• juin 22, 2023
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Alimentation : Un étiquetage toujours problématique

Alimentation : Un étiquetage toujours problématique

Le think tank Agridées organisait fin mai une table-ronde sur le thème « Quel étiquetage alimentaire demain ? ». Dans la nébuleuse des labels publics et privés, il est toujours difficile de trouver un compromis entre les nombreuses exigences du consommateur et la synthétisation des informations.

 

La Commission européenne envisage depuis quelques temps déjà de réviser le règlement sur les denrées alimentaires. Sont notamment concernés la durabilité des aliments, l’origine des produits, et naturellement l’étiquetage qui, idéalement, pourrait être harmonisé pour les 27 États membres. Au-delà de la complexité du sujet, se pose un problème de calendrier. En effet, les élections européennes se tiennent dans moins d’un an et le mandat de l’actuelle Commission européenne prend fin en novembre. Il faut aussi compter sur le volet étiquetage de la législation sur le bien-être animal qui doit être examiné en septembre prochain. « Il n’est pas sûr que ce sujet très politique puisse être traité dans ce créneau temporel », a dit en substance Caroline Bialek, responsable des questions réglementaires et des politiques de consommation à FoodDrinkEurope*. En effet, les États membres ont des positions pour le moins divergentes avec des pays du Sud (Espagne, Italie, Portugal,…) opposés au Nutriscore, des pays qui l’ont déjà adopté (Belgique, France, Allemagne…) et d’autres qui ont leur propre étiquetage, basés sur des références différentes. Il faut aussi compter sur la position des industries agroalimentaires qui pour l’heure n’ont pas décidé si cet affichage nutritionnel devait être obligatoire ou non. « Nous sommes agnostiques », a répondu Caroline Bialek. Les industriels souhaitent seulement que le futur étiquetage européen soit basé sur des preuves scientifiques, indépendantes et robustes. « Il faut aussi qu’il ne soit pas discriminatoire et qu’il s’accompagne d’exemption nutritionnelle pour les personnes fragiles (nourrissons, personnes âgées… », a-t-elle ajouté.

Numérique

Le problème majeur est que chaque maillon direct et indirect de la chaîne alimentaire entend ajouter son grain de sel : qualités nutritionnelles, environnement, bien-être animal, biodiversité, origine, qualité sanitaire (date limite de consommation), etc. Naturellement toutes ces informations doivent tenir sur une étiquette qui ne cache pas le produit et ne rebute pas un consommateur qui fait généralement son choix en moins de cinq secondes dans un rayon de grande surface. Ce que le consommateur sait moins, c’est que derrière l’affichage du bien-être animal expérimenté par Compassion in WorldFarming (CIWF) et La fondation droit animal (LFDA), pas moins de 230 critères existent pour le poulet de chair.« On suit l’animal tout le long de la chaîne : de l’élevage à la commercialisation en passant par l’abattage, le transport, etc. », a expliqué Agathe Gignoux, responsable Affaires publiques du CIWF. Concentrer des centaines voire des milliers d’informations en un pictogramme relève du défi sinon de la quadrature du cercle. « La dématérialisation et le numérique peuvent être une voie à développer grâce aux QR-Codes augmentés », a proposé Olivier Touzé directeur Qualité et développement durable du groupe Les Mousquetaires. Pour lui, cette technique déjà utilisée dans d’autres domaines pourrait voir le jour dans les sept ou dix ans à venir, mais nécessitera des investissements importants pour sécuriser l’ensemble des données. Comme l’ont souligné Olivier Touzé et le député Julien Dive, « on a besoin d’un cadre clair, notamment sur les produits ultra transformés avant que ça ne parte dans tous les sens. Il faut éviter les dérives ». Être complet et simple dans ce domaine nécessitera de mettre tous les acteurs de la chaine alimentaire autour de la table, en tenant compte des attentes des consommateurs. Peut-être faudra-t-il commencer par effectuer un ménage dans la jungle des labels, signes officiels de qualité, mais aussi sur les cahiers des charges et des critères qui gouvernent les Planet score ou autres Ecoscores. « L’analyse du cycle de vie (ACV) n’intègre pas la biodiversité », a illustré Agathe Gignoux. Autrement dit, l’harmonisation européenne n’est pas pour demain.