• mars 25, 2024
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Congrès FDSEA : La sécurité alimentaire, un enjeu stratégique majeur

Congrès FDSEA : La sécurité alimentaire, un enjeu stratégique majeur

Les adhérents de la Fdsea étaient réunis en congrès le 8 mars à Lacapelle-Marival. Le président Stéphane Pons avait invité deux intervenants nationaux pour aborder l’enjeu de la souveraineté alimentaire du pays, le consultant Stéphane Linou et Yannick Fialip, membre du bureau de la Fnsea. La profession attend avec impatience que la souveraineté agricole Française soit officiellement déclarée grande cause nationale.  

 

Une actualité de crise 

Après plusieurs mois de revendications et de manifestations sur notre département comme dans toute la France, les agriculteurs sont aujourd’hui impatients de voir les changements concrets sur leurs fermes. Le gouvernement affirme avoir entendu le malaise paysan, trop de contraintes, de contrôles, des prix non rémunérateurs, une concurrence déloyale des importations… Autant de sujets qui ont été abordés en détail lors de ce congrès avec les intervenants nationaux afin d’y voir plus clair sur les demandes syndicales, les mesures annoncées et le niveau de leur mise en œuvre. Dans son allocution, le secrétaire général, Christophe Bonnet, soulignait « cela fait longtemps que les agriculteurs affirment qu’on marche sur la tête ! Nous avons alerté maintes fois les pouvoirs publics sur le malaise croissant de la profession et commencé les actions syndicales en novembre 2023. Mais rien ne bougeait jusqu’au blocage complet du pays en janvier. Nous espérons maintenant avoir été entendus et nous attendons l’application rapide des mesures promises par le gouvernement. Mais les agriculteurs restent mobilisés pour maintenir la pression… »

 

Les dossiers chauds 

Ce congrès a donné lieu à un long moment d’échange entre les agriculteurs Lotois et les responsables nationaux pour aborder les différents points de la crise. Yannick Fialip, éleveur laitier en Haute Loire, et Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, ont répondu aux questions et éclairci les différents thèmes. L’application de la loi Egalim a été abordée, Yannick Fialip déclarant « c’est une bonne loi mais elle n’est pas respectée par la grande distribution qui la contourne largement par ses approvisionnements Européens ! De plus, on constatait un réel manque de contrôles en magasins. Ceux-ci ont vraiment commencé depuis janvier avec de vraies pénalités à la clé, preuve du non-respect de la loi… ». La profession veut maintenant connaître les motifs et les origines de ces amendes pour pouvoir travailler ces dysfonctionnements avec la distribution. Elle veut récupérer le produit de ces amendes, montants qui devraient lui revenir, pour soutenir ses filières de production. Thierry Roquefeuil soulignait « la grande distribution, emmenée par Michel Edouard Leclerc, ne recherche que les prix les plus bas. Ils veulent être les moins chers et imposent leur poids dans les négociations. Ils savent comment contourner les obligations de la loi Egalim… ». Côté annonces gouvernementales, la Fnsea s’interroge sur le concept de « prix plancher » lancé par le Président de la république. Ce prix deviendrait un prix de référence mais comment le définir et comment le modifier pour tenir compte de l’inflation ? Selon Yannick Fialip, il vaudrait mieux parler de fixation des prix en fonction des coûts de production, ce qui est prévu par la loi Egalim. Autre sujet sensible, la simplification administrative, avec une première revendication simple de la profession, un seul contrôle par exploitation et par an. Les préfets y réfléchissent mais en mesurent la difficulté face à l’emprise de leurs différentes administrations. Enfin, les agriculteurs pointent du doigt la concurrence déloyale des importations en exigeant des clauses miroir pour tous les produits importés. Au niveau ovin par exemple, Etienne Fouché dénonçait les contingents d’agneaux Néozélandais, Australiens ou Chiliens qui arrivent à 10 €/kg, moitié moins que notre agneau Français ! Impossible de s’aligner !

 

Vigilance sur les annonces 

Après le blocage du pays, les négociations sous contrainte avec le gouvernement ont abouti à l’annonce de mesures sensées satisfaire les revendications de la profession. Yannick Fialip se félicitait de ces avancées sur plusieurs sujets sensibles. Il citait entre autres le maintien de la défiscalisation du GNR, le plan d’aide au secteur viticole, le plan de soutien à l’agriculture bio, l’aide aux élevages touchés par la MHE et la FCO, et surtout le dossier phytosanitaire « c’est une avancée majeure car on va changer d’indicateur pour prendre en compte la dangerosité des produits, à l’image des autres pays Européens. On va enfin s’apercevoir que l’agriculture Française a beaucoup diminué la nocivité de ses traitements phytosanitaires. D’ailleurs, nous avons déjà été capables de le faire en santé animale en diminuant de 50 % l’utilisation des antibiotiques… ». La profession a également obtenu l’exonération des jachères mais réclame toujours moins de contraintes sur les mesures comme la BCAE1 ou les zones humides. Elle souhaite aussi un changement du seuil des installations classées pour faciliter l’installation des bâtiments et ne pas être pénalisé par rapport aux pays voisins. Au niveau des installations, le président des JA, Julien Vielcazal, réclamait un meilleur suivi des dossiers par les services du conseil régional et le rétablissement de prêts bonifiés pour les candidats en phase d’installation. Il soulignait la nécessité de relancer l’installation et favoriser la transmission des exploitations en accordant de meilleures retraites aux anciens. Sujet repris par Francis Andrieu, président des anciens exploitants, qui continue de militer pour la revalorisation des retraites des conjoints et aides familiaux, et le calcul sur les 25 meilleures années pour tous.

 

Sécurité alimentaire 

Stéphane Linou intervenait ensuite sur l’histoire alimentaire de notre civilisation. Il rappelait que pendant des millénaires, l’homme a passé son temps à chercher la nourriture. Ce n’est que très récemment, depuis un demi-siècle, qu’il n’a plus à s’en soucier car nous vivons dans un monde d’abondance où il faut juste la choisir. La mise en place d’un modèle de distribution industrialisé, basé sur les circuits longs, fonctionne grâce aux transports et donc à l’énergie pas chère et omniprésente. Ces infrastructures ont amené la spécialisation des territoires et détruit les circuits courts. Il soulignait que les magasins n’ont aujourd’hui que deux jours de stock en moyenne ! Par ailleurs, le renchérissement de l’énergie provoque une inflation non maîtrisée. En cas de rupture de la chaine d’approvisionnement, c’est la catastrophe, comme l’a montré l’épidémie de Covid. Il militait donc pour une prise de conscience politique de cette insécurité alimentaire et appelait les collectivités locales à mettre en place un minimum d’approvisionnement par circuit court local. Seule solution pour rééquilibrer les chaines de valeur en faveur des producteurs. Cela passera par la priorisation de l’alimentation qui doit redevenir une constante de la souveraineté du pays. La France jouit de territoires agricoles exceptionnels et peut assurer son autonomie alimentaire. Mais cela nécessite la sanctuarisation des moyens de production, la préservation du foncier, le stockage de l’eau pour l’irrigation, le maintien de nombreux paysans sur tout le territoire. Un débat s’ouvrait ensuite avec l’assemblée largement acquise à cette vision d’avenir.