- juillet 2, 2026
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Communiqué. Station expérimentale de Creysse, des innovations et des solutions pour l’avenir des noyeraies
Vendredi 26 juin, la Station Expérimentale de Creysse ouvrait ses portes au public pour une matinée dédiée au noyer, entre apports scientifiques et présentations d’essais en verger. Cet événement gratuit proposait une approche progressive, depuis les connaissances fondamentales jusqu’aux résultats expérimentaux appliqués au terrain.
La matinée a débuté à 9 heures par une intervention en salle consacrée au fonctionnement écophysiologique du noyer, dans un contexte de changement climatique. Les projections indiquent une augmentation des températures de +2 à +6 °C d’ici 2100, ce qui constitue une variation majeure pour les systèmes arboricoles. Ces évolutions se traduisent déjà par des modifications importantes : phénologie plus précoce, maintien du risque de gel tardif, augmentation des sécheresses et perturbations globales du fonctionnement des arbres. Le noyer apparaît particulièrement sensible à ces contraintes, notamment à la disponibilité en eau. La circulation de la sève, dépendante du continuum sol–plante–atmosphère, peut être affectée par la cavitation, phénomène limitant le transport de l’eau et donc la croissance de l’arbre. De manière générale, la sécheresse et le gel sont identifiés comme les principaux facteurs limitant la production et la distribution du noyer, expliquant son implantation privilégiée en zones de plaine à sols.
Des projets pour adapter la production
Dans ce contexte de contraintes accrues, les présentations au verger ont permis d’illustrer les leviers mobilisés pour adapter les systèmes de production. Plusieurs projets ont été présentés, couvrant des approches complémentaires, allant de la sélection variétale aux stratégies de protection des vergers. Par exemple, le projet « Matériel végétal » met en avant le rôle central de la sélection variétale pour répondre aux attentes des producteurs. Les critères recherchés intègrent la productivité, l’adaptation au changement climatique, la tolérance aux maladies ou encore la facilité de cassage. Environ 2 600 hybrides sont ainsi évalués dans un processus long pouvant atteindre plusieurs décennies avant la commercialisation. Parmi les nouvelles variétés présentées, certaines combinent précocité, qualité de cerneau et potentiel de rendement à l’instar des trois dernières variétés récemment inscrites : Dorianne, Charlette et Germaine.
Les dépérissements et maladies fongiques
Parallèlement, les recherches sur les dépérissements, menées dans le cadre du projet CANDIDE, soulignent la complexité des facteurs en jeu. Le dépérissement est défini comme un affaiblissement progressif résultant de l’interaction de multiples facteurs (climat, sol, pratiques, pathogènes), et ne correspond pas à une maladie unique. Les premiers résultats confirment que le bilan hydrique est un facteur déterminant : déficit comme excès d’eau fragilisent les arbres, ce dernier favorisant notamment l’apparition de pathogènes comme Phytophthora.
La gestion des maladies fongiques constitue un autre enjeu majeur. Le projet MAGIC met en évidence l’existence d’un complexe fongique impliquant plusieurs genres (Botryosphaeriaceae, Diaporthe, Colletotrichum, Fusarium), responsable de symptômes tels que les noix noires et les nécroses de rameaux. Ce complexe fongique est dénommée PAN (Parties Aériennes du Noyer). Les observations confirment une forte influence du climat, avec des pathogènes favorisés par les pluies ou les fortes températures. Les leviers étudiés reposent notamment sur la prophylaxie, la gestion globale du verger et le biocontrôle, avec des micro-organismes prometteurs en cours d’évaluation au laboratoire mais à éprouver sur le terrain.
Lutte contre les ravageurs
Concernant la protection contre les ravageurs, plusieurs approches sont testées. Le projet PARASIT explore la lutte biologique contre le carpocapse à l’aide de trichogrammes, parasitoïdes capables de détruire les œufs du ravageur. Les essais montrent une bonne capacité de dispersion dans le verger et une réduction des dégâts : 0,08 % de fruits attaqués par le carpocapse avec la modalité avec les trichogrammes contre 2,63 % pour le témoin. Dans le même objectif de réduction des intrants, le projet PHAG-2S s’intéresse à l’utilisation de bactériophages contre la bactériose du noyer. Les résultats indiquent une diminution des surfaces nécrosées et des feuilles tombées, ainsi qu’une réduction significative des noix bactériosées dans les modalités traitées. Une amélioration du calibre est également observée, avec +20 % de noix supérieures à 38 mm. Enfin, le projet PACTE se concentre sur la punaise diabolique, ravageur en expansion depuis 2013. Les premiers suivis montrent des captures d’adultes dès mi-mai, une présence larvaire importante en été et des dégâts caractérisés par des piqûres sur le brou. Ces observations confirment la pression croissante de ce ravageur et la nécessité de développer des stratégies de gestion adaptées.
Au croisement de ces travaux, la matinée, qui a pris fin à 13 heures, a mis en évidence une évolution profonde des enjeux en noyeraie : adaptation au changement climatique, réduction des intrants, amélioration génétique et compréhension globale du fonctionnement des vergers. L’ensemble des essais présentés illustre une transition vers des systèmes plus résilients, fondée sur la combinaison de leviers agronomiques, biologiques et génétiques.
Roseline Teillard – Technicienne Arboriculture – CA 46
r.teillard@lot.chambagri.fr – 05 65 37 81 38
