• juin 17, 2024
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Collectif Tricolor : Vers un renouveau de la laine française

Collectif Tricolor : Vers un renouveau de la laine française

Réunis le 16 mai au ministère de l’Agriculture à Paris, les acteurs de la filière laine ont présenté leur feuille de route pour 2030. Objectif : valoriser au moins la moitié des 10 000 tonnes de toisons qui, chaque année et pour la plupart, dépérissent dans les recoins de certaines fermes. Ce n’est pas le moindre des paradoxes. En 2024, selon les règles de l’Union européenne, la laine de brebis et de bélier n’est toujours pas considérée comme un produit, ni comme un coproduit mais comme un déchet ! A l’heure où la Commission européenne entend rendre les agriculteurs encore plus vertueux en matière d’environnement, elle semble embarrassée par les milliers de tonnes qui s’accumulent après la tonte annuelle obligatoire des animaux. En France, le cheptel ovin, fort de 5,4 millions têtes, produit bon an mal an 10 000 tonnes de toison. Mais seulement 4 %, soit 400 tonnes trouvent un débouché. Car le produit est devenu une charge pour l’éleveur. La tonte est facturée autour d’1,80 € par animal. Il y a encore quelques années, les éleveurs rentraient dans leurs frais : la laine était payée entre 1,80 € et 2 €/kg. Aujourd’hui, les cours se sont effondrés à environ 0,20 €/kg.

 

Nombreux débouchés 

A la suite du rapport du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER)* publié à l’été 2023, le collectif Tricolor a décidé de coordonner l’écriture d’une feuille de route pour remettre la filière laine sur les rails. Car le potentiel existe selon Pascal Denizart, directeur du Centre européen des textiles innovants (CETI). Les débouchés de la laine sont nombreux : protection de cultures (paillage), construction (isolation), ameublement, médical (bandes compresses), emballage et naturellement habillement pour les fibres les plus fines comme celles du mérinos. Les 10 000 tonnes françaises pourraient aisément se répartir dans ces différents domaines, a expliqué Simon Frémeaux, directeur Technique du CETI. Des équipes de recherche travaillent également sur des géotissus fixateurs de dune afin de maintenir le trait de côte. Des expériences sont menées sur la Côte Atlantique. Le marché potentiel à l’horizon 2040 pourrait être de 430 millions d’euros et grimper jusqu’à 705 M€ si l’on inclut les 2 000 tonnes de fibres kératiniques que l’on pourrait tirer des suints. Les éleveurs pourraient retirer collectivement 8,3 M€ de revenus. (*) Le rapport du CGAAER est disponible à l’adresse suivante : https://agriculture.gouv.fr/ la-valorisation-de-la-laine-et-des-peaux-lainees

 

©Photo : KiraVolkov