• mars 1, 2024
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Les AOP en quête d’attractivité

Les AOP en quête d’attractivité

Le Conseil national des appellations d’origine laitières (CNAOL) a présenté fin février sur le salon de l’agriculture un état des lieux de la filière. Si les produits sous signes de qualité résistent bien, le CNAOL cherche à renforcer le positionnement de ses produits sur les tables françaises.

 

Si les producteurs de lait, de fromages et beurre AOP n’échappent pas aux turbulences climatiques et économiques, leurs produits résistent assez bien. Selon une récente étude conduite par le CNAOL, la notoriété des labels AOP est bien perçue en France. Le label est connu par 65 % des Français, contre seulement 19 % en 2013. Ceux-ci l’associent directement à une origine géographique (59 %), à une production dans un territoire spécifique (55 %) et au respect d’un cahier des charges (41 %). Ce dernier a d’ailleurs dû s’adapter en 2022 quand la sécheresse a touché, les pâturages de certaines zones. « Nous avons obtenu des dérogations temporaires aux cahiers des charges et nous avons trouvé des solutions internes », a expliqué Sébastien Breton, délégué général du CNAOL. En fait, ce sont des éleveurs sur le départ, dans la zone AOP, qui ont permis d’approvisionner en fourrages d’autres producteurs laitiers. « C’est important pour ne pas perdre la confiance des consommateurs », a-t-il ajouté. D’ailleurs, 80 % des Français ont confiance dans les appellations d’origine, une belle performance « dans le contexte flou de la jungle des labels », remarque Romain Le Texier, directeur des études du CNAOL. 

 

« Garder la promesse AOP »  

Cependant, le contexte économique a pesé sur les ménages et sur les prix. L’inflation alimentaire a augmenté de 25 % en deux ans et les Français ont été contraints d’effectuer des arbitrages. Pourtant, la filière AOP a tenté de contenir les prix. D’un indice de 15,5 en 2021, celui-ci est passé à 17,7 en 2023, soit une augmentation de +15 % en deux ans. « Soit moins que la hausse moyenne de l’inflation alimentaire et moins que les produits laitiers non AOP (+21 %) sur la même période », souligne Romain Le Texier. En conséquence, et bien que les produits laitiers aient conservé un volume d’achat comparable à celui d’avant-Covid, les Français ont cependant acheté moins cher, acheté aussi un peu moins de produits AOP. En fait, ce sont les marques de distributeurs AOP qui ont réalisé les meilleurs scores en 2023 en gagnant 2,5 points en un an. En revanche, au rayon coupe, la perte d’attractivité des produits laitiers AOP s’est traduite par un effondrement des ventes de -38 % entre 2022 et 2023. Le CNAOL constate d’ailleurs un changement dans les comportements alimentaires : le fromage AOP devient moins un mets en fin de repas à domicile mais il s’inclut plus dans les plats principaux. Sébastien Breton, directeur général du CNAOL, reste confiant sur l’avenir des produits laitiers AOP même si la filière reste vigilante sur un certain nombre de points : la rémunération, la régulation des marchés, l’adaptation au changement climatique, la transition agroécologique qui en découle et la « nécessité de garder les promesses de l’AOP auprès du consommateur », a-t-il conclu.  

 

Les chiffres clés des AOP laitières 

-51 appellations d’origine protégée (AOP) dont 46 fromages, 3 beurres et deux crèmes. 

-17 % de la production laitière française est transformée en AOP et 9 % en produits AOP fermiers. 

-254 000 tonnes produits chaque année : 207 000 tonnes de fromages ; 39 000 tonnes de beurre et 8 000 tonnes de crème. 

-2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2023 : fromages : 2,18 Md€ ; beurres : 284 M€ , crèmes : 40 €.

Christophe Soulard