n’ayant pas récolté!
Coté indépendants, la situation est également très compliquée. A Montbrun, Sylvie Rauffet témoigne « faute de saisonniers Espagnols, j’ai fait appel à la plate-forme « des bras pour ton assiette » et j’ai eu beaucoup de propositions. j’ai recruté quatre ramasseurs, deux jeunes de Saint-Céré et deux retraités du coin. Pour l’instant, nous ne récoltons que le matin car la pousse débute mais quand nous allons atteindre la pleine saison, pourrons-ils travailler huit heures par jour ? Je ramasse aussi mais ne pourrai pas continuer quand il faudra livrer, alors pourrons nous tout récolter ? Coté mise en marché, pour l’instant il y a peu d’asperges et tous les distributeurs en demandent, ce qui crée un manque. Les prix sont donc élevés. Mais il faut attendre la haute saison fin avril pour mesurer la tenue du marché… »
Les producteurs attendent donc que la distribution locale, grandes surfaces et magasins de détail, jouent à fond le jeu de la promotion de leurs asperges avec des prix corrects permettant de limiter les pertes. Reste l’inconnue du consommateur, reviendra-t-il en masse acheter ce légume local de saison ?
Pour les fraises, le constat est identique avec le problème des saisonniers puis celui de la vente. Beaucoup de producteurs limitent au maximum leurs charges comme Jérôme Rougié à Aynac «les Marocains ne pouvant venir, j’ai embauché un étudiant du coin dont le stage aux USA a été annulé. Je limite donc la main d’œuvre même si on est très juste. J’ai aussi annulé les plantations de fraisiers que j’avais prévu ce printemps. Pour la vente, la Mairie de Figeac organise des livraisons de commandes au foirail mais les clients doivent commander par téléphone et c’est lourd à gérer. Nous attendons que la Mairie de Cahors organise également des lieux de livraison. Enfin, le contexte n’étant pas vendeur, comme la plupart des producteurs, j’ai été contraint de baisser mes prix de 20 %… »
Maraîchers et horticulteurs s’organisent
Les producteurs de légumes sont ceux qui s’en sortent le mieux car la demande reste soutenue mais les circuits de vente ont changé. La fermeture de certains marchés et des points de restauration, ainsi que les nouvelles conditions d’hygiène à respecter ont modifié l’organisation des ventes. Ils ont dû s’adapter en renforçant l’offre en magasin ou sur les marchés, et pour ceux qui vendent à la ferme, mettre en place un système de Drive. Celui-ci permet de livrer les commandes préalablement passées par téléphone directement dans les coffres des voitures sans contact avec les clients. Certains proposent également un service de livraison à domicile dans un rayon limité et des conditions de commandes minimales.
Les plus impactés sont les producteurs de fleurs et plantes en pot aujourd’hui interdits à la vente car jugés non essentiels. A Cahors, Mme Combelle déplore une baisse de 70 % de son chiffre d’affaire « nous continuons à vendre nos plants de légumes mais nous avons dû jeter toutes les fleurs de printemps. C’est une énorme perte sèche ! On aura besoin d’aide pour passer cette crise sévère… »
A Gourdon, Jacques Griffoul est spécialisé sur les fleurs « c’est catastrophique, j’ai fermé mes serres et jeté des milliers de pensées, primevères, renoncules et pâquerettes. Nous sommes à l’arrêt total et attendons avec anxiété la fin du confinement. Le mois de mai sera décisif pour la reprise d’activité et pour tenter de sauver la saison… »
Les palmipèdes gras en suspens
La production de palmipèdes gras est largement impactée par cette crise. Les producteurs indépendants ont vu leurs ventes chuter brutalement avec la fermeture des principaux débouchés directs, marchés, foires, restaurants, ferme… Des pertes considérables de chiffres d’affaire qui les obligent à stocker leurs produits conditionnés et à réduire fortement voire stopper la production de frais. Tous espèrent la levée rapide du confinement et la relance des activités commerciales pour reprendre leurs ventes. Pour ce qui concerne le groupement La Quercynoise, les ventes ont chuté de 35 % en chiffre d’affaire. Le foie gras et les produits haut de gamme sont les plus impactés puisque les restaurants sont fermés et les repas festifs entre amis ou en famille interdits. Le magret de canard résiste mieux car la grande distribution en prend davantage pour servir sa clientèle de ménages qui ont reporté leur consommation à la maison. Le groupement a donc adapté sa production en la réduisant de 20 %. Il n’abat plus que quatre jours par semaine.
Bovins, le marché résiste
Coté bovin, la filière maintient son courant d’activité. Le groupement Bovidoc continue ses livraisons de broutards vers l’Italie avec les quantités prévues et sans retard d’enlèvement. Au niveau de la boucherie, il écoule les animaux en fonction de la demande. Celle-ci est un peu plus hachée mais se maintient. C’est par contre plus compliqué pour le veau dont la demande s’essouffle et les enlèvements en ferme ont déjà pris quelques jours de retard.
Pour la filière veau de boucherie, les intégrateurs ont demandé des reports de sortie aux éleveurs car la commercialisation est compliquée. Beaucoup de magasins ont fermé leurs rayons traditionnel et ne conservent que le rayon sous vide. Pour l’instant, la situation n’est pas grave mais les éleveurs ont peur que la situation dure dans le temps jusqu’à cet été avec des conditions météo compliquées.
Les ventes d’agneau s’effondrent
A la veille de Pâques, période traditionnellement porteuse pour l’agneau, la filière accuse le coup avec des ventes en forte régression, de l’ordre de 40 % ! Les consommateurs confinés et anxieux ne peuvent plus faire la fête ni se retrouver en famille. Dès lors, les viandes festives comme l’agneau sont délaissées. De plus, nombre de grandes surfaces ont fermé leur rayon traditionnel pour ne laisser que le rayon libre service où il n’y a pas de label. La production d’agneau fermier du Quercy label rouge s’en trouve donc affectée et est parfois commercialisée dans d’autres circuits avec une grosse perte de prix à la clé. La filière reste pourtant mobilisée. Les commerciaux tentent de trouver d’urgence de nouveaux marchés de secours et les personnels de l’abattoir ainsi que les chauffeurs continuent à travailler dur pour maintenir l’activité. Pour faire face à cette baisse qui touche toute la France, il est demandé aux éleveurs de conserver certains lots et de ralentir leur croissance, une démarche qui joue son rôle mais ne peut être que transitoire. Pour leur part, les organisations professionnelles lancent des initiatives destinées à interpeller les consommateurs pour relancer les ventes. Ainsi, l’interprofession Interbev organise en ce moment l’opération médiatique « agneau de pâques » assurant la promotion à grands renforts de spots publicitaires et dans les boucheries traditionnelles (flyers, supports avec recettes…). Sur notre département, la Chambre d’Agriculture, le Conseil Départemental et la Préfecture viennent également de lancer une grande campagne médiatique et dans les magasins « je soutiens nos producteurs, j’achète local » (voir en page 16).