- mars 6, 2026
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Entretien. Trois questions à Thierry Pouch, économiste à la chambre d’agriculture France
Thierry Pouch a honoré la session du 3 mars 2026, à la chambre d’agriculture du Lot. Il a abordé plusieurs sujets d’actualité concernant l’agriculture, avec un focus particulier sur la région Occitanie et le département du Lot. Il a également répondu à trois questions de la Défense paysanne.
Défense paysanne : Dans un monde d’instabilité politique et climatique, quelle est votre vision de l’avenir de la polyculture/élevage, qui caractérise le Lot ?
Thierry Pouch : Toute l’agriculture a un avenir, il n’y a pas de doute là-dessus. Pour la polyculture et l’élevage, on parle davantage qu’avant. On a entendu qu’avec le déclin de l’élevage, on allait privilégier le végétal. Mais généralement, on s’est aperçu qu’il valait mieux produire de l’animal, pour diverses raisons. Cependant, il existe un bémol, le fait de réintroduire de l’élevage implique des contraintes. En France, l’élevage est un peu stigmatisé pour des raisons écologiques, notamment pour les émissions de gaz qu’il engendre. Il a toutefois des atouts, et demande des savoir-faire. A l’époque, c’est ce qui avait fait le développement de l’agriculture du Lot. Dans le contexte actuel, il y a un effort assez colossal à faire pour anticiper l’évolution des choses, des paramètres agricoles et alimentaires et politiques à prendre en compte. Des entreprises commencent à intégrer des cellules de réflexion pour réfléchir à la situation géo-politique ? Il faut savoir anticiper. Les organisations agricoles doivent essayer d’investir pour développer des cellules de réflexion. C’est déjà fait au niveau de certains risques (humain, alimentaire, climatique), et il faut ajouter ce versant géopolitique.
D.P : Nous assistons de plus en plus à des fusions de petites coopératives. Comment imaginez-vous l’avenir des coopératives françaises ?
T.P. : Le modèle des coopératives tel qu’il avait été instauré pour accompagner le développement de l’agriculture à l’époque est remis en cause aujourd’hui. Je crois que la taille des coopératives était un peu à l’étroit au regard de l’économie. D’après le monde de l’industrie et les coopératives elles-mêmes, il y avait une nécessité d’atteindre une taille critique. La question qui se pose c’est : est ce qu’on peut encore appeler ça des coopératives ou plutôt des entreprises de gros ?
D.P. : L’économie française agricole est basée sur la qualité des produits. Pensez-vous que nous sommes arrivés à un point de bascule puisque le consommateur n’a plus les moyens de manger de la qualité ?
T.P. : Il existe des contraintes sur la vie quotidienne : inflation, prix du gaz, pétrole, frais de santé. Automatiquement, les dépenses dans l’alimentation ont diminué. Tant que l’on aura des pressions inflationnistes, on aura un comportement du consommateur qui préférera épargner, diriger ses dépenses vers la santé, au détriment de l’alimentation et de la qualité. Une augmentation des salaires permettrait d’effectuer des arbitrages différents et de financer le poste alimentaire avec une consommation de qualité à la clé. A noter également que le chômage repart à la hausse, et que le contexte international amène les Français à davantage épargner. L’épargne n’a jamais été aussi haute en France.
