La lutte directe contre les pucerons d’automne, vecteurs de la Jaunisse Nanisante de l’Orge (JNO) est une thématique étudiée par Arvalis Institut du Végétal depuis de nombreuses années.
L’utilisation d’un insecticide en végétation ne garantit pas une protection totale. L’observation, le positionnement de l’insecticide et la combinaison avec des leviers agronomiques (date de semis décalée, choix variétal en orge) sont les clés de réussite de la lutte contre la JNO.

Fonctionnement de l’infection JNO
Les pucerons transmettent des virus qui sont responsables des dégâts observés. Il existe plusieurs espèces de virus qui peuvent coexister dans la plante, avec des variantes plus ou moins agressives.
Les plantes sont très sensibles à l’infection virale dès le stade 1 feuille et jusqu’à début montaison. Lorsque les symptômes apparaissent (sortie d’hiver, courant février en général), il n’existe plus aucune solution de lutte curative.
La nuisibilité des infestations de pucerons varie en fonction de leur pouvoir virulifère, de leur capacité à infecter les plantes, de leur nombre, de la durée de présence dans la parcelle, de la sensibilité de la culture (stade, espèce) et des conditions climatiques propices à la multiplication des virus (hiver doux) et amplifiant plus ou moins les symptômes (stress au printemps).
A ce jour, l’analyse de risque repose uniquement sur les observations de pucerons réalisées directement sur les plantes dans les parcelles.
Les moyens de caractériser correctement le pouvoir virulifère des pucerons, le risque selon l’espèce de puceron ou la prévision des risques basée sur des conditions agro-météorologiques n’ont malheureusement pas encore démontré leur efficacité.
Lutte indirecte : des leviers efficaces
L’orge d’hiver est plus sensible au virus que le blé tendre. Sur orge, la JNO entraine assez fréquemment des pertes de plantes et d’épis, alors que sur blé cette maladie affecte plus généralement le remplissage des grains. A situation comparable en termes de localisation géographique et de date de semis, la nuisibilité est environ deux à trois fois plus élevée sur orge d’hiver comparativement au blé tendre d’hiver.

Il existe deux leviers pour gérer les risques de JNO : la date de semis pour les céréales et le choix de la variété en orge d’hiver.
La plage de semis optimale dans notre région se situe entre le 20 octobre et le 10 novembre. Choisir les dates les plus tardives de la plage recommandée (avec des variétés adaptées) permet de réduire dans une certaine mesure le risque de viroses.


Les variétés d’orge d’hiver tolérantes à la JNO sont robustes

Plusieurs variétés d’orge d’hiver sont tolérantes à la JNO. Même si des pucerons peuvent coloniser les plantes de ces variétés, leur transmettre le virus de la JNO et occasionner quelques symptômes de JNO (décolorations de bouts de feuilles), les pertes de rendement liées à cette virose sont négligeables alors que, dans de mêmes conditions, les variétés d’orge sensibles peuvent perdre plus de 50 % de rendement.
L’observation des pucerons est primordiale
Sur jeune plante, les pucerons sont assez facilement visibles sur les feuilles à condition de respecter quelques règles pour l’observation :

  • Privilégiez les conditions ensoleillées, durant les heures les plus chaudes de la journée (fin de matinée et début d’après-midi).
  • Privilégier les zones à risque (proches des haies ou de réservoirs potentiels tels que des bandes enherbées, jachères, maïs) et rechercher la présence de pucerons sur des séries de 10 plantes consécutives (plusieurs lignes de semis).
  • Tôt le matin ou en conditions froides et pluvieuses, les pucerons sont beaucoup plus difficiles à voir car ils sont souvent positionnés à l’insertion des feuilles ou au pied des plantules.

Figure 2 : Différences de comptages selon la période d’observation (Site du Magneraud (17)) – Source Arvalis

Les indicateurs climatiques comme les températures peuvent aussi interpeler sur le niveau de risque. Des températures supérieures à 12°C à l’automne sont favorables aux vols des pucerons ailés. Si les précipitations peuvent limiter les nouvelles arrivées d’ailés dans la parcelle, elles affectent peu la prolifération et la dissémination des pucerons aptères dans les parcelles dès lors que les températures restent douces (supérieures à 5°C). L’absence de gels significatifs (plusieurs jours consécutifs avec des températures négatives) doit inciter à poursuivre les observations durant l’hiver.
Vous n’êtes pas seul à observer !
Vous trouverez des remontées d’informations dans le bulletin de santé du végétal (BSV) (accessible gratuitement en ligne, par exemple sur www.arvalis.fr ou les sites des Chambres régionales d’agriculture), mais aussi les messages et observations des organismes économiques et de développement.

Eviter les interventions trop précoces
Le déclenchement de l’insecticide ne dépend pas de l’opportunité de réaliser un mélange avec un traitement herbicide mais en premier lieu des observations qui mettent en évidence ou non la présence de pucerons dans la parcelle (les insecticides pyréthrinoïdes sont majoritairement des produits de contact, sans effet préventif).

La protection insecticide est à réaliser si plus de 10 % de plantes sont habitées par un ou plusieurs pucerons ou si les pucerons sont présents depuis plus de 10 jours sur la parcelle.

Les produits à base de lambda-cyhalothrine (référence : Karaté Zéon) présentent régulièrement de très bonnes efficacités dans nos essais ce qui peut être en partie relié à une persistance d’action plus soutenue de cette substance active. Dans des conditions optimales d’application, la différence d’efficacité entre substances actives de la famille des pyréthrinoïdes (lambda-cyhalothrine, cyperméthrine, tau-fluvalinate, esfenvalerate…) est le plus souvent marginale.

Pour lutter efficacement contre la JNO

  • Eviter les semis trop précoces qui augmentent l’intensité et la durée d’exposition aux infestations de pucerons,
  • Sur orge, recourir dans la mesure du possible à des variétés d’orge tolérantes à la JNO,
  • Surveiller vos parcelles régulièrement dès la première feuille levée jusqu’à fin tallage,
  • Appliquer un insecticide en végétation uniquement si cela est nécessaire, pas d’action en préventif. Le recours systématique à une ou plusieurs applications est de nature à engendrer plus rapidement l’apparition de résistance.

Eva DESCHAMPS (Arvalis)