Les responsables professionnels du bassin de production dénoncent des prix trop bas qui plongent les producteurs dans une situation de crise. Les marges deviennent négatives et pourraient enclencher une spirale de décapitalisation très grave pour toute la filière ! Ils montrent du doigt les pratiques intolérables des opérateurs du secteur.

Les responsables des comités des fruits à coque du Lot, Dordogne et Corrèze ont tenu une conférence de presse le 2 mars à Creysse pour dénoncer avec vigueur les pratiques des opérateurs qui tirent les prix vers le bas. Des prix inférieurs au cours mondial et aux coûts de production locaux, une situation totalement illégale depuis le vote de la loi Egalim.
Variable d’ajustement
Les producteurs sont aujourd’hui la variable d’ajustement car ils prennent absolument tous les risques, climatiques, sanitaires et même commerciaux. En effet, ils livrent leurs noix à la récolte aux opérateurs coopératifs ou privés « en confiance » sans connaître le prix de vente. Ils touchent un acompte mais ne reçoivent le complément définitif que quatre à cinq mois après. Hervé Clédel et Philippe Jardel dénoncent ce dysfonctionnement « c’est une pratique anticoncurrentielle. Les opérateurs s’entendent pour lisser les prix ! Ils évaluent le marché en début de campagne au regard des prix des noix américaines, puis s’alignent en vendant leurs noix, et prennent leurs marges de fonctionnement. Le reste est pour les producteurs, variable d’ajustement finale. Il n’y a donc plus ni concurrence ni émulation entre opérateurs. Cela vaut pour les négociants privés comme pour les coopératives ! »
Marché déprimé
Ce type de fonctionnement a conduit la noix Française à être payée en dessous du cours mondial depuis plusieurs années. Les comités des fruits à coque ont fait leur calcul pour cette récolte 2020. Étalon du marché, la noix Californienne a été achetée 2,05 € le kilo rendue en France, prix auquel il faut ajouter 5,1 % de taxes, soit 0,10 € et 0,05 € de fret. Son prix de gros final revient donc à 2,20 € le kilo. Or, les prix proposés aux producteurs Français sont inférieurs à ce chiffre ! Une situation récurrente qui conduit depuis 2014 au fait que nos producteurs soient moins bien payés que leurs homologues Espagnols ou Italiens. Et ce alors que tout le monde sait que les coûts de production Français sont les plus élevés du monde.
Qualité non valorisée
Les responsables nucicoles constatent que les prix de vente des noix et produits à base de noix ne diminuent pas au détail (6 à 9 € le kilo en moyenne), les consommateurs les payant toujours aussi cher malgré l’effondrement des prix à la production. Ils dénoncent également le manque de valorisation de la qualité. En effet, une partie de la production est de piètre qualité, en majorité issue de récoltants non professionnels. Celle-ci devrait être déclassée et dévalorisée par les opérateurs. Mais ils préfèrent lisser les prix en surpayant ces mauvais lots et en se rattrapant par un sous paiement des meilleurs lots. La qualité n’est donc pas rémunérée à sa juste valeur. Par ailleurs, on constate que les meilleures noix sont prioritairement exportées et les moins belles finissent sur le marché Français, dévalorisant l’image du fruit.
Les responsables soulignent « 80 % de nos noix sont exportées et les metteurs en marché se plaignent que les Français ne mangent pas assez de noix. Mais que font ils pour en assurer la promotion ? Alors que la noix est citée par tous les nutritionnistes comme le meilleur fruit pour la santé, il n’y a aucun plan marketing, aucune promotion digne de ce nom. C’est la facilité du laisser faire. Pourtant, nous avons un marché Français colossal à nos portes…» Alors, manque de prise de conscience ? De volonté ? Jacques Leymat souligne « notre filière manque cruellement d’organisation, notamment d’une interprofession qui nous permettrait de discuter à la fois la fixation des prix, les coûts de revient et la promotion générique de notre noix. Nous avons pourtant un fruit de qualité exceptionnelle dans un terroir préservé mondialement connu. Autant d’atouts qui mériteraient une vraie dynamique solidaire de tous les acteurs… »
Pratique illégale
Depuis le vote de la loi Egalim, fin 2019, la fixation des prix payés aux producteurs agricoles a changé de logique. Désormais, la distribution comme les opérateurs coopératifs ou privés ont l’obligation de construire leurs prix « en marche avant ». Cela signifie qu’ils doivent se baser sur les coûts de revient officiels des producteurs et y ajouter leurs frais de fonctionnement et de promotion pour arriver au prix de vente au consommateur. Cette loi, obtenue de haute lutte par le syndicalisme agricole et soutenue par les pouvoirs publics, interdit donc la vente d’un produit agricole en dessous de son coût de revient. Qu’en est-il pour la noix ? Alors que les opérateurs annoncent des prix finaux moyens autour de 2 € le kilo, les producteurs s’appuient sur les chiffres technico-économiques des centres d’économie rurales qui évaluent les coûts de production bien au dessus. Ils ressortent dans une moyenne de 2,53 €/kg pour un rendement à 2,10 t/ha, et varient en fonction des rendements obtenus (voir ci-dessous). Georges Delvert insiste « il est clair que nous vendons nos noix à perte. Les prix de vente actuels ne nous permettent plus de rémunérer les investissements et les pratiques permettant de produire une noix de haute qualité qui exige irrigation et suivi optimal des noyers. C’est donc une situation intenable qui doit être rapidement corrigée sous peine de décapitalisation de notre filière…»