- juin 2, 2026
- 0
Entretien. « Cétait tabou », Jacques Ferrand, viticulteur, à propos de la transmission de son exploitation
©DPL
Jacques Ferrand, 59 ans, est agriculteur depuis 42 ans à Glanes (Lot). D’abord aidant familial sur l’exploitation de son père, il la reprend en 1989 et devient chef d’exploitation. À l’approche de la retraite, il nourrit le souhait de transmettre ses terres.
L’exploitation de Jacques Ferrand est composée de cinq hectares de vignes et de cinq hectares de noyers. “Au départ, il y avait des vaches, mais j’ai arrêté l’élevage au début des années 90 pour me concentrer sur le vin et les noix.” Concernant la production de noix, il travaille avec une coopérative de grande envergure depuis 1995, LIPEQU (Limousin, Périgord, Quercy), qui rassemble des centaines d’adhérents. Un géant comparé à la modeste coopérative viticole dont il fait partie. “Nous étions un GAEC de 1976 à 1992, année où il s’est transformé en cave coopérative appelée Les Vignerons du Haut-Quercy, avec les mêmes producteurs. Nous sommes passés de l’un des plus gros GAEC de France, à l’une des plus petites coopératives du pays”, sourit Jacques Ferrand.
« Je ne voulais pas faire de démarches »
La question de la transmission ne lui est apparue que récemment, en mars dernier. Avant, il refusait de l’envisager. “Au départ, je ne voulais même pas faire de démarches. J’étais un peu fataliste, je pensais que personne ne voudrait de mon exploitation. C’était tabou, je n’osais pas en parler. J’ai finalement passé le cap en rencontrant des organismes (Cauvaldor, Chambre d’agriculture, Safer et Cerfrance) lors d’une réunion, il y a quelques semaines. Nous avons fait le point et j’ai pu évoquer une source d’inquiétude, celle du stock. J’ai la valeur de 1,5 an d’avance, ce qui est logique, puisqu’au 31 décembre, j’ai toujours toute la récolte du mois de septembre. Donc la personne qui va reprendre devra attendre plus d’un an avant de pouvoir gagner de l’argent”, décrit-il. Une situation courante en viticulture, qui n’empêche pas la reprise des exploitations. Jacques Ferrand, dont le départ à la retraite aura normalement lieu d’ici deux ans et demi, insiste sur l’intérêt de reprendre sa production, et notamment viticole. “La vigne, je sais que l’on peut en vivre. J’ai un portefeuille de clients, la cave coopérative a une belle image de marque, nous avons du matériel déjà amorti et l’investissement de départ est limité, c’est viable”, liste-t-il. Comme matériel personnel, il ne dispose que d’un tracteur et d’un atomiseur. Pour le reste, il emprunte à la coopérative, où à une CUMA qui se situe également à Glanes.
Un regain d’espoir
Jacques Ferrand n’a personne dans son entourage pour reprendre l’activité. “J’ai une fille qui vit à Angoulême et une belle-fille qui est infirmière aux États-Unis. Donc elles ne reprendront pas”, explique-t-il. Cependant, il a récemment rencontré un jeune qui souhaite s’installer prochainement. Il raconte : “J’ai discuté avec lui, il semble avoir les pieds sur terre et avoir conscience de la réalité. Pour l’instant, rien n’a été engagé, mais cela m’a redonné un peu d’espoir quant à la possibilité de transmettre. J’ai aussi échangé avec le centre de gestion, quant à la possibilité de vendre une partie de mon stock au repreneur, pour que la personne puisse commencer à avoir des revenus plus rapidement. Mais cela n’empêche pas qu’il faille un investissement au départ. » Jacques Ferrand reste lucide. “Cela peut être un frein pour un jeune de devoir avancer de l’argent ». S’il ne trouve pas de repreneur, ses parcelles seront réparties entre ses voisins. Mais il le rappelle : “Ce n’est pas mon but.”
Pour l’aider à trouver un repreneur, l’agriculteur évoque un système qu’il a découvert récemment : “Il est possible de prendre des stagiaires qui peuvent reprendre par la suite, avec un accompagnement ; je trouve cela intéressant.” Pour le moment, il n’a jamais accueilli de stagiaire.
La vigne et les bâtiments
« Notre vignoble a une surface totale de 45 hectares, répartie sur sept communes (Glanes, Belmont, Bretenoux, Cornac, Prudhomat, Saint-Laurent-les-Tours et Saint-Michel-Loubéjou). C’est dommage de ne pas en profiter, car les bonnes années, nous arrivons à produire pas loin de 400 000 bouteilles et nous les vendons toutes. Et nous ne vendons pas en vrac, donc il n’y a pas de pertes. » Il poursuit : “Nous avons un IGP (indication géographique protégée), Côtes de Glanes. Nous faisons tout nous-mêmes. Je m’occupe de la vendange, de la vinification, de la mise en bouteille et enfin de la vente. Tous les coopérateurs sont responsables de la vente, des paiements et des clients, et nous sommes rémunérés par la cave coopérative, après avoir vendu notre vin”, détaille l’agriculteur. Chaque producteur vend le même vin, au même tarif, produit dans les mêmes conditions. Environ 50 % de leurs clients sont des particuliers, le reste est constitué de revendeurs. Aujourd’hui, 80 % du chiffre d’affaires de l’agriculteur provient du vin. Au niveau du bâtiment, Jacques Ferrand dispose d’une vieille grange et d’un hangar dont il se sert pour stocker son tracteur et quelques outils et sécher les noix.
En conclusion, il déclare : « Je souhaite transmettre, car je serais fier que l’exploitation soit conservée en l’état. Ces terres appartiennent à ma famille depuis plusieurs générations, c’est mon patrimoine, il a une histoire. Cela me ferait mal au cœur que cela ne soit pas repris. J’y suis très attaché. »
