Le premier Ministre, Jean Castex, était sur le Lot le 29 octobre. Il a passé deux heures sur l’exploitation viticole de Matthieu Molinié à Carnac-Rouffiac. Les membres de la Chambre d’agriculture et les responsables viticoles en ont profité pour le rencontrer et défendre les dossiers les plus sensibles pour l’agriculture Lotoise.

Jean Castex a consacré la première partie de sa journée au monde agricole. Sur le domaine viticole de Ponzac à Carnac-Rouffiac, il a visité les vignes de l’appellation Cahors puis s’est longuement entretenu avec les responsables agricoles Lotois. La Chambre d’agriculture avait demandé et obtenu cette rencontre avec le premier Ministre et son conseiller pour leur présenter plusieurs dossiers importants qu’elle souhaite faire avancer au niveau national.
Assurance calamités
C’est d’abord le problème de l’assurance des sinistres climatiques comme le gel qui a touché pour la troisième fois en cinq ans le vignoble Lotois, poussant certains vignerons au bord de la faillite. Les responsables viticoles ont souligné la récurrence de ces sinistres, conséquence du changement climatique, et dénoncé l’inadaptation du modèle d’assurance actuel. La grande majorité des vignobles n’est donc pas assurée, ce qui fragilise leur pérennité. Endettements et hypothèques les conduisent dans une impasse qu’il faut solutionner. Outre les mesures d’accompagnement d’urgence pour soulager les sinistrés, la profession réclame depuis longtemps une véritable assurance efficace des récoltes. Le premier Ministre a répondu à cette attente en rappelant l’annonce du chef de l’État, le vote dans les prochains mois d’un nouveau système d’assurance intégrant pour une bonne partie la solidarité nationale et couvrant plus massivement l’ensemble des risques agricoles. Il a promis une mise en œuvre avant la fin du mandat présidentiel. Les professionnels s’en félicitent mais attendent le détail de ce nouveau système assurantiel.
Report de remboursement des PGE
A la demande expresse des professionnels viticoles, pourtant bien argumentée, le premier Ministre a clairement répondu par la négative au report de remboursement des PGE. Il a toutefois expliqué que le gouvernement avait engagé une réflexion plus large avec les banques.
Flambée des charges
Alain Lafragette et Christophe Canal l’ont alerté sur le phénomène actuel de la forte hausse de toutes les fournitures agricoles, des carburants aux engrais en passant par les matériels, équipements ou matériaux de construction. Les charges d’exploitation flambent et les marges bénéficiaires déjà ténues fondent comme neige au soleil. Un contexte économique qui affecte sérieusement le moral des agriculteurs. Une partie d’entre eux travaille déjà à perte et s’exaspère de cette situation au sortir de la crise du Covid-19. Les présidents de la Chambre d’agriculture et de la Fdsea ont réclamé des mesures de soutien et d’allègement afin de compenser cette hausse. Ils ont également soumis au Préfet l’activation d’une cellule de crise dédiée.
Egalim saison 1 sans succès et 2 pour quel résultat ?
La profession a aussi rappelé à Jean Castex qu’elle attend beaucoup de la loi Egalim 2 qui s’engage à garantir le revenu des producteurs. La Chambre d’agriculture, la Fdsea et les JA seront vigilants sur son application et sur le respect des engagements pris. Ils demandent que les contrôles de l’administration soient renforcés, notamment chez les distributeurs, afin de ne pas appliquer la loi au détriment du pouvoir d’achat des consommateurs. Ils attendent surtout un vrai retour de valeur ajoutée sur les fermes.
Soutien à l’irrigation
Le dossier de la relance des créations de retenues individuelles a également été argumenté une nouvelle fois par Christophe Canal. La Chambre d’agriculture a fait des propositions concrètes au ministre de l’agriculture, Julien De Normandie comme au président Macron et souhaite que le gouvernement les prenne véritablement en compte dans le cadre du Varennes de l’eau. Les irrigants Lotois attendent un engagement fort du gouvernement et du premier Ministre pour défendre ces propositions. Elles vont dans le sens d’un allègement des procédures administratives de déclaration, d’assouplissement des prélèvements et de simplification des arrêtés préfectoraux. Les irrigants demandent aussi des aides pour le curage des retenues existantes afin de récupérer de précieux volumes. Les agriculteurs Lotois ont bien pris conscience des changements climatiques et des enjeux environnementaux. Ils sont prêts à s’y adapter et Christophe Canal rappelle qu’une retenue d’eau collinaire est également une réserve de biodiversité naturelle. Le premier Ministre expliquait que les dogmes anti retenues tombent peu à peu et que la création du Varennes de l’eau sous la responsabilité du Ministère de l’agriculture et non de l’environnement doit être perçu comme un premier signal fort positif envers la profession.
Chartes ZNT
Par ailleurs, les problèmes de voisinage entre agriculteurs et riverains ont tendance à se multiplier en zone rurale. La Chambre d’agriculture, appuyée par le Conseil de l’Agriculture lotoise, a donc pris l’initiative de rédiger un pacte de bon voisinage que l’association des Maires a signé. Ce pacte engage chaque partie à dialoguer et à échanger afin de désamorcer les contentieux. Président et directeur de la Chambre sont allés à la rencontre de tous les présidents de Communautés de communes pour le présenter et ressérer les liens entre maires, riverains et agriculteurs. Une preuve que le monde agricole sait adopter une attitude responsable mais pourtant 95 % des chartes ZNT (comprise dans le pacte de bon voisinage Lotois) ont été refusées par le conseil d’État sous la pression des écologistes. L’été dernier, l’État a exigé des préfets de reprendre la main sur ce dossier et de refaire les consultations publiques alors que , par exemple, celle organisée par la Chambre d’agriculture du Lot avait recueilli le plus de contributions dans toute l’Occitanie. Christophe Canal demandait où en est ce dossier car depuis, l’État a fait machine arrière et personne ne sait comment il va aboutir alors que dans le même temps, les AMM vont régler assez simplement une grande partie du problème. Jean Castex répondait clairement « hors de question de laisser tomber ces chartes. Oui nous avons fait machine arrière pour prendre le temps de la réflexion et remettre une copie au conseil d’État avant le délai imposé du 26 janvier prochain. L’État ne veut pas se contenter des AMM sur ce dossier aussi sensible, particulièrement en zone viticole comme ici. Les préfets seront rapidement mandatés pour organiser de nouvelles consultations plus larges et associant notamment les utilisateurs salariés de produits phyto ».
Préparation PAC
Le président des Jeunes Agriculteurs explique que la profession et la Chambre travaillent aussi à préparer la future PAC 2023 -2027, en soulignant la nécessité de préserver les spécificités Lotoises comme le zonage piémont, les sous bois pâturés. Elles permettent de reconnaître la typicité topographique et les pratiques pastorales de notre territoire. C’est un point crucial qui s’avère indispensable au maintien de ces pratiques d’élevage très bénéfiques à la biodiversité et à l’environnement. Les responsables agricoles ont également alerté le premier Ministre sur le statut de l’actif qui permet de percevoir les aides PAC, en soulignant l’importance de les verser prioritairement aux agriculteurs producteurs. Il s’agit de soutenir la production car c’est elle seule qui est créatrice de richesse en faisant vivre les familles, les outils des filières et les investissements du territoire. La France a initié une réflexion au niveau Européen sur ce sujet, ce dont se félicite le monde agricole.
Chambres d’agriculture
Le président de la profession et la Chambre d’agriculture, Christophe Canal, a également défendu l’institution particulièrement mobilisée lors de la crise sanitaire et pleinement impliquée dans le plan de relance économique gouvernemental. Il a rappelé qu’elle est totalement investie dans l’accompagnement des transitions agricoles en cours et que ses conseillers sont moteurs dans ces changements fondamentaux (agro-écologie, transition énergétique, décarbonation, adaptation au changement climatique…). Il a donc réclamé en aparté que l’institution puisse bénéficier de moyens financiers suffisants à la mesure de ces missions vitales pour la société. Depuis trop longtemps, l’État transfère aux chambres de nouvelles missions sans aucune ressource en face, ce qui génère des difficultés financières croissantes. En pleine finalisation du contrat d’objectif négocié entre l’État et l’APCA, la profession a profité de cette rencontre pour insister sur le rôle irremplaçable des chambres au cœur de tous les grands enjeux du monde agricole.