De nombreux producteurs et techniciens noix étaient présents à l’assemblée générale de la station expérimentale de Creysse. Un rendez vous cette année exceptionnel avec la présentation des trois nouvelles variétés portées à inscription et les premières conclusions des nouveaux programmes de lutte contre la bactériose et les pourritures.

Le président de la station expérimentale de Creysse, Sébastien Soulié, était cette année fier d’accueillir autant de personnes motivées par la production de noix. Il soulignait « après dix ans de prix élevés, la conjoncture commerciale s’est retournée avec une baisse des cours mondiaux. Le gel tardif vient également de toucher certains vergers. Ce contexte renforce le rôle de notre station expérimentale qui doit sortir des variétés plus productives et mieux adaptées aux évolutions climatiques comme sociétales en étant plus résistantes aux maladies. Un grand défi qui se concrétise aujourd’hui par des avancées notables avec l’arrivée de trois nouvelles variétés très prometteuses et le début du programme de lutte contre la bactériose par biocontrôle. Plus que jamais, notre filière noix a donc besoin des travaux de recherche menés avec perspicacité à la station de Creysse et doit mobiliser les moyens financiers pour la pérenniser… »
TROIS NOUVELLES VARIÉTÉS
Elles représentent l’espoir et l’avenir de la noix française et ont nécessité vingt cinq ans de sélection ! Ces trois variétés qui n’ont pas encore de nom mais sont identifiées par des numéros (13161, 11813, 99108) cumulent les avancées génétiques : rendements élevés, 4 à 5 tonnes/ha voire plus, débourrement peu précoce, sensibilité faible aux maladies, très bonne qualité de cerneaux, énoisage aisé et goût savoureux. L’ingénieur de la station, Eloïse Tranchant, en présentait la genèse en soulignant qu’elles sont issues de croisements initiaux réalisés entre 1992 et 1998 ! C’est seulement maintenant qu’elles vont être présentées à la certification avec une phase d’inscription au catalogue des variétés et le début de la multiplication à partir d’un arbre repéré de la station de Creysse. Cela va encore nécessiter quelques années pour trouver leurs plants en pépinière. Les producteurs ne pourront donc les planter qu’après cette phase et récolter encore plus tard. Au final, il aura fallu 25 à 30 ans de travail régulier et assidu par les équipes de la station de Creysse pour voir le résultat concret de leur travail. C’est là toute la problématique de la station expérimentale qui doit maintenir ses moyens et ses programmes sur le long terme pour préparer l’avenir de notre filière noix. Elle reste très dépendante des soutiens publics, donc de financements aléatoires, ce qui inquiète ses responsables.
ESSAIS COUVERTS VÉGÉTAUX
Plusieurs essais d’implantation de couverts végétaux dans l’inter-rang ont été réalisés avec des semis de féverole/blé. Ils ont été comparés sur la même parcelle à des apports de fumier avec ou sans fumure minérale. Les résultats présentés montrent que ce couvert végétal a donné autant d’éléments fertilisants que la fumure minérale, avec de surcroît une meilleure décompaction du sol. Ces conclusions sont donc très encourageantes mais demandent à être confirmées sur plusieurs campagnes pour valider la pratique.
BACTERIOSE ET POURRITURES
Depuis plusieurs années, la recrudescence de ces maladies cause de gros dégâts sur les vergers. Les producteurs n’avaient jusqu’à maintenant que leur maîtrise par traitements au cuivre avec la toxicité connue de cet élément à haute dose. La solution d’avenir passe par les bactériophages que le laboratoire Chilien Agroadvance maîtrise déjà. Grâce au projet « la noix de demain » il est venu l’été dernier isoler les meilleures souches de bactériophages et a préparé une formulation contre la bactériose qui va être testée à Creysse cette saison. La station avait ensuite invité Florent Trouillas, ardéchois expatrié depuis vingt ans en Californie où il exerce en tant que phytopathologiste à l’université Davis, pour expliquer le programme MAGIC qu’elle mène en partenariat avec cette université. Il s’agît d’isoler et de caractériser les champignons responsables des chancres et nécroses des noyers pour développer les meilleures solutions de lutte. Pour cela, la station s’est équipée d’un laboratoire de diagnostic et Florent Trouillas est venu former les ingénieurs à identifier ces pathogènes, sur notre noyeraie, principalement les phomopsis, colletotrichum, botryosphaeria et xanthomonas. Il convient maintenant de tester les méthodes de lutte les plus efficaces, notamment au niveau biologique comme l’utilisation des trichodermes déjà opérationnelle en Californie. Ce programme devrait déboucher à terme sur un contrôle biologique efficace de ces maladies.
La journée s’achevait enfin par une démonstration de matériels d’entretien des sols sur le rang.