Après une fin d’hiver et un début de printemps particulièrement secs, d’abord chauds puis très froids, les productions végétales en subissent les conséquences. L’herbe ne pousse pas et les premières coupes accusent déjà un gros déficit. Les céréales ont également souffert, annonçant des rendements très bas. Éleveurs et céréaliers ne cachent pas leurs inquiétudes.

La météo de ce premier semestre 2021 n’est décidément pas du côté des agriculteurs. Après les inondations du début de l’année puis les terribles gelées du mois d’avril, voici le spectre de la sécheresse qui arrive en force. Les mois de mars et avril ont été particulièrement secs avec un déficit de pluviométrie proche de 80 %. La chaleur de mars avait dopé la végétation mais les terribles gelées d’avril ont stoppé la montée de sève et asséché les tiges. La conséquence immédiate est déjà apparente avec des prairies vraiment piètres. L’herbe n’a pas poussé et les premières coupes accusent un déficit de 50 à 70 % sur presque tout le département. Les sols sont très secs, parfois comme en plein été, et les espèces végétales clairement en souffrance. Lorsqu’on sait que cette première coupe constitue habituellement l’essentiel des stocks fourragers annuels des éleveurs, on comprend l’inquiétude qui gagne nos campagnes.
Rendements compromis
Malheureusement, le mal est déjà fait pour de nombreuses espèces. Les céréales sont déjà impactées par cette météo très défavorable. Les blés et les orges n’ont pas pu taller normalement, ni assurer une montaison correcte. Sous le double effet du manque d’eau et des fortes gelées, la formation des épis a été très perturbée. Les tiges sont courtes annonçant peu de paille et des épis en souffrance avec de faibles rendements et beaucoup de grains malformés. Les colzas et autres cultures d’hiver ne sont pas mieux lotis, la floraison ayant été sinistrée par ces fortes gelées à répétition. Les agriculteurs s’attendent donc à une mauvaise récolte 2021, après des rendements 2020 déjà très faibles.

Laurent Lafage

Saint Caprais « 70 % de perte en première coupe ! »

« Sur notre coin de Bouriane, nous sommes à la troisième année de sécheresse ! Mes prairies ne poussent pas. Sur 20 ha utilisables, seuls 4 ou 5 ha sont ensilables, le reste étant trop piètre pour être exploité. J’évalue la perte à environ 70 % par rapport à une première coupe normale. Pour l’instant, je nourris mes 60 limousines et leurs veaux avec le reste de stocks de l’an dernier. Mais il ne me reste que 15 jours d’ensilage et un mois de foin. Si je ne peux pas reconstituer mes stocks fourragers, comment faire ? Acheter des fourrages au prix fort ? Liquider mes bêtes ? Cette saison 2021 commence vraiment mal, mes prairies sont déjà flétries, on aperçoit les rochers, même les trèfles fleurissent à 10 cm sans monter ! S’il ne pleut pas abondamment rapidement et si je ne peux pas faire davantage de maïs, ce sera la catastrophe… »

Charles Poiret

Cezac « Des céréales sinistrées » « La sécheresse précoce et les fortes gelées d’avril ont fait souffrir nos blés et nos orges. Les sols sont déjà fissurés, particulièrement sur les plateaux et en sols séchants. Les conditions météo ont donc été très défavorables à la pousse. Le tallage a été extrêmement réduit, certains pieds n’ayant qu’une ou deux talles au lieu des cinq habituelles. La montaison et l’épiaison en sont fortement affectées. Les céréales sont courtes, et on peut prédire des rendements très bas quand on voit l’état de nos champs. Le mal est fait et la récolte 2021 est déjà compromise, ce qui est particulièrement inquiétant après une récolte 2020 déjà mauvaise. On se demande même si certaines parcelles mériteront d’être moissonnées ! »

Frédéric Addenin

Montfaucon « Un déficit fourrager annoncé » « J’ai 800 brebis à nourrir et je m’inquiète déjà du manque de fourrage pour cette année. La sécheresse précoce et le gel ont complètement bloqué la pousse de l’herbe. Ici, sur le causse central, nous avons des sols très superficiels et donc très sensibles à la sécheresse. C’est la première coupe qui constitue l’essentiel de nos stocks annuels. Ce printemps, elle accuse un gros déficit avec très peu d’herbe. Les prairies les plus âgées n’ont pas poussé du tout et les parcours sont déjà desséchés ! Les semis de printemps en pâtissent également, ils ne sortent pas bien à cause du froid et par manque d’eau. J’envisage de semer des dérobées fin mai pour tenter de reconstituer mes stocks mais leur succès va dépendre de la pluviométrie à venir. On espère donc que la pluie et la chaleur vont enfin permettre de faire pousser ces fourrages… »