Plantes aromatiques, plantes médicinales, épices, plantes santé… Les nouvelles cultures de diversification sont arrivées sur notre département. Elles répondent à des marchés de niche et aux nouvelles attentes de consommateurs en recherche de bien être. Autant de filières qui commencent à se structurer et représentent des voies de diversification non négligeables pour nos exploitations.

Les consommateurs changent, leurs habitudes d’achat évoluent, notamment leurs exigences de produits de qualité cultivés localement. Depuis dix ans, on assiste ainsi à la création de nombreuses petites entreprises proposant des compléments alimentaires à base végétale ou autres produits cosmétiques. Car la clientèle est chaque jour plus nombreuse et en redemande. Beaucoup de domaines s’orientent désormais sur ce créneau : herboristerie, huiles essentielles et autres extractions végétales, cosmétique aux principes actifs végétaux, pharmaceutique végétale, compléments alimentaires, mais aussi soins aux animaux, assainissants naturels… C’est un secteur en pleine expansion et en pleine mutation. En effet, il fut longtemps réservé à quelques grandes entreprises qui s’approvisionnaient à bas coût auprès de fournisseurs étrangers souvent lointains. Le prix d’achat de ces plantes était l’argument majeur, leurs qualités parfois inégales étant moins regardée. Mais les nouvelles exigences de la clientèle ont rebattu les cartes avec une véritable explosion créative de ces fabricants qui se tournent désormais de plus en plus vers une production locale de haute qualité.
Le boom des plantes à parfum aromatiques et médicinales
Lavande, thym, romarin, menthe, sauge, sarriette, origan, sentent bon la garrigue et font immédiatement penser à la Provence. Pourtant, la région Occitanie en devient un gros producteur grâce à deux atouts, la diversité de ses terroirs et climats, ainsi que la force de son Agriculture Biologique. Première région bio de France, elle possède donc toutes les caractéristiques pour répondre à cette demande. 70 % de ses producteurs sont certifiés en bio, en faisant la première région de France productrice de PPAM bio. Les départements du Gers, du Gard et de l’Hérault ont d’emblée pris la tête de ce marché sur les cultures de lavande, lavandin, coriandre, thym, menthe, camomille, sauge, verveine odorante, calendula ou chanvre. Mais les autres départements n’ont pas tardé à suivre le mouvement. On compte aujourd’hui un millier de producteurs qui exploitent plus de 1500 ha dont la moitié en bio. La région Occitanie est devenue la troisième région productrice Française derrière PACA et Rhône-Alpes mais la première en production bio. Si cette filière reste encore petite, c’est celle qui progresse aujourd’hui le plus vite. Elle représente une voie de diversification et même de spécialisation croissante qui concerne aussi beaucoup de jeunes agriculteurs. C’est donc une filière particulièrement attractive qui nécessite aussi bien l’esprit de créativité que l’ingéniosité de ses acteurs pour trouver les équipements et mener ces cultures au bout.

Naissance de Quercy PPAM
Sur le Lot, c’est la lavande qui fait son grand retour en force depuis quelques années. Terroir de prédilection pour cette plante durant les trois quarts du vingtième siècle où elle y fut cultivée en masse avec succès avant de disparaître progressivement à partir des années 1980. Aujourd’hui, de nombreux producteurs relancent sa culture avec l’appui de la Chambre d’Agriculture. En 2019, ils ont mené une réflexion collective qui a débouché sur leur regroupement au sein d’une association Quercy PPAM qui compte déjà trente cinq adhérents. Ils y échangent sur leurs expériences, leurs pratiques, et bénéficient de formations organisées par la Chambre d’Agriculture. C’est la renaissance de cette filière porteuse de développement et d’initiatives aux quatre coins du département. Mireille Lamothe, conseillère agricole à la Chambre d’Agriculture les accompagne « l’association accepte tout le monde mais on constate que la majorité des adhérents sont en bio, ce qui correspond au marché actuel. Nous avons en permanence de nouveaux candidats qui viennent s’informer et souhaitent se lancer dans ces productions. La lavande arrive largement en tête, devant le thym puis diverses autres plantes à sécher pour l’herboristerie. Les formations mises sur pied répondent à la fois aux attentes des porteurs de projets et aux producteurs installés car les contenus sont adaptés à leurs demandes. Nous organisons aussi des visites d’exploitation sur le Lot ou dans la région pour montrer les réalisations concrètes des uns et des autres. Nous faisons également des démonstrations de matériels spécifiques à ces cultures. Il faut souligner la forte motivation et l’engagement de ces producteurs autour de cette filière qui suscite beaucoup d’enthousiasme. La raison est peut être à rechercher au niveau de la nature de ces plantes qui jouissent d’une image particulièrement flatteuse auprès du grand public, rendant leur culture très valorisante… »

Lancement d’une production de Bourrache
Sur le Figeacois, une dizaine d’agriculteurs se sont lancés dans une production de bourrache. Cette plante sauvage, souvent qualifiée de mauvaise herbe, présente en effet des qualités au niveau de ses graines. L’huile qui en est issue contient beaucoup d’acides gras oméga 6 bons pour la santé, tant en application externe sur la peau qu’en consommation. Nutergia, un des plus grands laboratoires Français fabricant de produits naturels à base de plante est installé à Capdenac. Il développe une gamme à base de bourrache et est intéressé pour s’approvisionner localement.
Claude Montillet, éleveur à Lacapelle-Marival raconte la suite « nous sommes une dizaine d’agriculteurs qui avons répondu au laboratoire Nutergia avec l’appui de la coopérative Fermes de Figeac. Mais il n’y a aucun technicien national ! Il a fallu réaliser nous mêmes des essais au champs en conditions réelles, tester les modes culturaux, les matériels de semis et récolte. La bourrache est difficile à cultiver, le point le plus délicat étant la récolte des graines qui n’arrivent pas à maturité ensemble et on en perd donc beaucoup. Depuis trois ans, nous progressons avec une dizaine d’hectares. Le rendement est encore faible, 60 à 70 kgs/ha. Cette année, nous allons investir dans du matériel adapté, une faucheuse à tapis, un pick up à tapis, pour perdre moins de graines à la récolte. Parallèlement au contrat avec Nutergia, nous avons décidé de nous regrouper au sein d’une association « les jardins secrets du Quercy » pour transformer et commercialiser notre huile de bourrache. Nous avons créé notre propre marque « Les jardins secrets du Quercy » et venons de sortir les premiers flacons. Ils sont vendus en direct localement. Là aussi, nous investissons dans un trieur à graines, une presse à huile. Nous nous sommes fixés un cahier des charges très strict, pas d’engrais, pas de phytos, c’est donc un produit 100 % naturel. Et nous réfléchissons à d’autres plantes comme l’onagre ou l’arnica. Notre ambition est de constituer une société locale de production de graines locales de haute qualité, capable de fournir les laboratoires tout en développant sa propre gamme. Notre groupe d’éleveurs cherche à se diversifier sur ce créneau en jouant sur nos atouts, des sols variés, un terroir très préservé et une production haut de gamme. C’est le début d’une belle aventure collective, pas toujours facile car il faut innover, inventer, trouver de nouveaux équipements, mais c’est passionnant… »

Plantation de safran
Autrefois très cultivé en Quercy puis tombé dans l’oubli, le safran renaît depuis une vingtaine d’années sous l’impulsion de la Chambre d’Agriculture. De nombreux producteurs ont redécouvert cette épice prestigieuse dont la force n’a d’égale que le prix puisque c’est l’épice la plus chère qui se vend au dixième de gramme. Ils se sont structurés en association « les safraniers du Quercy » pour travailler collectivement à la promotion et à la commercialisation du safran local. Mais quelles sont les raisons qui poussent aujourd’hui à planter des bulbes de crocus sativus pour en récolter les précieuses étamines qui donnent le safran ?
Amandine Mézy a franchi le pas à Livernon et explique sa démarche « mon conjoint est éleveur bovin et je cherchais à créer un atelier végétal complémentaire. Mais nous sommes en plein causse, sans eau, avec des terres pauvres. Par ailleurs, je ne voulais pas occuper une grande surface ni investir dans beaucoup de matériel. Après réflexion, j’ai opté pour la plantation de safran. J’ai acheté 1200 bulbes à un producteur du coin en 2019. C’est une culture totalement naturelle, sans engrais ni traitements d’aucune sorte. Le désherbage est manuel et thermique hors saison. Il faut veiller aux ravageurs en protégeant la parcelle. J’ai juste investi dans un petit déshydrateur pour sécher les fleurs. Il y a deux pics de travail, en été pour l’arrachage et la plantation des bulbes, puis en octobre pour la récolte manuelle des fleurs. C’est donc gérable avec les impératifs de l’élevage.
Pour pouvoir bénéficier de conseils et échanger avec les autres producteurs, j’ai adhéré à l’association des safraniers du Quercy qui achète ma production et s’occupe de la commercialisation. Pour l’instant, je leur livre tout, safran et fleurs. Mais je compte monter en puissance, planter d’autres bulbes et en transformer une partie à terme… »
Le président de l’association, Didier Burg, souligne « nous sommes une soixantaine de producteurs et avons développé la marque safran du Quercy. L’association joue un rôle d’intermédiaire, réceptionne et contrôle le safran puis travaille avec des utilisateurs, Valcadis, les Etablissments Robin. Ces acheteurs sont des professionnels qui fabriquent et vendent leurs spécialités aux restaurateurs, particuliers ou autres clients de toute la France. L’association réfléchit aussi à une labellisation de qualité, la reconnaissance en bio, puisque cette culture est totalement naturelle et parfaitement respectueuse du terroir. Elle mérite donc ce signe de qualité, nous attendons l’évolution de la législation européenne pour avoir cette reconnaissance collective … »

De la menthe en Quercy blanc
Benoît Gisbert est installé depuis 2013 sur l’exploitation familiale à Saint Paul de Loubressac en production traditionnelle, vigne, céréales et fruits. En vendant son vin sur les marchés, il rencontre et discute avec Benjamin Zimra qui vend des plantes aromatiques (thym, Romarin, lavande…). Installé à Escamps, celui-ci croit fermement au développement de cette filière et a même acheté un alambic pour distiller les plantes et vendre les huiles essentielles « j’ai eu un contact avec l’entreprise Française Ethiquable qui recherche de l’huile essentielle de menthe de haute qualité en bio. J’en ai parlé à Benoît qui s’est montré intéressé pour tester cette culture. D’autres producteurs nous ont rejoint et nous avons constitué une association à 6 agriculteurs qui ont tous la même éthique d’exigence bio et qualité… »
Benoît Gisbert plante ses premières menthes au printemps 2020 « j’ai commencé par tester la culture sur 40 ares, soit 8000 plants achetés à un pépiniériste certifié. Je les ai planté sur une parcelle argilo-calcaire à côté de mon lac car l’irrigation est indispensable. Je suis en bio et n’ai apporté que du purin d’orties pour fumure. La menthe poivrée s’est bien implantée, avec plusieurs tours d’eau notamment en été. J’ai pu faire deux récoltes en juillet puis septembre. On distille immédiatement avec l’alambic mobile de Benjamin qui vient à le ferme. Le plus délicat reste le désherbage, une tache entièrement manuelle et très exigeante en temps. Il faut pourtant avoir une parcelle très propre pour éviter de récolter d’autres plantes qui pollueraient l’huile essentielle. La récolte plante entière est également compliquée et nécessite beaucoup de main d’œuvre car elle est aussi manuelle. Cet été, j’ai bénéficié du coup de main de mes voisins. Pour l’instant, nous n’avons pas investi dans du matériel de mécanisation spécifique car il est cher et nous attendons de voir la rentabilité de cette culture. Ce printemps, je vais augmenter la surface et tester une nouvelle variété. Notre groupe suit la même démarche. Sans appui technique extérieur, nous nous formons nous-mêmes par l’expérience… »