• février 5, 2026
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Entretien. Claire Raulin, ancienne préfète du Lot, s’adresse au monde agricole lotois

Entretien. Claire Raulin, ancienne préfète du Lot, s’adresse au monde agricole lotois

Avant son départ le vendredi 30 janvier, Claire Raulin, la préfète du Lot, a accordé un entretien à la Défense paysanne. L’occasion de faire un tour d’horizon de l’agriculture lotoise par la représentante de l’Etat, qui s’est fortement impliquée dans la vie des agriculteurs du département au cours de sa mission. 

Défense Paysanne : Est ce que vous avez ressenti un décalage entre l’idée que vous vous faisiez du monde agricole dans le Lot et la réalité du terrain, ce que vous avez vécu une fois arrivée ?

Préfète : “Je connaissais bien le Lot avant d’y arriver comme préfète, je suis originaire d’un département limitrophe, le Cantal. Pour moi, l’agriculture lotoise est très diversifiée, tournée vers la qualité et connue pour sa grande résilience. Je savais que l’agriculture serait un enjeu majeur de ma mission parce que c’est une activité extrêmement importante, d’un point de vue économique mais aussi pour l’aménagement du territoire. Dès mon arrivée, j’ai noué le dialogue avec la profession, notamment lors des manifestations agricoles. L’objectif était de comprendre les problèmes spécifiques dans le Lot, de pouvoir défendre les intérêts de l’agriculture lotoise, et de trouver des solutions pour soutenir les agriculteurs lotois qui rencontrent des difficultés liées aux aléas climatiques, aux évolutions de marché et aux problèmes sanitaires. Je suis allée dans les exploitations, à la rencontre des manifestants, nous avons beaucoup échangé. Et je crois que tout cela nous a permis d’avancer, même si l’agriculture française et lotoise traversent une phase difficile.”

 

DP : L’Occitanie a été récemment qualifiée de région agricole la plus pauvre de France. L’économie agricole lotoise est aussi en difficulté, malgré des efforts. Comment vous envisagez l’avenir de l’agriculture dans le Lot ?

Préfète : “Au niveau national, l’agriculture fait face à des difficultés, notamment s’agissant du revenu, sujet qui fait l’objet de discussions entre le Gouvernement et la profession. C’est notamment l’enjeu de la prochaine réforme de la politique agricole commune (PAC). L’objectif du gouvernement, comme s’y est engagé le Premier Ministre, c’est de garantir le même niveau de crédits pour la prochaine période de la PAC, jusqu’en 2034. Le deuxième enjeu, c’est d’assurer et de renforcer des conditions de concurrence loyales. Vous connaissez la position de la France sur le Mercosur. Notre gouvernement demande des clauses de sauvegarde pour protéger les agriculteurs et des clauses miroirs pour ne pas autoriser dans l’UE, des productions qui utiliseraient des substances non autorisées dans l’UE. Et le troisième champ, c’est le revenu à travers les évolutions de la loi Egalim et les relations avec la distribution. Nous travaillons à renforcer l’agriculture dans sa capacité à produire et à exporter. La France est le premier exportateur agricole du continent, mais pour la première année depuis très longtemps, elle a une balance déficitaire.

A l’échelle locale, dans le Lot, on trouve souvent des exploitations de taille moins importante que la moyenne des exploitations françaises avec des productions diversifiées. Cela assurait une certaine résilience, mais le changement climatique a bouleversé la situation. Le Lot est l’un des départements d’Occitanie qui fera probablement partie des plus touchés par les aléas climatiques, avec une augmentation des températures de 4° d’ici 2100. Cependant, il est aussi l’un des plus en avance sur l’adaptation de l’agriculture au changement climatique. Il bénéficie en particulier de projets portés par la profession et par l’Etat sur la conservation des sols, les techniques agricoles en cas de réchauffement climatique, l’autonomie fourragère pour les élevages, les sujets aussi d’installation, de transmission et d’investissement dans les exploitations. Comment garantir une installation dans de bonnes conditions et comment permettre l’investissement ?

Et enfin, l’État se mobilise dans le Lot pour pouvoir accompagner les filières en difficulté comme la viticulture, qui connaît des difficultés sans précédent en termes d’aléas climatiques, de marché, de capacité à équilibrer son activité et de restructuration (20 % du vignoble lotois a été arraché depuis 2023). C’est aussi le cas de  la noix et des grandes cultures, qui ont connu un effondrement des prix. Enfin, je suis préoccupée par la situation de l’élevage qui décélère peut-être plus vite que dans d’autres départements. Le Lot est un département avec beaucoup d’élevage : 120 000 bovins, 180 000 brebis et moutons. On perd de plus en plus d’animaux dans le Lot, alors que les cours n’ont jamais été aussi hauts, que ce soit le lait ou que ce soit la viande. J’ai été au contact des éleveurs et des producteurs de lait pour essayer de comprendre la situation. Ils répondent qu’ils ont un très bon prix, mais qu’ils rencontrent des problèmes d’investissement et de transmission de leur exploitation. C’est un sujet sur lequel nous devons travailler avec toutes les parties prenantes pour essayer de dégager des solutions.
DP : La question de l’eau est primordiale dans l’agriculture. Que pouvez-vous dire de la situation dans le Lot et les difficultés spécifiques auxquelles il fait face ?

Préfète : Beaucoup de progrès ont été faits sur l’eau ces dernières années, qui doivent être poursuivis. Le Lot est traversé par deux grandes rivières, le Lot et la Dordogne, dont on a besoin aussi pour prélever notre eau potable, et soutenir l’étiage, tout en permettant l’accès à l’eau agricole. Nous avons travaillé sur le Quercy blanc, une zone où il y a une tradition d’irrigation qui doit être accrue pour s’adapter au changement climatique . On a essayé de remobiliser des volumes pour la profession, d’abord avec des aides au curage (2022-2023) et depuis, on travaille à étendre et créer les plans d’eau nécessaires comme à assurer la déconnection de ceux qui existent, pour que les agriculteurs puissent utiliser l’eau toute l’année. En quatre ans, nous avons gagné 300 000 m³, l’équivalent de plus d’’une trentaine de plans d’eau de taille moyenne, 60 % de l’effort ayant porté sur le Quercy blanc. Nous menons aussi des réflexions sur la vallée du Lot, autour de la vallée de la Dordogne et dans le Ségala pour assurer l’accès à l’eau agricole. En 2024, nous avons mobilisé le fonds hydraulique de l’Etat pour subventionner trois projets. Nous travaillons aussi pour voir comment financer ces projets de plans d’eau et de retenues collinaires, alors qu’il est parfois difficile pour les agriculteurs de les financer à un niveau élevé. C’est pourquoi avec la chambre d’agriculture et les autres co-financeurs nous allons essayer de trouver des solutions pour faciliter ces travaux.

 

DP : L’agriculture française a traversé de nombreuses crises sanitaires. Quel regard vous portez sur la gestion de ces crises. Comment fait-on face à ces situations au niveau local ?

Préfète : Le Lot a été très touché ces dernières années par une série de maladies. La grippe aviaire, la fièvre catarrhale ovine (FCO), la maladie hémorragique épizootique (MHE). L’Etat a travaillé avec le GDS et la profession pour lutter contre les épizooties, pour accompagner les éleveurs et porter les dossiers au niveau national. Sur la grippe aviaire, après une période difficile en 2022, la stratégie de vaccination mise en place par l’État a porté ses fruits. Cela nous a permis d’éviter la survenue de nouveaux cas de grippe aviaire dans les élevages. Sur la fièvre catarrhale ovine, nous avons mené un travail partenarial, alors que le département était très touché par la maladie en 2023 et 2024. Il y a eu des progrès, encore une fois avec la vaccination, une meilleure détection et une meilleure coordination entre les acteurs. La stratégie a permis d’assurer une meilleure immunité des troupeaux. On a observé une situation similaire pour la MHE. Nous n’avons fin 2025 qu’une quarantaine de cas de FCO et zéro de MHE. S’agissant de la dermatose nodulaire contagieuse, il n’y a pas de cas dans le lot, il n’y a plus de cas déclarés en France depuis le 2 janvier et la couverture vaccinale est atteinte dans la zone du Sud-Ouest (dont huit départements d’Occitanie). Et nos éleveurs n’ont pas eu à subir les conséquences économiques qu’aurait entraînée une éventuelle vaccination des bovins du Lot.

DP : Quel est votre meilleur souvenir dans le cadre de votre mission dans le Lot ?

Préfète : Le dialogue avec les agriculteurs. Le Lot est un département profondément rural dont l’identité repose sur l’agriculture et ceux qui la font. J’ai pris le temps de parler au monde agricole, dans les réunions et les temps d’échange à la préfecture, à la chambre ou ailleurs, dans les exploitations et en allant à la rencontre des manifestants, y compris sur les ronds-points. Mon sentiment est que nous avons avancé, malgré les difficultés.

DP : Quel produit lotois aimeriez-vous revoir dans votre assiette ?

Préfète : Absolument tout, tellement la qualité des produits est au rendez-vous. Il suffit d’aller sur le moindre marché ou la moindre exploitation pour le constater. C’est quelque chose dont il faut être fier, et qu’il faut continuer à faire grandir, en mettant tous la main à la pâte. Je souhaite beaucoup d’avenir à l’agriculture lotoise et à la diversité de ses productions.