• avril 3, 2025
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Optimisation du poids des broutards : Levier économique et technique pour les éleveurs

Optimisation du poids des broutards : Levier économique et technique pour les éleveurs

Le marché des broutards connaît actuellement un pic historique des prix, avec des cours qui continuent leur hausse. En mars 2025, les prix des broutards limousins mâles atteignent des niveaux exceptionnels, avec des valeurs dépassant les 5,20 €/kg vif pour un broutard de 300 kg, ce qui représente un potentiel de revenus très attractif pour les éleveurs.

Dans ce contexte, il devient d’autant plus stratégique de repousser ses broutards afin de maximiser la rentabilité. Cependant, cette démarche nécessite une gestion minutieuse, tant au niveau de l’alimentation que de la gestion du troupeau, afin de ne pas voir les coûts dépasser les bénéfices. Repousser des broutards de 300 kg à 400 kg en bâtiment, tout en optimisant les performances de croissance et en maîtrisant les charges, peut permettre de dégager une marge nette significative. A condition de répondre aux exigences du marché. Cet article présente trois stratégies concrètes pour réussir cette repousse tout en tirant profit des prix élevés, et de quelle manière gérer cette opportunité pour améliorer la rentabilité de votre exploitation.

1. Maximiser la croissance à moindre coût avec une repousse au pâturage

La première méthode consiste à tirer parti du pâturage tout en offrant un complément alimentaire modéré. Cette stratégie s’avère particulièrement intéressante au printemps et à l’automne, lorsque la qualité de l’herbe est optimale, mais elle nécessite une gestion rigoureuse des parcelles. Les broutards sont mis en pâturage tournant pour exploiter les meilleures pousses d’herbe tout en permettant aux prairies de se régénérer. Cette pratique permet aux animaux de brouter librement et de profiter des apports énergétiques et protéiques de l’herbe. Pour que la repousse soit réussie, une complémentation légère est souvent nécessaire, notamment en ajoutant 1 à 3 kg de céréales par jour. Cela permet de maintenir un gain moyen quotidien (GMQ) de 1 000 à 1 200 g/j, suffisant pour des broutards dont l’objectif est d’atteindre 350-400 kg avant la vente. L’un des principaux avantages de cette méthode est de limiter les coûts d’alimentation, car l’herbe reste la ressource la plus économique. Mais cette conduite peut être limitée par les conditions climatiques.

2. Garantir une croissance continue avec une ration à base de foin

Lorsque les conditions climatiques deviennent moins favorables et que l’herbe disparaît, une ration sèche à base de foin devient une solution efficace pour maintenir une bonne croissance. De même, sur des veaux nés à l’automne il convient de les maintenir en bâtiment pour éviter de réaliser une transition alimentaire en phase de repousse avec une mise à l’herbe au printemps. Ce type de ration repose sur l’utilisation de foin de bonne qualité (préférablement avec une valeur énergétique élevée > 0,8 UFL) pour alimenter les broutards. En ajoutant entre 3 et 4 kg de complémentaire broutard (type aliment à 17% de MAT) par jour, les broutards continueront à croître efficacement, tout en bénéficiant de fourrages de qualité. Cette méthode garantit une croissance rapide autour de 1 300 g/j de GMQ, avec l’avantage de maintenir une bonne marge. Cette approche peut être mise en place de novembre à février, période où l’alimentation à base d’herbe est impossible et où les animaux nécessitent une complémentation importante pour maintenir un bon développement. Mais également lorsque les veaux nés à l’automne atteignent le poids de 300 kg lors de la mise à l’herbe.

3. Accélérer la croissance avec une ration à base d’ensilage

Lorsque l’objectif est d’obtenir des broutards lourds à la vente, la ration à base d’ensilage est souvent choisie pour ses apports énergétiques plus importants. L’ensilage de maïs, particulièrement riche en énergie, est le plus couramment utilisé pour soutenir une croissance rapide. Dans cette stratégie, les broutards reçoivent en complément des céréales (2 kg/j d’orge) et du tourteau de colza (2 kg/j), ce qui leur permet de prendre du poids rapidement, atteignant parfois un GMQ de 1 400 à 1 600 g/j. Cette ration est idéale pour les broutards destinés à un marché de viande lourde, où le poids à la vente peut atteindre 400 kg ou plus. Les compléments énergétiques tels les céréales et protéiques comme le tourteau de colza sont essentiels pour garantir une croissance optimale. Avec ce type de conduite, la durée de repousse est raccourcie mais en contrepartie, le coût alimentaire est plus élevé et le risque d’acidose est plus fort.

Réussir sa repousse des broutards

Attention, un sevrage brutal entraîne une chute d’immunité et de croissance. Pour l’éviter, il est préférable d’habituer progressivement le veau à l’absence de la mère, par un sevrage en deux étapes. Il est également possible de familiariser les broutards avec leur future ration, avant la séparation définitive. Le passage du lait et de l’herbe à une ration plus riche doit être progressif pour éviter les troubles digestifs. Raison pour laquelle, une transition alimentaire de 15 jours doit permettre d’intégrer les concentrés progressivement. De plus, pour éviter tout risque de troubles digestifs voir d’acidose, il faut s’assurer d’un apport suffisant en fibres, avec du foin à volonté en début de transition (ou paille à défaut de foin en ration maïs ensilage). Ensuite, lorsque la repousse a lieu en bâtiment, il convient d’attribuer au minimum 3 à 4 m² par animal en aire paillée et une bonne ventilation pour limiter les risques sanitaires. L’accès à une eau propre et tempérée est aussi primordial : un animal mal hydraté réduit sa consommation alimentaire et ralentit sa croissance. L’accès à l’auge doit être facile et non contraignant. Puis, il est fortement recommandé d’alloter les broutards à la repousse afin de maximiser leurs performances de croissance. Pour cela, les regrouper par poids et par gabarit permet de faciliter la distribution des rations et d’éviter la concurrence à l’auge. Idéalement, un lot ne doit pas présenter plus de 50 kg d’écart entre les animaux et ne doit pas être supérieur à 8 broutards dans une même case. Un troupeau homogène permet aussi une meilleure valorisation à la vente, en offrant des animaux au profil similaire aux acheteurs. Les maladies respiratoires et digestives sont les principaux ennemis des broutards en repousse. Une bonne stratégie repose sur une vaccination contre les maladies respiratoires en entrée au bâtiment et un déparasitage si les animaux ont connu une phase de pâturage. Moins de stress, c’est moins de risques sanitaires et une reprise plus rapide de la croissance.

Maximiser le poids pour optimiser la marge

Le prix des broutards est généralement fonction du poids vif, du gabarit et de la conformation. Si la cotation €/kg tend à diminuer avec l’augmentation du poids, la valeur absolue par animal peut rester plus avantageuse pour des broutards repoussés. Par exemple, un broutard de 300 kg vendu à 5,20 €/kg génère 1 560 €, alors qu’un animal de 400 kg coté à 4,95 €/kg atteint 1 980 €, soit un gain brut de 420 € par broutard repoussé auquel il convient d’enlever 100 à 150 € de charges alimentaires selon le mode de repousse pour une marge sur coût alimentaire de 320 € par broutard. Le pâturage tire d’autant plus son épingle du jeu car il n’y a pas de coût de paillage (autour de 15 € selon la méthode de repousse) et la vaccination contre les maladies respiratoires n’est pas nécessaire en plein air (autour de 10 €).

En intégrant, en plus de la litière et des frais vétérinaires, les coûts de main d’œuvre, eau, électricité, distribution, bâtiment, … la marge nette se situe autour de 280 € par tête repoussée. Si la repousse des broutards offre un potentiel économique intéressant, elle n’est pas sans risques. Le principal danger reste la mortalité : un taux de pertes même faible peut rapidement impacter la rentabilité du lot.

Repousser, c’est investir dans la valeur ajoutée

Repousser les broutards est bien plus qu’un simple report de vente : c’est une véritable stratégie de valorisation du troupeau. Une repousse bien conduite permet d’augmenter le poids de vente, d’accéder à de nouveaux marchés plus rémunérateurs et de lisser la commercialisation pour s’adapter aux cours du marché. Avec une gestion rigoureuse, cette pratique se révèle rentable et durable, en valorisant mieux les ressources de l’exploitation. Bien préparée, la repousse devient alors un atout économique majeur pour les élevages de bovins allaitants.

Contact conseillers Chambre d’agriculture
Yannick VERDIER, Technicien troupeau – 06 87 78 38 44
Laura gauzin, Conseillère bovin viande – 06 25 76 26 27
Guillaume Loustau, Chargé de Mission Bovins Viande – 07 86 63 96 33