Le Lot avec ses voisins de l’Occitanie a participé du 21 au 23 septembre dernier au 75e congrès de la FNSEA à Niort.
Un congrès placé sous le signe des retrouvailles post-covid où tous les participants avaient à cœur de partager des moments d’échanges, de convivialité.
Un congrès en plusieurs temps avec des huis-clos où les échanges entre le bureau de la FNSEA et les régions et départements ont permis à tous de prendre la mesure de l’état des campagnes françaises et des problématiques auxquelles sont confrontées les agriculteurs. Que faire ? Quel avenir pour la FNSEA et nos campagnes ?

FNSEA 2025 : le grand projet
La FNSEA a présenté sa stratégie syndicale de conquête. Il ne faut pas l’oublier la FNSEA est le syndicat agricole MAJORITAIRE, et cette institution s’adapte sans cesse. Ainsi, devant les 1200 congressistes, la FNSEA a mobiliser les troupes en présentant une vision d’avenir, le projet #FNSEA 2025.
L’objectif affiché est de « déployer une stratégie syndicale de conquête », a clairement affirmé Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA. Conscient que la démographie agricole va aussi peser sur le nombre d’adhérents, quelle que soit la structure syndicale, l’organisation agricole entend « élargir son champ de vision » et partir à la reconquête des agriculteurs en privilégiant « la proximité et l’attractivité », a expliqué Patrick Bénézit, secrétaire général adjoint. « Il nous faut des élus impliqués, une équipe de terrain et une offre de services attractives », a-t-il ajouté, indiquant vouloir « mieux former les élus syndicaux locaux ».
Avec l’ambition de faire de la stratégie syndicale un « objectif prioritaire », Hervé Lapie, secrétaire général adjoint, a précisé que cet objectif inclura une « culture de l’évaluation, avec des indicateurs et des reportings » et qu’un « état des lieux du réseau » serait lancé pendant la tournée syndicale prévue cet hiver.
« Nous nous reconnaissons dans les réflexions et la problématique de la FNSEA », a pour sa part concédé Arnaud Gaillot, secrétaire général de JA qui travaille « avec ses spécificités » sur le projet d’identité des jeunes agriculteurs. « La jeune génération est défiante. Même si c’est un phénomène de société, il faut la regarder en face », a-t-il lancé.
Pour Joël Limouzin, président du Fonds national agricole de mutualisation sanitaire et environnemental (FMSE) pour qui « la force de notre réseau FNSEA, c’est de répondre à l’intérêt général et nos valeurs de solidarité ».
« On veut ouvrir les portes et les fenêtres pour accueillir de nouveaux profils », a déclaré la présidente Christiane Lambert.
En 75 ans d’existence, la FNSEA « a beaucoup changé mais on reste parfois présentés comme des méchants productivistes », regrette-t-elle.
L’organisation se voit régulièrement reprocher d’avoir entraîné les agriculteurs dans une course aux rendements qui a épuisé les hommes et les sols. Aujourd’hui, le syndicat rappelle que les agriculteurs sont des « écologistes experts », inquiets du changement climatique et désireux d’agir.
La ruralité au centre de la question
L’autre temps fort du congrès a été la présentation du « Manifeste pour des ruralités vivantes »
N’assisterions-nous pas à un nouvel appel de la terre, à une nouvelle attractivité des campagnes ? En effet, le confinement lié au coronavirus a provoqué un départ précipité de certaines grandes villes, comme Paris. « 430 000 Parisiens ont fui la capitale  pendant le Covid », a expliqué le sociologue Jean Viard qui intervenait à la tribune du congrès de la FNSEA. Mais les tendances semblent plus lourdes. En effet, les campagnes ont gagné plus de cinq millions d’habitants entre 1968 et 2014 et les démographes estiment qu’elles gagneront « bientôt 100 000 habitants supplémentaires par an », a ajouté Henri Bies-Péré, 2e vice-président de la FNSEA.
Modus vivendi
Cependant l’arrivée des néoruraux suscite légitimement des questionnements et des inquiétudes autant sur le partage de cet espace que sur son mode de développement et de croissance futurs. «  Car la ruralité n’est pas réservée qu’aux seuls agriculteurs » et le Covid a rebattu les cartes, « remettant en cause notre rapport à la nature » et créant « une véritable rupture culturelle qui ne fait que commencer », a affirmé Jean Viard. Pour lui, un nouvel usage du territoire est en train d’émerger ne serait-ce que parce que les agriculteurs ne représentent que 440 000 exploitations au milieu de 16 millions de maisons individuelles avec jardin. « C’est pourquoi, il faut trouver un « modus vivendi avec les néo-ruraux pour fédérer les habitants et développer des projets de territoires », a indiqué Henri Bies-Péré pour qui « il n’y aura pas de relance économique en France s’il n’y en a pas dans les zones rurales »
Des ruralités
Dans ce manifeste qui n’est pas sans rappeler la charte du monde rural signée il y a 30 ans après le Dimanche des Terres de France le 29 septembre 1991, la FNSEA formule dix propositions d’urgence parmi lesquelles, « faciliter l’installation et la transmission en milieu rural pour atteindre 100 000 entreprises durables reprises ou nouvellement implantées dans des communes très peu denses d’ici 2030 », « faire de nos exploitations agricoles et de nos entreprises rurales les moteurs de l’atteinte de la neutralité carbone dans nos territoires » ou encore « revitaliser 10 000 centres-bourgs d’ici 2050 » et « encourager les investissements durables ». Ces propositions permettront, selon la FNSEA, de relever quatre défis : celui de l’emploi ; celui du dialogue avec tous les acteurs locaux (élus, entreprises, associations…) ; le défi climatique et enfin le vivre ensemble. Si le cadre est fixé, les réponses ne seront pas « homogènes », a conclu Jean Viard qui souligne qu’il existe « des ruralités ».

 

Entre sujets syndicaux et élections de 2022

Le « manifeste pour des ruralités vivantes » permet aussi à la FNSEA de se positionner en vue des prochaines élections. Ainsi ce document de 16 pages, cosigné par une vingtaine d’organisations sera l’une des pierres angulaires du syndicat en vue des prochaines échéances électorales : présidentielle et législatives. À quelques mois de l’élection présidentielle, la FNSEA a profité de son 75e congrès, les 22 et 23 septembre à Niort, et de la présence du ministre de l’agriculture, pour dresser la liste de ses attentes vis-à-vis du gouvernement. Les sujets de la rémunération, de la déclinaison de la future Pac, de la transition agroécologique, ou encore des retraites ont ainsi été évoqués devant Julien Denormandie qui a de son côté défendu son bilan, sa méthode et sa volonté d’agir jusqu’au bout des six mois restants.

Un ministre à l’écoute de la profession

Invité en conclusion de la dernière journée, le Ministre de l’Agriculture a, une nouvelle fois, réaffirmé son engagement sur l’ensemble des nombreux points d’actualité soulevés par la présidente du syndicat.

EGAlim 2 : une loi pour des espoirs floués

Alors que la proposition de loi pour protéger la rémunération des agriculteurs adoptée en même temps que se tenait le congrès, avec des modifications, par le Sénat, Christiane Lambert, comme Samuel Vandaele avant elle, a rappelé les espoirs déçus par la loi Égalim, et l’importance des mécanismes de transparence dans la loi à venir. Pour le ministre, l’objectif est désormais de « conclure ce texte le plus rapidement possible ».

La préservation de l’agriculture française

La cohérence entre le Pacte Vert de la Commission européenne et la politique commerciale de l’UE est également un sujet d’inquiétude sur lequel a insisté la présidente de la FNSEA, alors que la France doit prendre la présidence du Conseil de l’UE au premier semestre 2022. L’étude d’impact de la stratégie Farm to fork conclut en effet une réduction de la production de 10 à 15 %, une baisse des revenus agricoles, et une augmentation des importations qui anéantirait 50 % des efforts mis en place pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, rappelle Christiane Lambert. Si les clauses miroirs, la taxation carbone aux frontières, ou encore le développement des protéines seront au cœur des sujets de la France, « j’ai trois priorités : la réciprocité, la réciprocité, et la réciprocité », a asséné Julien Denormandie.   Le ministre a également promis de défendre l’agriculture au sein du grand plan d’investissement France 2030, l’investissement étant selon lui nécessaire pour accélérer la transition indispensable et ardemment demandée par la société. « On y arrivera encore plus vite si on associe création de valeur environnementale et création de valeur économique », a défendu Julien Denormandie

L’eau

Le ministre a également rappelé les avancées à son actif sur le sujet de la gestion de l’eau, à travers le décret sur la gestion quantitative des usages de l’eau : « cela fait 15, 20 ans qu’on l’attend », souligne-t-il. La profession n’ a pas manqué de rappeler que le Varenne de l’eau doit également permettre un accès à l’eau afin de sécuriser les exploitations aujourd’hui et demain. Certains ont rappelé que le bon sens serait de pouvoir stocker une partie du surplus d’eau qui tombe l’hiver afin de s’en servir l’été en cas de sécheresse et ainsi permettre des récoltes.

La réforme de l’assurance en vigueur dès 2023

Autre chantier d’ampleur lancé par le ministre dans le cadre du Varenne de l’eau dont le premier axe est celui de la gestion des risques. « Le monde agricole ne peut pas s’assurer seul face au changement climatique », a rappelé Julien Denormandie. Suite aux annonces du président de la République aux Terres de Jim, le projet de loi doit être présenté en conseil des ministres début décembre, pour un premier passage à l’Assemblée nationale mi-janvier, « pour entrer en vigueur dès début 2023 », explique le ministre.